‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 23 sur 380 · LA FKISE DE LA CELLA · texte numérisé non relu

LA FKISE DE LA CELLA

La décoration du l'artliénon était complétée par une frise qui courait à la partie supérieure du mur de la cella, sur les longs côtés, faisait retour sur les antes, et se prolongeait sans interruption au-dessus des deux portiques hexastyles du pronaos et de l'opistbodome. Sculptée en bas-relief, haute d'un mètre, et longue d'environ cent cinquante-neuf mètres, elle se déroulait ainsi d'une manière continue autour de la cella, presque au niveau de la frise extérieure formée par les métopes (fig. 23) '. Pende monuments de la sculpture grecque sontplus populaires et plus connus ; pourtant l'étude de cette frise célèbre soulève encore aujourd'hui, après les recherches multipliées dont elle a été l'objet, des problèmes fort complexes. On est loin de s'accorder sur l'interprétation des groupes qui y figurent, et même sur l'idée première de la composition. Un fait tout au moins est certain : le sujet est emprunté aux cérémonies des grandes Panathénées.

La fête religieuse qui se célébrait annuellement, en l'honneur d'Athéna

1. Les parties est, nord et sud de la frise qui ont survécu à resploslon de 16S7 sont conservées pour la plupart au British Muséum. Voir A Catalogue o/the sculptvieso/tlie Parthënon in the British Muséum, Londres, 1892. D'autres fragments sont conservés à Athènes, et le Louvre en possède un, rapporté en 1787 par Choiseul-Gouffier. (Voir E. Michon, Sevue archcol., t. XXIV, 1894, p. 76.) Presque toute la partie ouest de la frise est encore en place au Parthënon. Enfin d'autres morceaux qui se trouvaient épars dans des collections particulières, comme celui de la galerie Pourtalès et ceux de Jlarbury Hall, ont été acquis par le British Muséum. (C. T. Newton, Gazette des Beaux-Arts, 1873, p. ôôO). Les fouilles récentes de l'Acropole ont amené la découverte d'un fragment de la frise est, qu'on a retrouvé encastré dans un mur byzantin. (Waldstein, American Journal qf Archoeotogy, V, p. 2, pi. 1). Les lacunes sont encore considérables, et il faut avoir recours, sur plusieurs points, aux dessins de Carrey. La disposition des morceaux conservés a été étudiée par M. Michaelis, Die Liick-en im Parthenon/ries, Ardi. Zeitung, 1885, p. 53-70. Pour les morceaux récemment retrouvés, voir A.-H. Smith, Joiinin/o/'/Ze/len. Sludies, XIII, 1892-1893, p. 95; W. Amelung, Boem. Mittheil., 1893, p. 7(i-78, fragment du musée de Palerme. On trouvera la bibliographie ancienne dans l'ouvrage de M. Michaelis, Der Parthënon. Parmi les travaux plus récents, nous citerons celui de A. Flasch, Zum Parthenonfries, Wurzbourg, 1 877 : l'article Parthënon dans Baumeioter, Ileuhnaeler des klass. Allertums; Waldstein, Essaifs on the art of Pheidiai, p. 191 et suivantes; Furtwaengler, J/ei»<ei-Hieric, p. 185-192.

LE P.\r.THEXON. .-,3

Polias, revêtait tous les quatre ans, la troisième année de chaque olympiade, un caractère plus solennel. Dans la dernière décade du mois Hécatombaeon, Athènes était en fête, et préparait la procession oii l'on portait à l'Acropole le nouveau peplos qui devait remplacer, sur la statue de bois d'Athéna Polias, l'ancien peplos fané et terni. Les journées qui précédaient étaient remplies par des concours hi|)piques et gj-mniques, par les concours musicaux qu'avait complétés Périclès.

Fig. iS.

Fihe occiUeatale du Partliénon. Etat actuel. Dessin de Faucher-Gudin. D'après une photographie de Stillmann.

Après une veillée de nuit, passée à la clarté des torches, au milieu des chants et des danses, le cortège se formait dès le matin au Céramique extérievu-, sous la direction des ordonnateurs, démarques, hiéropes, hipparques et hérauts. D'abord venait, porté à bras d'hommes, le vaisseau au mât duquel flottait, en guise de voile, le peplos jaune et violet brodé par les Errhéphores. Derrière suivait le cortège, dans l'ordre fixé par la loi. Aux premiers rangs, les personnages officiels, prêtres, devins, trésoriers de la déesse, archontes, stratèges, taxiarques ; puis le blanc défilé des jeunes filles, les Ergastines qui ont filé les laines du peplos sacré, les canéphores, portant dans des corbeilles les accessoires néces-

, saires au sacrifice; à leur suite les métèques eu vêtements rouges, chargés des bassius de bronze où coulera le sang des victimes ' ; les théores envoyés par les colonies, conduisant le bétail offert eu hécatombe; les vieillards athéniens, tenant à la main des rameaux d'olivier; enfin, s'avançaient les chars de guerre, les chars de parade à quatre chevaux {^iv'jjn -oa-ix.z) et les files pressées et profondes de la cavalerie. La procession traversait le Dipylon, la rue principale du Cerarai(|ue intérieur, l'Agora, et, après avoir contourné l'Acropole, arrivait à l'entrée de l'enceinte sacrée, où l'on détachait le peplos, pour le porter dans le temple d'Athéna Polias. Une hécatombe de victimes terminait la fête ". Tel était le défilé solennel, merveilleusement ordonné, qui se déroulait par les rues de la ville en fête, au clair soleil d'été ; on rêverait difficilement un spectacle mieux fait pour ravir les yeux, éveiller une puissante émotion religieuse, et tenter le génie d'un artiste.

Comment rendre, dans une frise continue, le mouvement d'une foule en marche"? Un sculpteur de l'ancienne école aurait fait naïvement tourner la procession autour du temple, comme les zones de personnages peintes par les vieux potiers grecs. L'auteur de la frise avait adopté une disposition aussi simple qu'originale, en donnant au cortège un point de départ et un point d'arrivée. Le point de départ est exactement l'angle sud-ouest du temple. C'est là que la procession se divise en deux files parallèles, qui suivent chacune un des longs côtés du temple, pour aboutir au groupe central de la façade orientale. Les deux files du cortège ainsi dédoublé débouchent en mOme temps à chaque angle de cette façade; il semble, dit justement M. Murray, qu'on puisse supprimer par l'iinaginatiou toute l'épaisseur de l'édifice, qui s'interpose entre les deux rangs du cortège ^ C'est au point d'arrivée que nous nous placerons pour examiner l'ordonnance de la composition.

L'attention du spectateur qui considérait la partie orientale de la frise se portait tout d'abord sur un groupe de cinq personnages, placé

1. Sur la participation des mùtéiiues & la procession des Panathént^s, voir M. Clerc, les Mit'eques allie niem, Paris, 1893, p. 155 et snivantes.

2. Pour ledétiiil de la fête des Panatliénécs, voir les textes réunis par Jlicliaelis, Der Partheno», p. 327. — 333. Cf. page 211 et suivantes.

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