‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 249 sur 380 · Pline, Ib!d · texte numérisé non relu

Pline, Ib!d

3. Loewy, Inschr. gr. Bihlh., n» 154 k. II tiavaille aussi à Oropos, ibil., n°« 135 a, 135 b.

4. Voir pour les textes, Overbeck, Schriftquelkn, n"" 1530-1535.

5. J. llalalas, ChroiWffr., XI, p. 276. Cf. Allègre, La déesse grecque Tyché, p. 104. fi. Helbig-Toutain, Guide, I, n" 37G. Brunn, Denhmaekr, n" 154.

L'AKT HELLENISTIQUE.

ques ue laisseut aucune place au doute. Quand Tigrane prend le titre de roi de Syrie, en 83 avant J.-C, il fait figurer sur ses monnaies la Tvché d'Antioche (fig. 254) et le même emblème reparaît sur les monnaies de la ville jusque vers la fin de l'Empire romain '. Grâce à tous ces documents, nous pouvons nous faire une idée exacte de la statue

monumentale fondue par le bronzier de Sicyone. Personnifier la ville d'Antioche dans une figure allégorique, rappeler le choix heureux qui en avait désigné remplacement, telle est la conception qu'il avait réalisée. La ville est identifiée avec sa Tyché, c'est-à-dire avec la Fortune qi^i préside à ses destinées. Une belle jeune femme noblement drapée, la tête ceinte d'une couronne tourelée, est assise sur un rocher auquel elle s'appuie nonchalamment de la main gauche ; le coude droit posant sur le genou, elle tient la glane d'épis qui symbolise la richesse du sol, et ses regards sendilent errer avec complaisance sur les fertiles campagnes où jaunissent les moissons. A ses pieds, un jeune homme émerge du sol et étend les bras avec un geste de nageur; c'est le fleuve Oronte, dont le cours souterrain reparait à la lumière près du coteau que couronne la ville.

1. Percy Gardner, Ti/pes of greel- coins, pi. XV, fig. ;)2. Head, lliiloi: nwm., p. 6J9, fig. 346. Babelon, Calai, da monu. grecques, I, Les roU de Si/rie, d'Arménie et de Commaglne, Introduction, p. CCII, cf. pi. XXIX, fig. 8-15, et page 213. Le Cabinet des médailles possède des petits bronzes qui i-eproduiaont le type de la Tyché. Babclon et Blancliet, Catal. des bronzes antiques de la BiU. nationale, n»' 007-608.

Fig. 253. — La Tyché d'Antioche (Rome, Vatican).

L'œuvre d'Eutycliidès ne se recommande pas seulement par une lieureuse conception plastique; elle introduit encore dans la sculpture un ihimu nouveau, destiné à un rapide succès. La Tyclié d'Antioche n'est plus, eu effet, l'antique divinité du bonheur et de la fortune déjà familière à l'art grec archaïque; c'est la Fortune de la ville, c'est-àdire la ville elle-même. Or, personnifier une cité autrement que par sa divinité poliade ; rompre avec la tradition qui avait si longtemps suffi aux maîtres classiques, quand ils représentaient Athènes sous les traits d'Athéna, Samos sous la figure de Héra; donner en un mot à l'image même de la ville une sorte de réafité concrète, c'était assurément une nouveauté. Il est possible que l'idée fût dans l'air dès le quatrième siècle. Le théâtre avait pu contribuer à lui donner naissance , car dans une pièce d'Anaxandride intitulée « les Villes » (riolî'.;), on voyait les cités grecques, en costume féminin, sollicitées par des ambassadeurs égyptiens '. Mais c'est dans la statue d'Euty-

Chidès qu'elle trouve pour la première fois sa ^ig. 254. - La Tyché d'Antioche ( Monnaie de Tigrane).

traduction plastique. Si l'on examine le détail, on

est frappé de voir apparaître un attribut souvent reproduit par l'art moderne ; nous voulons parler de la couronne tourelée. C'est encore là une conception nouvelle; car si la poésie grecque avait déjà créé l'image poétique de « la couronne de tours )', ' il ne semble pas que la sculpture s'en fût emparée avant Alexandre. Il a fallu un contact plus étroit avec l'Orient sémitique pour que l'art grec adoptât ce type de la couronne murale, dérivée de la haute coiffure cannelée et dentelée qui désignait comme « la maîtresse >< l'Astarté syrienne '. Peut-être cette transformation s'est-elle faite dans les ^mys voisins de la Syrie, à Chypre par exemple, où la couronne tourelée apparaît déjà sur les monnaies du quatrième siècle ; mais la Tyché d'Eutychidès est la plus ancienne statue grecque où nous constations la présence d'un attribut destiné à devenir classique. Dès lors un type est créé; la figure allégo-

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