Cf. Allègre, eut: cité, p
2. 'Aîto 5e (Tte^âvav xéxaptïïi rfjfywv. Euripide, Hicuhe, 910.
3. Sur l'origine de cet attribut, voir Furtwaengler, Collection Sabouroff, notice de la pi. XXV.
riquo de la cité a trouvé son expression la plus heureuse. Est-il besoin de rappeler quelle fortune elle va faire dans l'art hellénistique et grécoromain? Il nous suffira de citer un exemple très caractéristique. Quatre statuettes d'argent de basse époque romaine, trouvées à Rome, représentent les grandes villes du monde ancien ; Rome, avec le casque et le sceptre ; Constantinople, avec la patère et la corne d'abondance ; Alexandrie, avec la couronne tourelée, et un épi de maïs dans chaque main; Antioche, enfin, avec le type et les attributs que lui prête la statue d'Eutychidès '. L'allégorie est si heureusement conçue, elle répond si bien aux exigences de la sculpture, que l'art moderne a pu l'adopter sans y rien changer ; la Tyché d' Antioche est proche parente de ces statues de cités guerrières ou commerçantes qui ornent nos places publiques.
En exécutant des statues colossales comme le Zeus de Tarente et l'Héraclès de Sicyone, Lysippe donnait à ses élèves un exemple qui ne devait pas être perdu. L'un d'eux, Charès de Lindos, semble s'être fait dans ce genre ruie sorte de spécialité ; tout au moins les deux œuvres que nous connaissons de lui le désignent comme un artiste qui voit grand, comme un fondeur habile à jeter au moule d'énormes masses de bronze. C'est d'abord une tête colossale en bronze, dédiée au Capitole par le consul P. Lentulus, et fort admirée des Romains ; c'est surtout le fameux Colosse de Rhodes, que Philon de Byzance signale parmi les sept merveilles du monde '. Une épigramme de l'Anthologie nous apprend que la statue représentait Hélios, la principale divinité de lîle ; mais nous ne sommes renseignés ni sur l'attitude, ni sur le style, car on a depuis longtemps fait justice de la légende moderne qui plaçait le colosse à l'entrée du port, tenant un fanal, chacun des pieds posant sur un des môles, de telle sorte que les jambes formaient une arche gigantesque sous laquelle pouvaient passer les vaisseaux. Caylus a le premier réfuté cette erreur très accréditée, et restée, malgré tout, fort popidaire ■'. D'une oeuvre aussi célèbre, nous ne connaissons guère que Ihistoire.
1. Sur rensemblo de la question, voir l'intéressant travail de Percy Gardncr, Coiintrles and Cltivs ancienl Ail. Journal of nelhn. Studies, 1888, pi. V, p. 47.
2. Fhilon de Byzance, De sept, mirac. mundi, p. 14. Cf. Hygin.,/a4. 223, Cassiod. I'id-., VII, 15. 8. Caylus, .Ifém. de lAcad. des Inscr., XXV, p. 3G0 et suivantes.
LA FIN DES ANCIENNES ÉCOLES. 48y
La date peut en être déterininée, grâce au témoiguaffe de l'olybe et de Pline '. Cinquante-six ans après l'érection de la statue, vers 225/4, un tremlilement de terre provoqua une telle secousse ([ue le colosse se brisa à la hauteur des genoux, et fut projeté sur le sol. C'est donc au plus tard en 281/0 que Cliarès y avait mis la dernière main ■. Or cette date suit d'assez près un événement important de l'histoire de Rhodes. En o04/5, Démétrios Poliorcète mit le siège devant la ville; mais l'assaillant eut beau battre les murs avec de puissantes machines de guerre, et faire avancer près des remparts sa redoutable liélépole, une tour revêtue de métal et montée sur huit roues : devant la résistance obstinée des défenseurs, il dut quitter la place, abandonnant sou matériel de siège. Les Rhodiens en retirèrent oOO talents qui furent consacrés à l'exécution du colosse. Charès y travailla douze ans.
Il est bien rare que l'énormité des dimensions ne nuise pas aux qualités du style; ces œuvres colossales, qui semblent un déh ou une gageure, provoquent plus souvent la curiosité que l'admiration. Haut de 70 coudées, c'est à dire de o2 mètres environ ', le colosse de Rhodes frappait surtout les spectateurs par la puissance de sa masse. Tombé de son piédestal, et gisant sur le sol, il n'eu était pas moins un sujet d'étonnement. Quelques mots de Pline nous donnent un échantillon des réflexions qu'échangeaient les visiteurs : « Peu d'hommes peuvent avec leurs bras en embrasser le pouce; les doigts sont plus gros que la plupart des statues. » On ne manquait pas de regarder, par l'ouverture béante des fractures, les masses de pierres (jue Charès avait fait entasser à l'intérieur pour assurer la solidité de la statue. On dissertait sur la technique de l'œuvre, où, suivant la remarque de Caylus, le bronze avait été « jeté en tonnes, c'est-à-dire par parties qui se raccordaient et se plaçaient les unes sur les autres^ »
1. Polybe, V, SS ; Pline, Nat. Ili/t., 3J, 41. Voir, pour rhistorique de la statue, 0. Liider?, Dre Koloss von Hhoâos, Hambourg, 1865.
•2. M. LilJers (p. G) propose de reporter dix ans pins tôt l'achèvement de la statue. Le texte de Pline est en effet le suivant « LTI post annum terrae motu prostratum ». Or le meilleur manuscrit donne la variante a LLYI post annum » ce qui permettrait de coiTiger le chiflFie et de lire LXTI.
3. C'est le chiffre donné par une épigramme métrique qne cite Strabon, XIV, p. 652. Le même chiffre est mentionné par Pline, ^at. Hist., 34, 41 .
4. La technique est décrite par Philon de Byzance, De sept, miiac. mundi, lY, p. 14.
SCULPTCRE GRECl^UE. — T. II. C2
400 L'AItT HELLENISTIQUE.
Mais de jugements sur le style, nous n'en possédons aucun, à part la l)rève appréciation de Lucien qui loue le soin du travail dans une ceuvre aussi considérable'. Le colosse de Cliarès eut la fin la plus prosaïque. Lorsque les Arabes s'emparèrent de Rhodes, eu 653 de notre (Te, leur chef, Moavieli, le fit mettre en pièces, et les débris transportés
en Syrie, vendus à l'en-
^^fef^,4?fc>9k *^^"' *^"i'6iit achetés par
mi Juif d'Emèse ou de Our en Chaldée qui en chargea , dit-on, neuf cent quatre-vingt chameaux-.
Avec l'école de Lysippe, nous voyons déjà se dessiner nettement le mouvement lielléuistiqiie. Des allégories aussi nouvelles que la ïyché d'Antiùclie, des œuvres aussi ambitieuses que le colosse de Rhodes, voilàdes symptômes significatifs. Il n'est pas moins intéressant de constater que les artistes formés à Sicyone sont attirés vers le monde oriental qui s'hellénise, ou vers les villes destinées à devenir les principaux foyers de l'art hellénistique. Aucune école, semble-t-il, ne prépare mieux la transition entre le style du (juatrième siècle, et les formes nouvelles qui vont bientôt prévaloir. Nous devons donc chercher à mesurer son influence, en interrogeant les œu-