Lucien, Jup. trag
i. Constantin Porphyrogénite, De aâmin. imper., 21. Cf. Cecil Toir, H/iodes uihUi- thc Byzantines, p. 13.
Fig. 2.iô. — Tète d'athlète. Brouze trouvé i Olympie Face (Musée d'Olympie).
vres anonymes qui paraissent en dériver plus ou moins directement. Nous le savons déjà, la statuaire atlilétique est restée en faveur à Sicyone; on ne cesse pas d'y couler en bronze les images d'athlètes vainqueurs qui iront prendre place sous les platanes de l'Altis. Mais le réalisme a accompli son œuvre, et fait dévier vers le portrait un genre où les maîtres du cinquième siècle n'avaient vu que 1 occasion de traiter des types généralisés. Un exemple frappant nous est fourni par une superbe tête do bronze , découverte dans les fouilles d'Olympie (fig. 255)'.
A n'en pas douter, cette tête est un portrait, et un portrait d'une impitoyable vérité. Ce visage aux traits accusés, au nez tombant, aux yeux enfoncés sous un front bossue, à la lèvre inférieure un peu saillante, respire
une énergie brutale, une volonté têtue, mise uniquement au service de la force pliysique. Avec un véritable raffinement de naturalisme, l'artiste a indiqué les oreilles tuméfiées, rendu l'aspect rude de la barbe, emmêlé les mèches révoltées d'une chevelure en broussaille, que comprihie mal le mince ruban auquel s'attachait la
■ Tète d'athlète. Bronze trouvé à Olyuifie. Profil (Musée d'Olympie).
1. Ausgrabungen zu Olympia, V, pi. 21-22. B. Olympia, die Bromen.pl. II. cf. Friederichî-TVolter?, Gipsabgûsse, n" 323. Brunn,Z>eHi-»iae?er, n" 247.
couronne d'olivier sauvage. Le réali.suie liellénisti(iue s'épanouit dans cette œuvre d'une facture solide et puissante, où nous reconnaissons sans difficulté la main d'un bronzier sicyonien du troisième siècle. De tels morceaux nous renseignent immédiatement sur la direction où s'est engagée la statuaire atldétique.
Le réalisme y règne sans partage.
^(.uton pousser l'enquête plus loin, cliercliei te que produisent, au cours de la période hellénistique, des principes de st}le aussi nettement formulés?
( )n s'adrc-sera à une oeuvre certainement plu> lécente, mais relevant delà iiK me ti.uhtion d'art que la tête d'Oinpie En 1884, les travaux entrepris A Eome, près de la Via Na- /ionale, pour la construction du nouveau tliéâtre, ont «imené la découverte d'une lemarquable statue de ronze, conservée aujourd'iiui au musée des Thermes (fig. 2.')())'. C'est un pugiliste, assis dans une attitude lasse , les bras reposant sur les cuisses. Les avantbras sont couverts et protégés par le ceste,
épais gantelet fait de lanières de cuir, maintenues jiardes agrafes de métal; ce lourd appareil, destiné à donner aux coups un effet redoutable, laisse seulement passer les doigts qui semblent raidis et gourds. A voir
Fig. 250. — Pugiliste. Statue en bronze. (Kome, Musée des Thermes)
l. Antikc Dcukmaelijr, I, \>\. IV. Helbig-Toutaiu, Ouide, II, n°!i61.
le type du visage, on se demande si le réalisme peut aller plus loin; c'est une vraie face de brute, où l'on ne peut lire que l'orgueil stupide de la force. Le nez aplati, comme si les cartilages en avaient été écrasés à coups de poing, la bouche entr'ouverte, avec la lèvre supérieure un peu en retrait sur des gencives démunies de leurs dents, les oreilles déformées , tuméfiées , où ruissellent des gouttes de sang, voilà des détails caractéristiques rendus par le sculpteur avec un extraordinaire accent de vérité.
Il a pris sur nature ce type de l'athlète professionnel, devenu si fréquent, lorsque les grands jeux de la Grèce ont perdu leur caractère national ; il l'a vu ainsi, se reposant après sa victoire, comme un animal fatigué, et tournant vers le public un visage meurtri et sanglant qui semble quêter les applaudissements. Un réalisme aussi résolument affirmé indique une date assez avancée dans la période hellénistique, et nous
. ^ . Fig. 257. — Statue-portrait d'un prince grec. Statue
hésiterions a voir dans la de bronze, trouvée a Rome (Rome, Musée des Thermes).
494 LART HEI.LÉXISTIQUE.
statue des Thermes nue œuvre dérivée directement de l'école de Lysippe. Mais c'est bien à de telles conceptions que doit aboutir le naturalisme dont les artistes de Sicyone ont si iiardiraent proclamé les droits.
Un genre a2)pelé à jouir d'une singulière faveur est celui de la statue-portrait. L'art hellénistique multipHera les images officielles des chefs d'États, des personnages célèl>res, et la iîatterie des villes grecques leur donnera souvent la nudité héroïque. Or Lysippe seml)le avoir été le princi[ial créateur du genre. La célèbre statue d'Alexandre appnyé sur sa lance a certainement servi de modèle pour les effigies de ces princes grecs qui se piquaient dimiter dans sa tenue et dans ses allures le conquérant de l'Asie. On songe en effet à un prototype de cette nature, en examinant ime statue de bronze du musée des Thermes, découverte dans la même fouille qui a livré le pugiliste au repos (fig. 257)'. Si le personnage C[u"elle met sous nos yeux a la musculature puissante d'un athlète, l'attitude de commandement éveille plutôt l'idée d'un chef de guerre. Appuyé sur un sceptre ou sur une lance, la main gauche négligemment ramenée derrière le dos, il regarde devant lui avec une expression hautaine. Les traits sont accusés ; une courte barbe, indiquée par un travail de gravure, couvre les joues, le menton, et la lèvre supérieure. Le type est assez individuel pour qu'on ait cherché à identifier le personnage à l'aide des monnaies, et le nom d'Alexandre I Bala, roi de Syrie, proposé par M. Rossbach, peut être admis avec une certaine vraisemblance'. Eu tout cas, la statue est bien une œuvre hellénistique enlevée à quelque ville grecque, car une main romaine a brutalement gravé sur la poitrine des lettres et des chiffres, indi(iuant l'endroit où le bronze devait être placé.
Il serait facile de multiplier les exemples. Mais nous avons seulement voulu montrer à quel point reste vivace l'influence du style de Lysippe. De tous les éléments qui se combinent pour donner naissance h de nouvelles formes d'art, elle représente assurément le plus fécond et le plus actif. Faut-il rappeler le témoignage si formel des terres cuites
1. AniUe Denkmaeltr,l (1886), pi. 5. Helbig-Toutain, Guide II, n» 96».
2. Bossbach, Arcli. Ameiger, Jahrb. des arch. fnst., VI, 1801, p. (!'.'. Cf. Furtwaengler, }felftcncerlt, p. 597, note 3.
d'Asie-]\Iiiieuve? Personne n'i,<;-iiore combien les types lysippiquessont familiers anx coroplastescle.]\ryrina et de Smyrne, et cette faveur dont ils jouissent anprès d'une clientMe populaire prouve assez clairement qu'ils répondent au goût du temps. Si ces conclusions sont justes, nous apercevons nettement par quelle transition la sculpture hellénistique se rattache à l'art de la vieille Grèce; nous pouvons donc abandonner les anciennes écoles pour nous diriger vers les centres nouveaux où l'hellénisme va manifester sa vitalité.
Fig. 257 ii's. — Tète d'athlète. Terre cuite de Smyrne. (Musée du Louvre),