‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 261 sur 380 · LES SCULPTURES DU GRAND AUTEL DE PERGAME · texte numérisé non relu

LES SCULPTURES DU GRAND AUTEL DE PERGAME

« A Pergame est un grand autel de marlire, haut de quarante pieds, avec de très grandes sculptures ; il contient une Gigantomachie -. )) Voilà l'unique texte, recueilli dans une mauvaise compilation latme du troisième siècle, où soit mentionné l'un des plus imposants édifices que nous aient révélés les fouilles de M. Ilumann. L'autel de Zeus et d'Athéna Niképhoros se dressait sur la terrasse supérieure de l'Agora. Il comprenait d'abord un énorme soubassement, formant un carré un peu irrégulier, un peu plus large sur les faces nord et sud que sur les deux autres (37", 70 sur 34», 60) (fig. 200). Élevé lui-même sur des degrés, ce soubassement se composait d'une plinthe lisse, d'une frise haute de 2"", 30, et d'une corniche ionique, se projetant eu forte saillie au-dessus de la frise. Du côté sud, une large tranchée entaillait le massif, et livrait passage à un escalier monumental de 24 degrés qui conduisait à la plate-forme; par une disposition toute nouvelle, la frise continuait en retour d'angle sur les parois de la tranchée, s'échaucrant régulièrement suivant la morsure des marches, et diminuant de

1. Wolters, MUtheU. Alhen, 1800, p. 1SS8. L'auteur réfute l'opinion de M. S. Reinach, qui met la statue de Délos en rapport avec une autre base portant la signature d'Agasi.-is, fils de Ménophilos.

2. a Pergamo ara marmorea magna, alta pedes quadraginta, cum maximis sculpturis ; continet autem gigantomachiam. » Ampélius, Liber mevwrialis, miracula mundi, XIV. Les lignes où Pausanias rapproche l'autel de Zeus à Olympie de celui de Pergame s'appliquent à l'autel proprement dit, qui se trouvait sur la plate-forme. V, 13, 8.

SCULPTURE GRECQUE. ~ T. II. g:

hauteur ;\ mesure que lunritait l'escalier (fig. 266). D'après la restauration de M. Bohii, la plate-forme était fermée, sur les aiitres côtés, par un portique à colounade ionique; autour du portique régnait un mur plein, dont la face intérieure, tournée vers l'autel, était ornée d'une frise plus petite, haute seulement de 1'", 57 , et d'un relief beaucoup plus faible que celui de la grande frise. Au centre de la plate-forme se dressait l'autel pour lequel était édifié ce soubassement monumental '. La date de la construction ne parait pas douteuse. Un fragment de la grande inscription dédicatoire, retrouvé dans les fouilles,

permet d'attribuer à Eumène H l'érection du monument'; et déjà des inscriptions gravées sur les moulures de la frise avaient conduit M. Conze à la même conclusion •\ L'autel de Zeus et d'Athéna a donc été entrepris et achevé pendant le régne d'Eumèue II, entre les années 197 et 159, alors que la puissance des Attalides, alliés aux Romains, paraissait Fig. 265. - Plan restauré assurée pour uu loug avenir.

du grand autel de Pergame.

Nous nous arrêterons d'abord aux sculptures du soubassement. Une frise longue de plus de 120 mrtres,

1. Voir [ionr le? dispositions .irchitectiirales. Richard Bnlm. Jnhrhuch der K. piriisf. Kiitiflsiimmluni/eu, I, 1880, p. l.'ifi et suiv. et la restitution de Tautel, pi. II. Cette restitution doit être corrigée. Lu largeur de l'escalier était pins grande et réduisait d'autant celle des deux parties de soubassement, formant pilastre à droite et à gauche. Cf. Trendelenburg^dans Baameister, art. Pergamon, p. l'21G, et la nouvelle restauration de Bohn reproduite dans la Beschreibung der Skulptuien ans Pergamon, Berlin, 189.5, p. 1. M. Pontremoli, aicliitecte, iiensionnaire de TAcadémie de France à Rome, prépare une nouvelle restauration de l'autel de Pergame. D'après les renseignements que veut bien me communiquer M. Pontremoli, elle diffère de la restauration de M. Bohn sur les points suivants. 1" Le portique du fond est supprimé; il ne subsiste que deu.'î portiques à l'est et au sud; la plate-forme n'est pas formée du côté du fond, et l'autel n'est pas masqué de ce côté. 2" La petite frise de Télèphe n'est plus la frise intérieure du mur dn portique. Elle prend place autour de l'autel, pour former b.-»rrièrc entre l'autel proprement dit et la foule massée sous les portiques. La décoration de cette sorte de barrière a est tournée vers l'intérieur et f.ait participer l'autel proprement dit à la décoration générale ».

2. Ba<îi).sù;lCù|i5vri; [JaîiJiio; '.\TTâ),oy xat p«]iri[X]t(j(jTi; 'AîtoU.uviSoj âmToï; Tsys'"!!*"'*']^ àYaO[oïc Ali xal 'A()it)vàt NtxJijiîpwi. Fracnkel, Inschriflen von Pergamon, p. 54, n" «il.

3. A. Conze, Utber die Zeit der Erbanung des grosse» Allars zu Pergamon, {Afanalsber. der berl . Aliid., 1881, p. 8(i9 et sniv.antes). M. Conae pense que l'autel a pu être élevé A l'occa.sion do l'institution des Niképhorin, par F.nmène II. Cf. un décret des fttoliens découvert A Delphes. Ilnll. decorre/p. lielU'n.. "VI, 1*181, p. 372.

LKS ECOLES ASIATIQUES. PElt(iAME. 515

liante de 2'", 30, et se développant .sans iiiterrnption, tel était le vaste champ offert anx sculptcnrs, ])onr y retracer les épisodes de la («igantoniacliie. La Irise se composait d'une série de dalles en marbre cristallin, légèrement teinté de bleu, et dont la largeur variait de 0'", (iO à

Fig. 26G. — Coupe de l'escalier du graaJ autel de Pergume.

1"', 20. Toutes ces plaques n'ont pn être retrouvées ; mais les morceaux conservés au musée de Berlin forment un ensemble de plus de 80 mètres, et lorsqu'on visite la Eotonde et la salle assyrienne, où sont exposés les fragments, on a tout d'abord l'impression d'une oeuvre colossale, dont les dimensions suffiraient seules à forcer l'attention.

511Î L'AKT HELLENISTIQUE.

Si, puiir des artistes du second siècle, un sujet pouvait paraître usé, c'était bien celui de la Gigantomacbie. Depuis qu'au sixième siècle un maître archaïque l'avait figuré daus le frontou du Trésor des Mégariens, combien de générations de sculpteurs l'avaient traité à leur tour! Pourtant à Pergame, nous le trouvons renouvelé et rajeuni. Le cadre imposé aux sculpteurs d'Eumène leur commandait tout d'abord des procédés de composition qui n'ont rien de commun avec ceux de l'aucieuue décoration monumentale. Ici, l'espace n'était pas limité par les lignes d'un fronton, morcelé par les divisions des métopes. C'était une longue étendue d'un seul tenant, où il fallait jeter une masse de personnages, montrer les épisodes d'une même action, détailler toutes les péripéties d'une furieuse mêlée, et traduire, connue dans un immense tableau, la scène que retrace Hésiode en des vers magnifiques. « La terre féconde brûle en frémissant; les vastes forêts éclatent; tout bouillonne, et la terre entière, et les courants de l'Océan, et la nier immense. Autour des Titans infernaux se répand une vapeur étouffante, un air embrasé; leurs audacieux regards sont éblouis, aveuglés par les lueurs de la foudre... A ce que voient les j'eux, à ce qu'entendent les oreilles , on eût dit que la terre et le ciel se confondaient, l'une ébranlée sur sa base, l'autre tombant de sa hauteur. En même temps les vents soulèvent d éi)ais tourbillons de poussière, et les transportent, avec les éclairs et les tonnerres, ces traits du grand Zeus, avec les clameurs et le tumulte de la bataille, au milieu des deux armées '. » Telle est bien la donnée dont semblent s'être inspirés les sculpteurs. Partout la lutte se poursuit, ardente, acharnée. Tous les grands dieux, les divinités secondaires elles-mêmes, prennent part au combat '. Quant ;\ leurs adversaires, les auteurs de la frise ont trouvé, pour en varier le type, les combinaisons les plus imprévues. Parmi ces fils de la Terre, les uns ont gartlé la ligure humaine, suivant l'ancienne tradition d'art familière aux vieux maîtres grecs; ils comliattent armés de l'épée et du bouclier, « tout brillants de l'éclat de leurs

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