I. O. Rayet, Études d'archénlntfie et d'art, yi.-2(S
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qui se contentait pour les accessoires d'indications très sobres. Ils s'attardent aux ciselures des boucliers et des brodequins, aux lambrequins des cuirasses, aux franges des vêtements; ils historient les draperies, en les couvrant de ces plis réguliers qui se dessinent sur les pièces d'étoffe longtemps tenues pliées ; ils détaillent avec une précision qui ferait envie aux « animaliers y> les plus scrupuleux la fourrure des peaux d'animaux, les écailles des serpents, les plumes et les nervures des ailes éployées. L'aigle qui occupe l'extrémité droite de la frise est d'un iini poussé jusqu'à la minutie; le travail du burin sur le bronze ne rendrait pas avec plus de netteté l'aspect des plumes froissées et délustrées dans une lutte violente. Là aussi, le naturalisme a conquis sa place.
Pour l'histoire générale de l'art, rimi)ortance de la frise est considérable '. î'.lle représente en effet le moment où l'évolution hellénistique, commencée au troisième siècle, est définitivement accomplie; elle montre, arrivée à son plein développement, une conception nouvelle du bas-relief A voir ces fonds très chargés, envahis par les accessoires, à mesurer la place qu'}' tiennent ces aigles volant çà et là, ces molosses mêlés aux combattants, ces grandes ailes qui se déploient à l'aise, on sent que les ressources du nu et de la draperie ne suffisent plus au sculpteur ; à la forme plastique, il associe l'élément pittoresque. La forte saillie des figures contribue aussi à colorer le bas-relief, en déterminant des omlires violentes, intenses, qui trouent le fond de taches noires. On reconnaît là les principes de style qui prévaudront dans le bas-relief romain, et ce n'est pas le moindre intérêt de la frise de Pergame que de nous avoir révélé par quelle filiation l'art romain procède de l'art hellénistique.
Les sculptures de la Gigantomachie ne sont pas la seule u'uvre qui nous renseigne sur l'évolution du bas-relief dans le sens pittoresque. A ce point de vue, la petite frise qui, d'après M. Bolm, décorait le mur du portique régnant autour de la idate-forme, mérite qu'on s'y arrête. Elle
1. Voir la belle étude de Brann, Jahrb. der K. premi. Kinislmm/nliatr/eii, X, 188 1, p. 231-2511. Cf. pour l'étude du style de 1.1 frise, Conze, Gôttiug. gelehrten Atiz., 1882. p. 897. L.-K. F.iinell, Journal qf l/ellen. Stiidia, III, SOI ; IV, 121. Trendelonburg, DIc Liiiikooni/nijipe iind der CiganlenJ'ries des pergamenitchen Allars, Berlin, 1881.
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nous est parvenue trop mutilée pour qu'un puisse en restituer rigoureusement l'eiiseniltle. Pourtant le sujet traiti' n'est pas douteux : e'est l'histoire de Télèplie, le liéros légendaire de l'ergame. Différentes traditions racontaient comment Télèplie était né des amours d'Héraclès et d'Augé, iille du roi Aléos, ])rétresse d'Athéna à Tégée. Abandonnée sur les flots de la mer Egée dans un coffre, par l'ordre de son jière, Auge est sauvée, et adoptée par Teutliras qui règne au pays de Perganie. Cependant le petit Télèi)lie, exposé sur le mont Partliénion, et allaité par une biche, a été trouvé et recueilli jjar son père Héraclès. Arrivé à l'âge d'homme, il débarque à sou tour au pays des Teuthraniens, et vaiiuiueur d'Idas, l'ennemi de Teutliras, il reçoit en mariage sa propre mère. Un prodige empêche que l'inceste ne s'accomplisse. A la tête des Teuthraniens, Télèphe repousse une attaque des Grecs ligués contre Troie. Blessé par la lance d'Achille, il apprend de l'oracle que l'arme qui l'a blessé peut seule le guérir. Il entre dans le palais d'Agamemnon à Aulis, enlève le jeune Oreste, se réfugie avec lui sur un autel, et menace de tuer l'enfant si xVchille refuse de le guérir. Un peu de rouille prise sur la lance du héros grec cicatrise la blessure, et Télèphe, réconcilié avec les Grecs, prend part avec eux à la guerre troyenne. Cette légende, dont le drame attique s'était plus d'une fois inspiré, les sculpteurs de la petite frise l'avaient illustrée dans une série de scènes successives, qui se déroulaient comme sur une tapisserie, coupées çà et là par des piliers, des troncs d'arbre, des architectures qui servaient à isoler les différents épisodes.
Pour l'interprétation des scènes, nous ne pouvons que résumer les conclusions de la minutieuse étude où M. C. Robert a commenté les sujets et rétabli l'ordre relatif des fragments conservés '. Les auteurs de la frise avaient retracé le cycle complet de la légende. D'abord toute l'histoire de sa naissance : Aléos consultant l'oracle de Delphes, qui lui apprend que l'enfant né d'Augé sera le meurtrier de ses oncles ; puis, dans un morceau plus important, Héraclès reçu chez le roi, et plus loin le héros s'avançant à la rencontre d'Augé dans un lieu planté
1. Eobert, Beitracye zur ErUârung des pergamenischen Teleplios Fileses, Jahrbuck ries arch, Iiist., II, 1887, p. 244; ni, 1888, p. 45 et 87.
d'arbres, connue ritKli(jiiu la sillioiietto (l'iui chêne fignréau second plan
Fig. '273. — Hév.icU-s chez Alécs. Fragmeut de la petite frise du grand autel de Pergame.
Fig. 271. — Les préparatifs de reml.ar jucmcnt d'Au^jé. Fragmeut de la petite fridu grand autel de Pevgamc (Musée de Berlin).
\. Jahrbuuh, III, p. ô» ; 0. Overbeck, Oriccli. PliuM, II, tig. 201 «. Nos figures reproduisent des pho-
(fig. 27?)). Puis la naissance de Télèplie, et les préparatifs de rembarquement d'Aiigé, morceau d'un style curieux, où le premier plan est occupé par les ouvriers occiipés à construire le larnax qui servira de prison flottante, tandis qu'au second plan Auge se lamente, entourée de ses femmes (fig. 274) '. Auge sauvée, abordant en Mysie, et reçue par Teuthras, tel était le sujet d'une série de reliefs dont il ne reste que des fragments insignifiants.
Beaucoup plus significatif est le morceau qui montre Héracl^s trouvant sur le mont l'artliénion le petit Télèplie allaité par une biche : un tronc de platane, un fond de rochers attestent la part faite à l'élément pittoresque (fig. 275)'.
Cependant Télèplie est arrivé à l'âge d'homme : il met à mort les fils d'Aléos, dont l'exposition funèbre trouve place dans la frise, et se purifie dans le temple de Dionysos, au pied du Parthénion.
Il arrive en Mysie, et l'on voit le vaisseau accostant, le jeune héros descendant de son bord par une échelle. La réception
par Teuthras, son combat contre Idas, sou mariage avec Auge, la fondation de Pergame, la lutte avec Achille avaient fourni les sujets d'une suite de bas-reliefs, par malheur fort mutilés. Voici d'autre part Télèphe dans le camp dos Achéens. Réfugié sur l'autel, il tient bruta-
tograi.lues que M. le Directeur général des musées roj-aux a bien voulu m'autoriser à faire exécuter au musée de Berlin. Qu'il me permette de lui exprimer ici tous mes remerciements ainsi qu a M. Conze.