‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 269 sur 380 · LES ÉCOLES ASIATIQUES — II. LES GROUPES PITTORESQUES LÉCOLE DE RHODES · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES ASIATIQUES — II. LES GROUPES PITTORESQUES LÉCOLE DE RHODES

Au secoud siècle, le moiiveiiieiit que uous avons vu se niauifester à Pergame s'est propagé dans les piiucipaux centres de l'Asie Mineure et jusqu'à Rhodes. Il y a en réalité une grande école asiatique; et la preuve en est que, parmi les artistes qui travaillent à Rhodes, plusieurs sont originaires d'Asie-Miiieure. Tel est le cas pour les deux sculpteurs de Tralles qui ont signé l'œuvre célèbre connue sous le nom de c( Taureau Farnèse ». Si nous nous arrêtons d'abord à ces deux maîtres, ce n'est pas pour établir entre l'école de Tralles et celle de Rhodes une différence qui serait artificielle : c'est parce que leur œuvre va nous montrer l'application d'un principe d'art très nouveau, et que nous pourrons y rattacher d'autres exemples de ce qu'on peut appeler le grou-pe pittoresque. Tralles est d'ailleurs comme le trait d'union entre Pergame et Rhodes. Au temps d'Eumène II, elle est placée poHtiquement sous le patronage de l'Etat de Pergame, et elle y reste jusqu'à la mort d'Attale III. Si uous connaissions mieux l'histoire de ses artistes, uous les verrions peut-être collaborer d'abord avec les sculpteurs des Attalides, et se tourner ensuite vers le florissant Etat de Rhodes.

Les deux maîtres auxquels Pline attribue le groupe représentant le supplice de Dircé, « le Taureau Farnèse », pour lui laisser son nom populaire, sont Apollouios et Tauriscos de Tralles'. Quant à la sin-

1. Pline, -V(i(. llist., Si!, 4, 21. La date de ces deus artistes reste incertaine; M. Hiller von Gaertringen les place au dibut du \" siècle avant notre ère. MillhtU. At/ien, XIX, 1894, p. 37-39.

^iiliric liistuiicttu rapportée' par l'ccrivain latin, et suivant huiucllc les deux artistes auraient institué un débat pour distinguer entre leur véritable père, Arténiidore, et celui qui passait pour l'être, Ménécrate, elle est l'ondée sur un curieux contre-sens : Pline a mal compris une inscription où, suivant une formule très usitée, les sculpteurs avaient rappelé le nom de leur père, après celui de leur père adoptif, ]\Iénécrate'. Tauriscos est connu en outre pour avoir exécuté des Hermérotes, placés par Asinius PoUiou dans le portique qu'il avait fait édifier à Rome" ; c'est là aussi que se trouvait, au temps de Pline, le groupe du supplice de Dircé, sans doute enlevé à Ilhodes en 43 av. J.-C, lors du pillage de la ville par Cassius. Plus tard II prit place dans les Thermes de Caracalla, où il fut retrouvé très mutilé, en 1546, sous le pape Paul III. Restauré par Giovan Battista délia Porta, et conservé d'abord au Palais Farnèse, il fut envoyé à Naples en 178G (fig. 277)'. Il est à peine besoin d'en rappeler le sujet. Les deux fils d'Antiope, Amphion et Zétbos, font expier à Dircé, femme de Lykos, la dure captivité où elle a tenu leur mère. Après avoir tué Lykos, ils attachent Dircé à un taureau sauvage, puis jettent dans une fontaine sou corps mutilé''. Les sculpteurs tralliens ont choisi le moment où le suppKce se prépare. Les fils d'Antiope amènent l'animal fougueux qui se cabre en mugissant. Zéthos tire sur la corde passée autour de ses cornes; Amphion, reconnaissable à sa lyre, pèse de toutes ses forces srr la tête du taureau ; à leurs pieds, leur victime se lamente et supplie. Au second plan, une femme, où l'on reconnaît Antiope, suit la scène du regard; au premier plan, un dieu champêtre assis personnifie la montagne du Citliéron, où se passe l'action. Telle est la donnée traitée

1. Cf. 0. îluUer. Der Fnrneshclic Stier ; 0. Rayet, J/Z/rf et le ffol/c Latmique, I, p. G7. L'inscription était sans doute la suivante : 'A7to).>.M-no; xxl TaupiV/.o; v.afi' OcOediav Meve/j) i-rov;, ^pùcji ôi 'ApTïjuSûpou, TpaXXiavoi ènoîjiaav.

2. Pline, ibid. Peut-être est-il le père de l'Apollouios, fils de Tauiiscos, dont une inscription trouvée dans le théâtre de Magnésie du Méandre nous fait connaître la signature. HiUer von Gaertringen, MHlheil. Atheii, XIX, 1894, p. .37.

3. Le groupe est gravé dans le Mmeo Borbonico, XIV, pi. 6, 6. Pour la bibliographie ancienne, voir Friederichs-Wolters, Gipsabg., n" H02, et Eayet, MUet, p. 70. Nous citerons surtout 0. Miiller, Der Fanmlsche Stier; 0. Jahn, Arch. Zzitang, 1853, p. 63; Kinkel, Mosaïk zur Kunsigeschichte, ch. II.

4. Le sujet avait été traité par Euripide dans V Antiope. Pour les rapprochements entre les fragments connus de l'Antiope et la scène du Taureau Farnèse, voir R. Hassencamp, N'oi-d und Sud, février 1892, p. 212-219.

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par Apollonios et Taiiriscos dans ce groui)C' cuonii'j, chargé du tigures, luie des œuvres les plus considérables par leur masse que nous ait laissées l'antiquité. Toutefois, pour l'apprécier équitablenient, il faut taire la part de la restauration moderne, et elle est très grande. Presque toute la figure du taureau, le haut du corps de Dircé, les bras et les jambes des deux jeunes gens, sont l'œuvre de délia Porta; la tête ajustée au corps de Zéthos provient d'une statue de Caracalla; le chien qui aboie au pied du rocher n'a d'antique que les pattes. La composition primitive du groupe reste donc douteuse. Si l'on se reporte aux monuments qui nous en ont conservé des images réduites, une monnaie de Nacrasa, un camée du Musée de Naples, un petit groupe d'ivoire du même musée', il est permis de croire que le restaurateur a plutôt exagéré la complication déjà très réelle de l'œuvre originale.

Les artistes du seizième et dîi dix-septième siècle n'ont pas ménagé au Taureau Farnèse les témoignages de leur admiration. Winckelmann ne l'appréciait pas moins. « Ceux qui ne le croient pas digue du bon temps de l'art, s'écriait-il, paraissent n'avoir pas fait usage de leurs yeux. » De nos jours, des jugements sévères ont singulièrement corrigé ces éloges excessifs. Pourtant, écrit un critique peu suspect, « peut-être ne mérite-t-il pas l'extrême dédain que les artistes professent aujourd'hui pour lui -. }) Style d'école, prétentions ambitieuses, recherche de l'effet, soit; mais c'est malgré tout une œuvre habile et savante. Au reste, il serait trop facile d'accabler sous des comparaisons écrasantes le groupe d'ApoUonios et de Tauriscos; mieux vaut le juger au point de vue historique, comme un curieux témoignage d'une évolution de style qui mérite attention. Le Taureau Farnèse est en effet le type le plus achevé du groupe pittoresque. Pour le voir sous son vrai jour, il faut le replacer dans le cadre qu'on lui avait, suivant toute vraisemblance, donné à Rhodes, dans un décor de parc, au sommet d'un massif de rochers dont il formait le couromiement^. Ainsi s'explique l'onu'mentation de la liase, couverte sur trois côtés de figures d'animaux sculptés en relief, qui semblent brouter sur les pentes de la montagne.

1. Ces monnmeDts ont élu étudiés par Olto Jalin, Aiclt. Zckuiig, 1853, y. G."i, pi. oli et 58,

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