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L'ECOLE DE RHODES. f.r.l
tilations du groupe, car c'est seulement sous Clément XI, vers 1730, qu'Agostino Cornacclilni restaura les bras des deux fils de Laocoon, et peut-être aussi le bras droit du père '. Est-il besoin de rappeler les éloges enthousiastes que Winckelmann décerne au groupe du Vatican, et la place considérable qui lui revient, grâce au Laohoon de Lessing, dans l'histoire des théories esthétiques au dix-huitième siècle -?
Tout le bruit qui s'est fait autrefois autour du Laocoon est aujourd'hui bien calmé. Nous laisserons donc de côté les considérations de pure esthétique, pour ne voir dans cette œuvre célèbre que le manifeste d'une grande école d'art, et le témoignage d'une curieuse évolution de style. Nous ne nous attarderons pas non plus à une minutieuse description d'un monument aussi connu (fig. 285) •'. Le prêtre d'Apollon et ses deux fils, tout à l'heure debout près de l'autel où se préparait le sacrifice , viennent d'être surpris par les deux énormes serpents qu'a suscités contre eux la vengeance d'Apollon. Mordu au flanc par un des reptiles, Laocoon s'est affaissé sur l'autel. Le visage convulsé, les membres contractés par l'angoisse, la poitrine haletante, le pied droit crispé heurtant du talon la base de l'autel, il cherche à écarter le monstre qui l'enlace de ses anneaux puissants. A sa droite , le plus jeune de ses fils, mordu à la poitrine par l'autre serpent, exhale un dernier gémissement, et meurt. L'aîné jette vers son père un regard plein de terreur, tout en essayant de dégager son pied autour duquel le serpent a déjà noué ses anneaux. Une réaction peut-être excessive contre une admiration séculaire a parfois conduit les critiques modernes à formuler sur le Laocoon des jugements très sévères ''. On peut cependant goûter médiocrement le mélodrame, sans méconnaître pour cela les réelles qualités du groupe. La composition est d'une structure
1. Michaelis, art. ciu'. p. 53. Le Louvre possède une fonte de Fontainebleau montrant letat du groupe avant les restaurations.
2. Nous renvoyons pour cette question à l'excellent livre de Justi, Whiclelmaini, sein Leben, sei/ie Werke und seine Zeilgeiwssen, Leipzig, 18G6-I872, I, p. 450.
3. La bibliographie ancienne relative au Laocoon est considérable. On trouvera l'essentiel dans Fi-iederichs-Wolters, Gipsabgiisse, p. ÔIO. Cf. Helbig-Toutain, I, n" 153. Nous citerons plus loin les travaux les plus récents.
4. La phrase suivante, écrite par O. Rayet, est très caractéristique : «Le Laocoon est uu acteur qui étudie son rôle, et cherche devant sa glace l'effet que produit la contraction de son visage. » Étiidis d'archéologie et d'art, p. 361.
652 I.ART HELLENISTIQUE.
irréproclialile, d'une harmonie de lignes qui défie toute critique '. Le torse du Laocoon trahit une science du nu peu commune. C'est avec une extraordinaire virtuosité que le sculpteur a traité ces flancs creusés par une contraction d'angoisse, cette poitrine frémissante d'où s'échappe un gémissement de douleur. Et ce visage aux traits tourmentés exprime avec une puissance qui n'a pas été dépassée la souffrance la plus cruelle. " L'art nouveau, sentimental, expressif, écrit Taine, se montre dans le caractère terrible et touchant du sujet, dans la réalité atroce du corps ondoyant des serpents, dans la faiblesse attendrissante du pauvre petit qui meurt tout de suite, dans le fini des muscles, du torse et du pied, dans l'enflure douloureuse des veines, dans la minutieuse anatomie de la souffrance ". )i Si les mérites de style éclatent avec cette évidence, que manque-t-il au Laocoon, et pourquoi ne pouvonsnous plus professer pour cette œuvre célèbre l'admiration sans mélange qu'elle inspirait à "Winckelmann? C'est que, depuis Winckelmann, nous avons appris à connaître un art grec plus sincère, plus spontané, moins soucieux de faire appel aux sensations, et plus discret dans ses moyens d'expression. On sent malgré tout, dans le Laocoon, l'agencement savant et laborieux, la science acquise dans l'atelier, le souci d'étonner le spectateur par une prodigieuse habileté; on voudrait y trouver un accent de conviction plus franc, et l'on reste en défiance, un peu surpris de n'éprouver, en présence de cette tragédie, qu'une émotion littéraire.
La date du Laocoon est un problème très discuté. Il n'y a aucune indication chronologicpie îi tirer du passage où l^line nous apprend qu'il se trouvait de son temps dans le palais de Titus, et que les trois sculi)teurs rhodieus l'avaient exécuté <Jc cnnsiln scntentia. Ces derniers mots ont provoqué beaucoup de commentaires; mais un fait au moins semble acquis; il faut renoncer à y voir la preuve (|ue le groupe aurait été exécuté sur l'ordre de Titus \ Comment les expliquer dès lors,
1. Il faut tenir compte delà restauration malencontreuse du bras droit de Ijocoon. Dans l'original, la main était plus rapprochée de la tête.