CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA SCULPTURE HELLENISTIQUE
11 ne laiit pas songer à résumer, dans une courte formule, les caractères de l'art hellénistique. Il est trop libre, trop varié, trop pénétré du besoin de se renouveler, pour se soumettre, comme l'art des anciennes écoles, à des principes nettement définis. La seule méthode qui convienne ici, c'est de montrer, par des exemples, la multiplicité des aspects sous lesquels se manifeste son activité. Nous ne reviendrons pas sur les formes d'art que nous avons déjà étudiées, en passant en revue les principales écoles hellénistiques : sculpture d'expression, groupes pittoresques, bas-reliefs à paysages : nous signalerons seulement celles que nous n'avons pas encore eu l'occasion de rencontrer, et que nous font connaître tant d'oeuvres anonj'mes, éparses dans nos musées. En nous limitant à un petit nombre d'exemples, nous acceptons d'avance le reproche de nous en tenir aux témoignages les plus caractéristiques.
Transformation des anciens types. L'art hellénistique est l'héritier de deux grands siècles d'art classique. Il ne peut donc ni oublier ni répudier les créations des maîtres qui ont donné aux types mythologiques leur expression définitive. Les types divins du cinquième et du quatrième siècles ont comme leurs dérivés hellénistiques ; l'on ne s'étonne pas que le Zens de l'Olympiéion de Daphné, consacré par un des Séleucides, reproduise celui de Phidias ; qu'une copie de la Parthénos ait été retrouvée à Pergame. Mais il est plus intéressant de constater par quels moyens les artistes des anciennes écoles s'approprient les conceptions de leurs prédécesseurs, soit en les combinant entre elles
LES CAlîACTKI'vES (iENEUAUX. 581
pour cn'ur un ly|H.' inrdit, suit eu les d^'louniaiit de leur accc|)ti(Mi [)rcluière.
Un i)roa''dt'! très l'aiiiilier aux sculpteurs lielléuistiques ccmsiste à transporter dans un sujet nouveau le mouvement ou l'attitude d'une statue célèbre. Ainsi, le mouvement si expressif du IMarsyas de Myron a été plus d'une fois repris ; il a passé dans l'Actéou du l>rltisli Muséum', dans le petit Satyre en bronze de Berlin, dét'ouvert à Pergame '. Le Silène qui recule devant le geste menaçant d'Atliéna est devenu, ici ini Actéon, se défendant contre ses chiens, là un Satyre armé du pedum, faisant le geste de frapper eu riant l'animal familier (pii joue à ses pieds. Un Hermès trouvé près de Trézène reproduit l'attitude du Doryphore; l'artiste a seulement ajouté un bout de draperie, et un bélier qui se dresse à côté du dieu ■'. Parfois l'artiste combine plusieurs sujets, et son invention propre n'intervient que dans l'arrangement. Une des œuvres hellénistiques où nous pouvons le mieux saisir l'application de ce procédé, est une statue du British Musenm, représentant un jeune Satyre qui exécute un pas de danse ; son bras gauche est chargé d'une nébride pleine de fruits, tandis que sa main soutient le petit Dionysos ; la main droite tenait un objet que le restaurateur a interprété comme nn pedum ; contre le tronc d'arbre de soutien, une panthère familière lève la tête vers le groupe (fig. 300). Eu analysant cette œuvre, M. Furtwaeugler a très bien montré qu'il y a là comme une contamination de trois motifs très distincts. Le principal, celui sur lequel les deux autres viennent se greffer, c'est la représentation du Satyre dansant, exécutant le pas appelé Tz-o-oç ou TOwirsoya. Tel était le sujet d'un tableau célèbre d'Antiphilos, un peintre contemporain d'Alexandre. Le sculpteur aurait pu s'en tenir là, et d'autres l'ont fait, car une jolie statue du musée central d'Athènes, trouvée à Lamia, nous montre le motif dans sa simplicité première ''. Mais voici une complication nouvelle : l'addition de la nébride pleine de fruits, et de la panthère que semble menacer le Satyre vient mtder un second sujet au premier. Enfin la présence du