LE PAR THE NON
avec toute certitude, le style et la techni(iue du bas-reliet tel que le traite l'école de Phidias.
Remarquons-le tout d'abord : ce genre de bas-relief à faible saillie, visiblement dérivé de la peinture, n'est pas une nouveauté. Dès le sixième siècle, les Attiques l'ont emprunté aux Ioniens, et adopté pour la décoration de leurs stèles funéraires. Il est d'autant plus naturel de l'appliquer à la frise de la cella, que la frise, à bien des égards, est traitée comme une peinture murale; nous avons noté assez d'emprunts aux grandes fresques de Pol^'gnote et de Micon pour justifier cette assertion. Mais de ce relief à saillie peu ressentie et sculpté dans des dalles d'une épaisseur uniforme', les collaborateurs de Phidias ont su tirer un parti tout nouveau. Qu'on examine à ce point de vue la cavalcade, c'est-à-dire la partie de la frise où les figures, nombreuses et pressées, passent pour ainsi dire les unes devant les autres, et où il faut par suite donner l'illusion de la profondeur. Tandis que certains contours viennent mourir sur le fond, d'autres se détachent nettement et projettent une ombre très franche. Les valeurs que produit le jeu des ombres et des lumières sont ménagées avec un art, un esprit merveilleux, tantôt très légères et courant ù fleur de marbre, tantôt très intenses et soulignant d'une note très ferme la saillie d'une tête, d'un pied ou d'un corps de cheval. Ainsi conçu, rehaussé par une exécution moelleuse et souple qui caresse toutes les nuances de la forme, le basrelief prend une vie et un charme imprévus. Nous ne serons pas surpris de voir la sculpture industrielle adopter avec empressement ce style nouveau, en développer les principes, et chercher ses modèles dans la frise célèbre qui restera longtemps pour l'art grec comme un répertoire inépuisable.
Dans l'évolution continue qui entraîne un art aussi original et aussi chercheur que l'est celui de la Grèce , il y a un moment unique où il atteint son plein épanouissement, par une sorte d'éclosion lentement préparée. Il n'a point à porter le lourd héritage du passé ; car le passé n'est pour lui que l'adolescence , et sa robuste jeunesse peut le dédaigner. Ce moment unique dans l'histoire de l'art grec, le Parthénon le
1. La saillie sur le fond est en général de 0,045=" à 0,05 centimètres ; elle n'atteint 0,055™ que dans les parties où le fond a été légèrement ravalé.
représente pour nous. Avec une liberté, une fraîcheur d'inspiration que ne connaîtront plus au même degré leurs successeurs, les sculpteurs du Partliénon ont réalisé l'idéal de beauté rêvé par la race grecque. Certes l'art saura encore se renouveler, frayer des voies nouvelles, et manifester sa fécondité. Mais il n'ajoutera rieu à la noblesse des types divins créés par les maîtres des frontons, et les exquises figures de la frise resteront encore l'image la plus achevée que la Grèce nous ait laissée d'elle-même.
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Fig. ;i(l. — Groupe de dieux. Apollon, Herinus, Dcméter, Ares. Frise de l'est, IV. (Britbh Muséum.)
CIIAIMTRE II
LA SCULPTURE MONUMENTALE A ATHENES— II. LE » THESEION L'ÉRECHTHÉION. LE TEMPLE D'ATHÉNA NIKÉ
§ 1. — LES SCULPTURES DU .< THESEION v.
Entre l'achèvement du Partliénou et la tin du cinquième siècle, il semble qu'aucune influence ne soit assez puissante pour supplanter celle de Phidias. On se ferait pourtant une idée inexacte de cette période si l'on méconnaissait l'évolution qui entraîne déjà la sculpture au delà du point unique de mesure et de perfection où l'a portée le génie du grand artiste. Sans doute l'école de Phidias ne renie pas ses traditions; mais l'art subit la loi impérieuse du mouvement, et l'on peut pressentir que, dans l'héritage du maître, les disciples feront leur choix. Pour mesurer la portée de cette évolution, nous devons nous adresser aux témoignages les plus sûrs, aux oeuvres de la sculpture monumentale, qui nous conduisent des dernières années du gouvernement de Périciès à la fin de la guerre du Péloponnèse.
En dehors de l'Acropole, il n'y a guère à Athènes de monument plus connu que le temple désigné communément sous le nom de Temple de Thésée, ou i( Théséion » '. Construit en marbre pentélique, suivant la plus pure ordonnance dorique , entouré d'une colonnade avec six colonnes à chaque façade, ce temple s'élève à l'extrémité nord d'une esplanade qui se prolonge au sud jusqu'aux pentes rocheuses de la colline de l'Aréopage. En dépit des dégradations qu'il eut à subir, quand il fat transformé en église chrétienne sous le vocable de Haghios Geor-
1. Voir la bibliographie citée dans Baumeister, Denimaeler, art. Theseion, p. 1774.
gliios, aucun temple ne nous offre uu spécimen plus complet du style dorique du cinquième siècle. L'identification de ce monument n'en veste pas moins un des problèmes ardus de l'archéologie. Un seul fait est certain. Le temple n'a aucun droit à cette dénomination de Théséion, qui apparaît pour la première fois vers la fin du quinzième siècle ', et a été acceptée de confiance jusqu'au jour où Ross a montré sur quels faibles arguments elle est fondée '. Le Tliéséion avait été construit par Cimon, au retour de la campagne dirigée en 469 contre l'île de SkjTos, d'où le vainqueur rapportait à Athènes les ossements de Thésée ■'. C'était moins un temple qu'une chapelle (ot.-/.oç) entourée d'une enceinte sacrée (Tip-jvoç) qui jouissait du droit d'asile, et servait de lieu de réunion pour le tirage au sort de certaines magistratures \ Les murs étaient décorés de fresques célèbres où deux grands peintres, Micon et Polygnote, avaient représenté le combat des Athéniens et des Amazones, une Centauromachie, et Thésée rapportant du fond de la mer l'anneau de Minos. Quant à l'emplacement du Théséion, c'est dans la partie nord de la ville qu'il faut le chercher, non loin du gymnase construit par Ptolémée '. Mais si les textes et la topographie nous défendent d'identifier le Théséion de Cimon avec le temple qui nous occupe, quel nom convient-il d'attribuer à ce dernier? Nous ne saurions ici discuter les nombreuses hypothèses proposées : temple d'Ares, temple d'Aphrodite, Héracléion de MéHté, Héphaistéion, toutes ces dénominations ont trouvé des partisans convaincus". A vrai dire, le
1. A''oir le texte de VAiionyme de Paris reproduit par C. Wachsmuth, Die Stadt Athen im Akertlium, I, p. 742. U faut remarquer que Cyriaque d'Ancône rappelle le temple de Mars. Inscr. seu e2>iffiammnttt graeca et latina, Rome, 1744, p. XIII, n" 96.
2. Koss, TÔ C-)r,<ieïov xalô vaô; Toû "Apeu;, 1838. 2" édition allemande, Das Tlieseion und <ler Tempel des Ares in Athen, Halle, 1852.
;i. Pausanîas, I, 17, U,
4. Aristote, 'AOr,vat(i>v JtoXiTeia, p. 153, éd. Kenyon. On connaît le passage de Thucydide (VI, (U) où il est question de miliciens passant la nuit en armes dans le Théséion.
5. Voir le résumé de la question dans les Denlmaelcr de Baumeister, article Athen (Milchboefei i. p. 170.
6. Pour le temple d'Ares, voir lloss, iJiis Theseion, p. 52 suivantes. Pour le temple d'Aphrodite. Lange, Ilaus uud Halle, p. «7. Pour rHéracléion de Mélité, voir Cuit Wachsmuth, Die Stadt Athen im Alterthum, I, p. !t57-3fi5 ; Curlius, Stadtgeschichte ron Athen, p. 122. M. Gurlitt incline l'i se ralliera cette opinion : Das Alter der midwerle und die Baitzeit (tes sogenaunten Theseion m .4(/if n , Vienne, 1875,p. '.15. Pour l'Héphaistéion, lattriliution proi«osée d"abord par Pervanoglou (/ViiVo/oyiis, XXVII, p. 600) a été soutenue en dernier lieu, sur des indications de M. Doerpfcld, par Jliss Jane E. Harri-
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problème ne sera résolu que par des fouilles. Remari luons seulement que la colline où s'élève le temple appartient au quartier de Mélité, voisin de l'Agora. Dans ce cas, il est permis de songer à l'Héracléion reconstruit sur l'emplacement du vieux temple qui possédait une statue d'Héraclès, œuvre d'Agélaïdas '. Nous ne voyons pas d'hypothèse plus vraisemblable en l'état actuel de nos connaissances.
Si le nom du temple est controversé , la date de la construction ne l'est pas moins. Sans entrer dans de minutieuses comparaisons entre le Parthénon et le temple auquel, pour plus de commodité, nous conserverons le nom de <( Théséion » consacré par l'usage, il est permis d'affirmer que les deux monuments sont contemporains à quelques années près ". Les proportions, les courbes rappellent celles du Parthénon; c'est le même type de colonnes, avec une forme un peu plus élancée. Il semble 1)ieu que le temple appartient encore à la période du gouvernement de Périclès, et qu'il a pu être achevé quelques années à peine après le Parthénon. Loin de contredire cette opinion, l'étude des sculptures ne fait que la confirmer.
Il ne reste rien des frontons. Mais les métopes, hautes de 0°',83 sur 0'",78 de largeur, et sculptées en marbre de Paros, sont encore en place, plus ou moins mutilées "'. Sur le chiffre total, dix-huit métopes seulement avaient reçu une décoration en haut relief, les cinquante autres restant à l'état de simples plaques de marbre. Par une disposition assez originale, l'architecte avait groupé du côté de l'est toutes les métopes sculptées, dix sur la façade orientale, et quatre sur chacune des faces latérales, en retour d'angle. Nous ne nous attarderons pas à celles de la façade orientale, dont les reliefs martelés et mutilés ont à
son, MijthrAogi) and Monuments of ancient Atliens. Londres, 1»90, p. 114-119. La théorie qui maintient au temple le nom traditionnel de Théséion a été défendue par A. Schultz, De T/ieneo, Breslau, 1874.