LA SCULPTURE EN ATTIQUE ET EN GRÈCE
Malgré sa déchéance politique, Athènes n'eu avait pas moins gardé, sous les successeurs d'Alexandre, une sorte de royauté intellectuelle. Elle était restée la ville des lettrés, des 2:)hilosophes , et protégée par les souvenirs de sa grandeur passée, flattée, choyée par les princes grecs, elle avait pu se bercer de l'illusion d'être encore, comme jadis.
1. Pline, Nat. Hist-, 3t, 51. « Cessavit Jeinde ars, ac rursus olympiade CLVI revixit, cum fuere longe quidem intra praedictos, probati tamen Antaeus, Callistiatus, Polyclès Athenaens, Callixenns, Pythocles...?;
« l'Hellade de l'IIellade )>. Nombre de monmneut.s téiiioiguaient du culte que lui reudaieut ses admirateurs. L'ex-voto d'Attale I, consacré sur l'Acropole, le portique d'Eumène, la stoa d'Attale II, attestaient le zèle empressé qu'avaient mis les rois de Pergame à se concilier la faveur des Athéniens. Séleucos Nicator leur avait rendu les statues de bronze des Tyrannoctones, enlevées par les Perses. Jaloux de leur laisser un témoignage éclatant de sa sollicitude, Antiochos Epipliane avait rejn-is la construction de l'Olympiéion si longtemps interrompue, et le Gorgonéiou de bronze doré qui étincelait au-dessns des gradins du théâtre de Dionysos, rappelait à tous l'hommage rendu par le roi de Syrie au génie d'Athènes.
En l'année 201, Attale I faisait, par la porte du Dipylon, une entrée solennelle dans la ville. Des envoyés romains l'accompagnaient. Introduits à Athènes par un prince philhellène, ils y pénétraient connue dans la cité sainte des arts et des lettres. Quand les Romains interviennent en Grèce à main armée, ces sentiments de déférence envers les Athéniens ne se démentent pas; ils respectent leur liberté, proclament leur indépendance, et reconstituent pour eux une sorte d'empire colonial dont le centre est File de Délos. De leur côté, les Athéniens accueillent les Romains avec faveur ; ils les appellent « leurs alliés » ('7'Ja;;.7./o'.) « leurs bienfaiteurs » (eÙEpYSTxt) ; ils sanctionnent cette alliance par des consécrations religieuses ; ils instituent luie prêtrise des Charités, du démos et de Rome, et la déesse Rome est honorée d'une statue sur l'Acropole, comme l'amie de la grande déesse Poliade '.
Pourtant les Romains entendent bien que leurs flatteries soient payées par l'obéissance des Athéniens. Quand ceux-ci, séduits par les victoires de Mithridate, prennent parti pour le prince oriental qui rêve de refaire sous son hégémonie l'unité du monde grec, ils ne tardent pas à sentir la rude main de Rome. En 86, Sylla se charge de les faire rentrer dans le devoir. La prise d'Athènes, les massacres du Céramique, les exécutions sanglantes ordonnées par Sylla, marquent la (îu delà demi-indépendance, [)lu.s fictive qu'3 réelle, qui dissimulait aux yeiix des Athéniens les exigences du protectorat romain. Dès lors
1. Cf. Curtius, Slaâtgachichle von -Kie», p. 21C et suivantes. Sur les premiers rapports d'Athènes avec les Romains, voir Th. Reinach, MithiJate Eupator, p. 135 et suivantes.