‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 335 sur 380 · LES NEO-.\TTIQUES EX ITALIE · texte numérisé non relu

LES NEO-.\TTIQUES EX ITALIE

dessin de Heeniskerck, exécuté vers cette époque, le montre encore gisant sur le sol tavec d'autres antiques. C'est Clément XI qui le fit mettre à l'abri tous un des iiortiques du Corlilc. Peu d'œuvres antiques ont été plus souvent décrites, commentées et analysées. Depuis le temps où Winckelmann, reconnaissant dans le Torso un Héraclès se reposant de ses travaux, décernait des éloges enthousiastes à ce a corps idéal, au-dessus de la nature )>, comliien de fois n'a-t-on pas discuté la restitution de la statue mutilée '! Et d'abord, quel nom convient à ce personnage aux formes athlétiques, à la musculature puissante, assis sur un rocher que recouvre une peau de lion ? Un des plus récents critiques, M. Bruno Sauer, a proposé le nom de Polyphème ; le Cyclope serait représenté dans une pose compliquée, abritant de la main gauche son œil unique pour suivre du regard la nymphe Galatée, le bras droit passant devant le corps pour tenir l'extrémité de la massue appuj'ée contre la cuisse gauche. Mais, outre que l'attitude prête à bien des objections, c'est là un sujet purement alexandrin, qui s'accorde mal avec le grand style du Torso -, Nous préférons revenir à l'ancienne dénomination, acceptée par Winckelmann, et restituer à la statue le nom d'Héraclès. Le héros était-il représenté isolément, ou groupé avec une autre figure, Hébé, par exemple, suivant la théorie de Visconti? Et dans ce cas l'artiste avait-il montré Héraclès admis au banquet des dieux, tendant sa coupe pour recevoir le breuvage des immortels? Il faut bien le reconnaître, les essais de restitution avec ime seconde figure, tentés par Flaxmann et Jérichau, n'ont donné aucun résultat satisfaisant. Ici encore, nous nous rallierons à l'opinion de AVinckelmanu qui interprétait le Torso comme une statue isolée. Reste à expliquer l'attitude, et le mouvement du torse penché en avant, avec l'épaule gauche sensiblement relevée; dès lors, la question se complique d'une autre, celle du prototype qui a servi de modèle au sculpteur athénien. Qu'en composant son oeuvre, Apollonios se soit inspiré d'une statue de Lysippe, cela ne paraît pas douteux ; il est plus difficile de désigner, parmi les Héraclès du maître sicyonien, celui qui a pu sug-

1. Voir Bruno Sauer, OM». cité, et gravure du titre pour la restitution. L'opinion de JI. Sauer est adoptée par Overbeek, Griech, PlastH-, II, p. 434.

2. M. Bruno Sauer a très ingénieusement recueilli la série des opinions qui constituent l'histoire critique du Torso, ouv. cité.

gérer le type et l'attitiKle du Torso. L'Héraclès épitrapèzios, auquel ont songé plusieurs critiques ', nous est aujourd'hui connu par des répliques donnant un mouvement tout diiïérent. Autant qu'on peut en juger par de simples descriptions, l'Héraclès assis de Tarente se rapprochait du marbre du Vatican pour la pose inclinée du torse; mais la main gauche soutenait la tète, et l'on ne peut ici songer à une pareille attitude. Les autres statues connues de Lysippe ne sont pas en question. Comme on l'a plusieurs fois remarqué, l'Héraclès d'Apollonios n'est pas au repos ; il a beaucoup plutôt l'attitude d'un joueur de cithare, qui de la main gauche soutiendrait l'instrument posant sur la cuisse, et de la droite en ferait vibrer les cordes ". Il faut donc choisir entre deux hypothèses ; ou bien Apollonios aurait copié un Héraclès de Lysippe qui nous est inconnu ; ou bien il aurait repris, en la modifiant, la donnée de la statue de Tarente. C'est à cette dernière conjecture que nous nous arrêtons volontiers, et nous reconnaissons dans Apollonios non pas un pur copiste, mais un maître fort habile à s'approprier un motif magistralement traité par Lysippe. S'il cherche ses modèles à Sicyone, il apporte à son œuvre je ne sais quelle préoccupation de raffinement qui est bien attique. Examinez cette musculature si amoureusement dessinée, le dos surtout, merveille d'exécution soignée et finie, où le passage d'un plan à un autre est ménagé avec l'art le plus savant; vous reconnaîtrez la main d'un virtuose dans l'art du marbre. Tant de soin dans le détail contraste avec le caractère de vigueur dont les formes sont empreintes, avec la puissance de l'ossature massive qu'on devine sous ce modelé si caressé et si moelleux. Un maître du cinquième siècle aurait traduit, par des moyens plus simples, la même idée d'une force surhumaine. Le Torso est donc bien une œuvre de la renaissance attique, œuvre très savante, très étudiée, et dont l'auteur a su racheter, par la perfection du travail, l'absence d'originalité que trahit le souvenir trop évident du style de Lysippe.

Un autre néo-attique, Glycon d'Athènes, s'est aussi tourné résolument vers l'imitation du grand maître sicyonien. La statue qui porte

1. J'ai moi-même développé cette tl'éoiie, dans les .Von. âc l'art antique de Rayet, notice de la pi. C3. J'y renonce aujourd'hui.

2. Cf. Petersen, Arch. Xàtimg, 1SG7, p. 12G. Furtwaengler, iMiÂoii de Roscher, p. 2182. Helbig-Toutain, I, p. 74.

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