LES BAS-RELIEFS NÉO- ATTIQUES
ticlie iiiiagiiic par les n^o-attiques an Jc'liut de l'i'poque romaine. Ces décorateurs n'ont rien inventé. Fussent-ils même soutenus par l'étude des modèles archaïques, auraient-ils créé de toutes pièces un style qui a ses raffinements, ses conventions, comme le mouvement de danse, le plissement rectiligne des draperies, l'évasement en queue d'aronde des légères étoffes jetées en écliar-
pe? i\I. Hauser a d'ailleurs fait faire à la question un pas décisif en démontrant que le style dit archaïsant apparaît dans l'art grec bien avant l'établissement en Italie des ateliers attiques. Un exemple très caractéristique nous est fourni par les amphores panathénaïques postérieures à l'année 367 ; la figure d'Athéna peinte sur ces amphores est un véritable pastiche archaïsant de l 'ancien type de la Promachos ' .
Un siège eu marbre, trouvé en avant du Parthénon, et appartenant au début du quatrième siècle ■ ; une frise du Louvre, provenant d'un sanctuaire de Samothrace et antérieure à 350 ■', offrent des figures archaïsantes. On discute encore sur la date qui convient à un monument dont l'original est perdu, un puteal de Corinthe, connu seulement par un moulage et des dessins (fig. 342-343) '. J'y vois
Figi re feuimine du p ti il de Conmht;
1. Eayet et ColUgnon, Céramique grecque, \->. 138. Hauser. oui-, cité, p. 159.
2. Furtwaengler, Meisterwerke, p. 206. Réplique à Berlin, Beschr. der ant. Skulpturen, n" 1051.
3. Hauser, p. 164. Cf. iS'ewe UntersucTiungen au/ Samothraie, pi. 9. Signalons encore un bas-relief d'Épidaure, offrant sur ]a face principale des figures du style du quatrième siècle, et sur un des côtés une figure archaïsante. CavTadias, 'E^rifi. ip/., 1895, p. 180, pi. 8.
4. Michaelis, Journal of Bellenic Studies, 1885, pi. LVI-LVII. Hauser, p. 163. L'ensemble de la dé-
volontiers, avec M. Hauser, mie œuvre archaïsaute, antérieure à 350, et exécutée peut-être dès la tin du cinquième siècle '. On suit d'ailleurs, dans le développement postérieur de l'art grec, cette sorte de veine archaïsante. Ainsi il n'y a aucune raison d'attribuer aux néo-attiques la création d'un type de bas-relief connu par plusieurs exemplaires. Nous
voulons parler de ces reliefs montrant Apollon en longue robe de citharède, suivi d'Artémis et de Latone, et recevant une libation que lui verse une Niké ailée" ; quelquefois le copiste abrège et supprime des détails; mais dans les exemplaires les plus complets, comme celui de Berlin, et celui du Louvre reproduit ci-joint (fig. o-li), on aperçoit au second plan un temple à colonnes corinthiennes, un platane, et une statue archaïque d'Apollou\ Suivant toute vraisemblance, ce type de bas-relief, à décor pittoresque, a été imaginé en Grèce, pour des ex-voto agonistiques, dédiés
Fig. 313. — Héraclès. Figure du jiuleal de Corinthe.
par des vainqueurs aux coucours musicaux des jeux pythiques, et l'invention en est antérieure à
coration est reproduit par Dodwell, Claseical Tour in Oreece, t. II, p. 200-202. Gerhard, Antiit Bildicerkt, pi. XIV-XVI. Cf. S. Keinach, Mon. et Mémoires, II, p. 64-05. Nous reproduisons ci-joint deux des ligures.
1. M. Furtwaengler va plus loin encore, et y reconnaît le style de Callimaqne. Meistericerle, p. 201-
2. Voir le catalogue de ces monuments dans Overbeck, Grieck. Kummi/thologie, III. Apollon, p. 2ô'.i. Exemplaires au Louvre, Froehner, Xolice, n°' 12, 13, 15, IG.
3. Exemplaire de Berlin, Beschr. der ant. Skidpt., n" 921, p. 373. Exemplaire du Louvre, Froehner, notice, n° 12.
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l'époque romaine '. Enfin il est intéressant de trouver en Grèce, vers le second siècle avant notre ère, des spécimens de ce style avec tous les caractères qu'il présente en Italie. Un bas-relief de Délos, découvert dans les ruines d'une riche maison délienne, nous montre les mêmes types d'Hermès etd'Athéna qui figurent dans le répertoire des néo-attiques travaillant à Rome -. C'est donc en Grèce qu'il faut chercher les origines du style archaïsant. Au premier siècle, il a déjà der-
Fig. 344. — Apollon, Artémis, Latone et Niké (Bas-relief du Louvre).
rière lui une longue tradition. Les néo-attiques n'inventent rien; ils repi'oduisent des prototypes antérieurs, où ce style est déjà constitué avec toutes ses conventions.
Mais quels sont ces prototypes? En nous faisant mieux connaître les primitifs grecs, les découvertes récentes faites en Grèce ont jeté sur la question un jour nouveau; elles nous ont aidé à comprendre que le style archaïsant a ses racines dans l'archaïsme sincère, mais déjà très raffiné^ qui prévaut au début du cinquième siècle. Sur ce point, ladé-
1. Cf. E. Reisch. Gtiech. Weihgescheiih , p. '26. On connaît aujourd'hui, g.ràce à un bas-relief du Musée de Dresde, un type antérieur à celui-ci, traité dans le style libre du quatrième siècle. Arch. Anzeiffer, 1S94, p. 21), fig. 7. La question qui reste indécise, c'est de déterminer dans quelle mesure les reliefs archaïsants dérivent d'un type archaïque, abandonné au quatrième siècle, et repris à Tépoque hellénistique.
2. Couve, Bull, de corresp. héllen., XIX, 1895, p. 478, fig. 5.
moustration de M. Hauser est concluante. A vrai dire, aucune des conventions du style archaïsant n'est étrangère à l'archaïsme : ni le mouvement de danse, ni le plissement en queue d'aronde des écharpes, ni les gestes maniérés des mains '. Les vieux peintres de vases les connaissent; les sculpteurs de bas-reliefs les appliquent au temps des guerres médiques. Le style qui nous occupe dérive donc en droite ligne de celui qui donne aux œuvres de l'archaïsme finissant un charme si sévère. Les néo-attiques auraient-ils donc simplement copié les artistes athéniens antérieurs à 450, et en particulier Calamis, le inaitre des élégances menues et de la grâce raffinée? C'est l'hypothèse développée par M. Hauser, et elle est fort séduisante ". Nous y voyons cependant une objection. Admettons que les qualités de fraîcheur et de naïveté des oeuvres archaïques s'évaporent sous la main des copistes, et que le stvle archaïsant nous livre seulement des décalques affadis de modèles primitifs; la question n'est pas encore complètement résolue. Il n'en reste pas moins vrai que les bas-reliefs néo-attiques nous donnent très souvent l'impression d'un archaïsme voulu, avec des élégances très artificielles, et des détails empruntés au style libre. On garde malgré tout le sentiment qu'il y a là quelque chose de factice et que les modèles eux-mêmes sont déjà archaïsants, comme s'ils étaient l'œuvre d'artistes connaissant fort bien les vieux maîtres, mais n'ayant plus leur naïveté. Et n'est-ce pas un fait très digne d'attention que dès le quatrième siècle nous trouvons déjà des échantillons de ces pastiches? Or, il y a, dans la seconde moitié du cinquième siècle, un habile sculpteur, toreuticien renommé, qui semble être le représentant des vieilles traditions : c'est Callimaque, l'artiste attitré de Nicias et du parti conservateur. Que Callimaque ait donné les premiers modèles de ces œuvres où les conventions de l'archaïsme sont comme stylisées, rendues artificielles, et associées à des élégances plus modernes, on l'admettra volontiers •\ On
1. Voir par exemple le bas-relief de l'Acropole reproduit, t. I, p. 379, fig. 196. L'Athéna d'un relief de bronze de r Acropole (t. I, p. 380, fig. 197) peut être rapprochée du type figuré sur le puteal de Corinthe.
2. Hauser, p. 1G8. Cf. S. Beinacb, Mon. et }fimo!>es, II, p. ô7, et suivantes. SI. S. Reinach reconnaît une œuvre de l'archaïsme attico-ionicn dans un bas-relief de Panticapée (pi. VII). Mais je ne suis pas convaincu par son argumentation . Le bas-relief en question me paraît être une œuvre archaisante du quatrième siècle. M. Lechat exprime la même opinion, Hev. des cludfs grecques, 1896, p. 278.