‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 37 sur 380 · LES SCULPTURES DE L'ERECHTHEION · texte numérisé non relu

LES SCULPTURES DE L'ERECHTHEION

L'histoire politique d'Athènes, de 431 à la fin du cinquième siècle, suffit à expliquer le ralentissement des travaux d'art qui avaient illustré les années de paix et de prospérité. Les premières hostilités de la guerre du Péloponnèse, au printemps de 431, la peste de 430, les invasions en Attique, les désastres de la guerre de Sicile, en 413, tous ces événements nous font comprendre que l'heure n'est plus aux grandes entreprises. Pourtant, les Athéniens ne se désintéressent pas de l'Acropole et de ses monuments. Le rocher sacré, devenu, grâce k Périclès, une véritable œuvre d'art travaillée de main d'homme, reste l'objet de leurs plus chères préoccupations. L'activité y renaît avec le succès; la reprise des travaux marque les périodes d'accalmie et d'espérance; mais les revers amènent de brusques arrêts, et l'histoire de l'Erechthéion, construit pendant la guerre du Péloponnèse, montre

I. Fabnciu3, Afi'thtil. Aeh:a. IX, 1881, pL XVII, XVIII, XI.X!. Quelques morceaux, connus .^utéricurement, sont dessinés dans VExpédttion de Morée, III, pi. 33 et 35. Cf. K. L.inge, Mi'thetl. Atheii, VI, 188L p. 233. Le style de I.i frUe est assez voisin du style des métopes du Théséion. M. Furtwaengler émet l'hypothèse qu'elle pourrait appartenir au temple plus ancien. Meiittnctrke, p. 72, note 2.

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bien à quel point l'art subit le contre-coup de la lutte où se joue la fortune d'Athènes.

L'emplacement occupé par l'Ereclithéion était consacré, de longue date, par la tradition religieuse. Le trou creusé dans le roc par le trident de Poséidon, la source d'eau salée, l'olivier sacré que les Perses avaient en vain essayé de détruire, faisaient de cette partie du plateau le lieu saint par excellence. C'est là que fut édifié le nouveau sanctuaire, destiné à remplacer l'ancien temple à double cella qui avait si cruellement souffert de l'invasion perse. L'Ereclithéion n'est pas cité parmi les édifices construits par Périclès, et l'on a reconnu, depuis longtemps, qu'il est postérieur à la mort du grand homme d'Etat. Mais, dans une importante étude, M. Furtwaengler en a reconstitué l'histoire d'une façon décisive '. La construction du nouvel édifice fut certainement inspirée par un esprit de réaction contre les plans de Périclès. Elle fut l'oeuvre du parti conservateur, dirigé par Nicias. L'Erechthéion ne devait être qu'une sorte de rajeunissement du vieux temple, qui, provisoirement réédifié, était resté le centre du culte d'Athéna et d'Erechthée ; il devait occuper un emplacement tout voisin de ses fondations, sur lesquelles il empiétait en partie ; il devait renfermer dans son enceinte les signes sacrés et la vieille idole de bois d'Athéna. Aussi, tout neuf qu'il fût, on l'appelait c( le vieux temple )) (o vîùjç ô à:/aî^o;. Il n'était pas encore terminé dans son ensemble qu'où s'empressait d"y installer le xoanon vénéré ■.

Pendant les premières années de la guerre du Péloponnèse, on n'a pas le loisir de commencer les travaux. Mais ils sont poussés avec activité de 421 à 413, pendant les années tranquilles qui suivent la paix de Nicias, et précèdent les désastres de l'expédition de Sicile'. Il y a là une période de calme, qui succède à la i( guerre de dix ans )) , et marque une vigoureuse reprise de l'activité artistique. Les malheurs de 413 ont pour conséquence une interruption de quatre

1. Nous renvoyons le lecteur à un remarquable chapitre des Meistenverke, p. 192-199.

2. Dans des inscriptions attiquea, l'Érechthéion est désigné par les termes suivants : xoû vew ToO i\i. noÀei ÈvûiTo ip/aîov âya/tia. Corpus inscr.attic, I, 322, 1. Ailleurs il est appelé le « vieux temple d'Athéna Polias ». [tov veùvtJov MyxXo'i rr,- 'A6rivâ; •t[ji; IloX'.iSo;]. Corpus huer, attic, II, 164, 6.

3. Michaelis, Mittheil. Atheii, XIV, p. 3C3. 4.T6v8£xaeT^ itdJ.EiiOv (Thucydide, V, 25).

ans dans la construction de l'Erechtliéion. On se remet à l'œuvre en 409, sous l'archoutat de Dioclès, quand les succès d'Alcibiade à Cyzique ont rendu confiance aux Athéniens, et réveillé leurs espérances. Cette année même, une commission d'épistates est chargée de vérifier l'état des travaux et d'en dresser un relevé que de précieux textes épigraphiques nous ont conservé'. Nous savons par là que le gros œuvre était presque terminé, et les murs poussés jusqu'à l'avantdernière assise. Une suite, malheureusement incomplète, de comptes de gestion nous donne en outre le détail des travaux exécutés pendant les années 409, 408 et 407"; à cette date, on achève de canueler les colonnes, on pose les toitures, on peint à l'encaustique les charpentes des combles, on sculpte et l'on met en place les figures de la frise. Le temple est presque achevé, quand un incendie en détruit quelques parties en 406. Mais on sait quelles causes empêchent une restauration immédiate. L'effort suprême tenté en 406 aux Arginuses, la mémorable défaite d'^gos Potamos, qui, l'année suivante, porte à Athènes le coup décisif, le siège de la ville par les troupes de Pausanias et de Lysandre font assez comprendre pourquoi le temple reste à demi ruiné jusqu'en 395, jusqu'au moment où, sous l'archontat de Diophante, ou restaure les parties atteintes par l'incendie'.

La distribution intérieure de l'Ereehthéion a été longtemps un problème très discuté \ Elle est aujourd'hui fort claire. M. Furtwaengler a démontré, avec la plus grande précision, qu'elle reproduisait, dans des proportions plus petites, celles du vieux temple. A l'est,

1. Corpus inscr. atticarum, I, n» 322. Newton, Ancient Greek inscr. iu the Brit. muséum, I, n» 35. Cf. Choisy, Études épigraphiques sur l'architecture grecque, l'Ereehthéion, p. 88, inscr. IL

2. Coijms inscr. atticarum, I, 324. Choisy, ouvrage cité, p. 115, inscr. VI. Ces textes et les précédents sont reproduits par Micliaelis dans la nouvelle édition de l'ouvrage d'Otto Jahn : Pausaniae descriplio arcis Athenarum, Bonn, 1880, p. 44. De nouveaux fragments, découverts en 1888, ont été étudiés par M. Michaelis,.1/i«/iei7.^(Aen, XIV, p. 349-3G6. Cf. ieXtiov àpx- 1888, p. 87.

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