LE TEMPLE D'ATHÉNA NIKE
Nicias, que les adversaires de Périclès peuvent songer à utiliser la plate-forme du Fj/ir/ns. Dès lors on est conduit à designer (lour la construction du temple une date fort vraisemblable, celle de l'année 426/5, marquée jjar les lirillauts succès de Nicias et de Démos-
Fig. 47. — Le temple d'Athéua Kiké.
tliène, qui préparent la trêve de 421. Le temple d'Athéua Niké serait ainsi un peu antérieur aux premiers travaux de rÉreclitliéion '.
L'histoire récente du temple est bien connue. Personne n'ignore comment, vers 1G87, les Turcs démolirent le petit édifice que Spon et théier avaient encore vu en place, et enfouirent les matériaux sous
1. M. Benndorf a proposé d'attribuer à Cimou la construction du temple. (Vêler das Ciiltiisbih] ,1er Alliena NU-e, Vienne, 1879, p. 17 et suiv.) Cette opinion a été réfutée, en particulier par M. Kekulé) ouvr. cité, p. 24. M. Furtwaengler se prononce pour la date de 42G/o.
le terre-plein d'un bastion ; comment, en 1835, une habile restauration, exécutée par les architectes Hansen et Schaubert, sous la direction de Ross ', nous a rendu, presque dans son intégrité, cette merveille de l'architecture ionique. Enseveli pendant un siècle et demi sous une batterie turque, le temple se dresse de nouveau sur le Pyrgos avec sa minuscule cella ', et ses deux portiques à quatre colonnes. Quant à la frise sculptée, haute de 0,448™, qui courait sur les quatre côtés, si les dalles des faces nord, sud et ouest, emportées à Londres par lord Elgin, n'ont pu être remises en place, elles out été remplacées par des moulages en terre cuite. La face orientale a conservé ses sculptures '.
Dans la frise orientale, le sculpteur a repris, en le développant, un thème que nous avons déjà vu au Parthéuon et au k Théséion », une réunion de dieux. Au centre est Athéna debout, reconnaissable à son bouclier ; Zeus et Poséidon sont assis à ses côtés. D'autres dieux se tiennent debout et à l'extrémité droite on reconnaît Aphrodite assise, accompagnée d'Eros et de Peitho. L'état de mutilation de la frise ne permet pas d'identifier tous les personnages ; remarquons seulement que pour le type et les attitudes, quelques-uns dérivent directement des sculptures du Parthénon. Un des dieux posant son pied sur un rocher, un autre appuyé sur un sceptre, une déesse, sans doute L'is, accourant vers le centre, ont leur prototype dans les sculptures de l'école de Phidias. Quant au rôle de cette assemblée de dieux dans l'ensemble de la composition, on le comprend sans peine si l'on se reporte à la frise orientale du Théséion. Les dieux semblent attendre l'issue de la lutte qui se poursuit sur les tiois autres faces, et c'est du théâtre du combat qu'accourent sans doute les déesses messagères, L-is et Niké,
A quelle guerre, réelle ou légendaire, font allusion les scènes de bataille figurées sur le reste de la frise? On a souvent remarqué que
l.L. Ross, E. Schanbert, Th. 'Kun&en, Die Ahopolia von Athen. DerTempel der .Vite Apteios, Berlin, 1839. Cf. la bibliographie citée dans Le Bas-Reinach, p. 120.
2. L'ensemble du temple mesure o"',40 de largeur sur 8'»,20 de longueur.
3. L'ensemble de la frise est reproduit dans Ross, Tempd âer Nike Apleros, pi. 11, 12. et dans Le B:is- Reinacb, Voyage nrch., Archileclure, pi. 9-10, d'après le dessin de Landron. Les parties conservées & Londres sont gravies dans les Ancient mari/les, t. IX, pi. 7-10 et reproduites en p.irtie par Brunu, Deiik-marier, n-' 117-118. Cf. Banmeister, Denhmaeler, pi. XXV, et fig. 1235, 133G. Pour la bibliographie, voir Le Bas-Reinach, p.127-128, et Catalogue of Sculpture in the Britith Muieum, I, n"' 421-12Ô. Pour l'interprétation de la frise, voir Fortwaengler, Meistencerle, p. 211
LE TEMPLE D'ATIIENA XIKÉ. 101
les adversaires des Athéniens sont des Orientaux sur les faces nord et sud, et des Grecs sur la face occidentale. Il faut sans doute songer aux batailles de la guerre i)ersiiiue, i\ Platées en particulier, où les Grecs alliés des Barliares, Béotiens, Locriens et ïliessaliens, faisaient face aux Athéniens? Mais si les souvenirs de la guerre persique ont pu iburnir au sculpteur une sorte de thème général, le vrai sujet est la glorification des victoires athéniennes. Aller plus loin serait peutêtre dépasser la pensée de l'artiste, qui eu prêtant aux combattants grecs la demi-nudité héroïque, en supprimant les détails caractéristiques de costume et d'équipement, s'est tenu dans la généralisation
Fig. IS. — ■ Bas-reliefs de la frise sud du temple d'Athéna Xiké.
la plus large. Il a au contraire introduit des variantes assez curieuses dans les divers épisodes du combat. Sur les faces nord et sud, là où les Athéniens sont aux prises avec les Asiatiques, la lutte promet un triomphe prochain. Si quelques cavaliers perses résistent bravement, les soldats à pied cèdent aux attaques furieuses des Grecs; plusieurs d'entre eux sont tombés sur un genou, déjà vaincus ; d'autres blessés ou morts, reconnaissables à leurs anaxyrides, sont étendus sur le sol. La victoire des Grecs est assurée (fig. 48 et 49) '. Du côté ouest, les adversaires sont égaux en courage, et le combat prend l'aspect d'une série d'engagements corps à corps. Ici, deux combattants couverts par leurs boucliers, le buste penché en avant, sont en garde et s'attaquent ; ailleurs un Grec va décharger un coup furieux sur son ennemi tombé qu'il maintient à terre en le repoussant du pied. Plus loin, une mêlée
1. Catalogue n/ Sculpture, n"s iiS et 424. Baumeister, Denlcmader, pi. XXV, nos 1237 et 1238.
s'engage autour d'un Messe que se disputent les deux partis (fig. 50) '.
C'est le thème des frontons d'Egine.
Mais avec quelle verve et quel sentiment passionné l'artiste a su le reprendre et le renouveler !
On ue saurait étudier avec trop de soin, dans la frise du temple d' Atlîéna Niké, les procédés de style, de technique et de composition. Aucun monument, en effet, ne nous fait mieux comprendre comment, dès le temps de la guerre du Péloponnèse, l'art attique est déjà pénétré de l'esprit nouveau qui inspirera les maîtres du siècle suivant'. Il suffit d'examiner le style de la frise pour comprendre quelle distance la sépare du Parthénon. Voyez d'abord avec quel soin l'artiste a espacé les figures, laissé des vides dans le fond, isolé les groupes pour donner à la composition plus de clarté. Il y a là un parti pris qui s'annonçait déjà dans la frise du Théséion et qui est ici imposé en quelque sorte par le peu de hauteur de la frise ; des figures trop serrées auraient compliqué les lignes et introduit dans le dessin une certaine confusion.