I. — L'ÉCOLE DE PHIDIAS
La sculpture monumentale nous a permis de suivre, à l'aide des marbres originaux, le mouvement de l'art eu Attique pendant la seconde moitié du cinquième siècle. Mais pour nous faire une idée complète de cette période, il convient d'y replacer les artistes de mérite et de renom inégaux, qui sont à la fois les contemporains et les héritiers des grands maîtres. Les monuments conservés sont malheureusement trop rares pour qu'on puisse se flatter de restituer à chacun de ces artistes sa physionomie i»ropre ; beaucoup d'entre eux ne sont pour nous que des noms, et nous sommes mal renseignés sur ces dernières années du siècle le plus fécond et le plus glorieux dans l'histoire de l'art hellénique. On peut au moins essayer de réunir les faits épars dans les textes, de classer ces maîtres d'après leur filiation d'école. Nous verrons par là que la tradition de Phidias ne règne pas sans partage, et qu'au temps de la guerre du Péloponnèse, l'école attique présente une curieuse variété de goûts et de tendances.
Le groupe des élèves directs de Phidias est celui qui doit, a priori, ofiVir le plus d'unité. Formé pour l'exécution de grands travaux collectifs, l'atelier du maître athénien comprenait tout un personnel d'élèves et de collaborateurs, soumis à une forte discipline, et pénétrés de sa méthode et de son style. Peut-être est-ce même là une des raisons pour lesquelles nous connaissons mal l'atelier de Phidias. De ces collaborateurs et de ces disciples directs, deux seulement, Colotès et Agoracrite,
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ont laissé un nom. Encore quelques-unes de leurs œuvres sont-elles attribuées à Phidias, preuve formelle de l'étroite parenté de style qui les rattachait à leur maître.
Colotès, dont la patrie est inconnue', paraît avoir surtout secondé Phidias dans ses travaux de statuaire cliryséléphantiue. Il avait collaboré au Zeus d'Olympie. Il avait même exécuté pour l'Héraion d'Olympie un clief-d'oeuvre de toreutique et de marqueterie, la table d'or et d'ivoire sur laquelle les vainqueurs déposaient leurs offrandes. Ses autres œuvres sont des statues d'or et d'ivoire ; à Cyllène, eu Elide, un Asclépios; sur l'Acropole d'Elis, une Athéua au casque surmonté d'un coq, et dont le bouclier avait été peint par Panainos. On faisait parfois honneur de cette dernière statue à Phidias, et cette confusion de noms nous permet de reconnaître dans Colotès un artiste plus docile qu'original.
La même présomption peut s'appliquer à Agoracrite de Paros ". Entré fort jeune, semble-t-il, dans l'atelier de Phidias \ il était devenu l'élève favori du grand sculpteur, et les médisants glosaient sur les rapports d'affection qui unissaient le maître et le disciple. On racontait que Phidias donnait souvent à Agoracrite ses propres statues, et l'autorisait à les signer ^ De ces historiettes, que l'antiquité enregistrait complaisamment, il faut retenir un seul fait : Agoracrite, à n'en pas douter, imitait le style de Phidias avec la même ferveur qu'apportait Jules Romain à reproduire celui de Raphaël. On s'explique ainsi que Pausanias ait attribué au maître une œuvre célèbre que d'autres sources restituent à l'élève, la statue de la Mère des dieux, au ï\Iétrôon d'Athènes ■'. La construction du temple, et même l'admission à Athènes de ce culte étranger, phrygien d'origine, étant postérieures i\ la peste de 4.30, la statue est bien l'œuvre du sculpteur parien. Elle montrait la déesse assise, accompagnée de deux lions couchés sur un trône. Peut-être a-t-elle fourni le prototype d'un l)eau bas-relief votif d'Athènes, traiti''
1. Pliue, iV(i(. Jliat. 34, ôl. Biunii, Griech. Kiinstler, I, p. •24}. •2. Brunii, ibiJ., I, p. 239. Furtwacngler, Jfeisterwerke , p. 119. 3. a Aetale gralws », Pline, ibid. 80, 17.
■J. Pline, ibid. 3G, 17. Zeiiobius, dans les Paroemiograiihi ijraeci, éd. Lcutsch, I, p. 135. 5. Pausanias, I, 3, 5; attribuée & Agoracrite par Pline, ibid., 30, 17. Sur la date du Métrôon, voir Foucart, .Utociationa religieusm cha les Grect, p. Gl.
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dans le stylo du linqiiiriiic siècle, et où la Mère des dieux trône majestueusoment, tenant une phiale et un tvmpanon'. A l'exemple de Pliidias, Agoracrite travaillait le bronze, témoin ses deux statues d'Atliéna Itonia et de Zeus ITadès exécutées pdur un Béotien, près de Coronoe'. Mais son chef-d'ceuvre était un marbre, une statue colossale de Némésis à Rhamnonte '. La déesse était couronnée d'un stépltanof: orné de biches et de petites figures de Victoires; elle tenait de la main gauche un rameau de pommier, de la droite une phiale sur laquelle l'artiste avait sculpté des Ethiopiens. Les reliefs de la base représentaient des scènes empruntées à la légende des Tyndarides et des Atrides. Il y a de bonnes raisons pour reconnaître la Némésis d'Agoracrite sur un statère d'argent de Cliypre, frappé vers 374 avant J.-C. par Timocharis et Nicoclès roi de Salamine (tig. 54;) '. Il est même fort probable que le British Muséum en possède un débris, il savoir un fragment de tète colossale, dont les yeux et la chevelure rappellent le faire ^'°- ^'- ~ '
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de certaines figures féminines dans la irise du Par- statère de Chypre, thénon '. Mais une découverte plus précieuse encore est celle des bas-reliefs de la base, trouvés en 1880 à Pihamnonte, sur l'emplacement du temple de Némésis'"'. Ces bas-reliefs sont par malheur très mutilés, et si l'on peut penser que la scène principale représentait Léda emmenant Hélène vers Némésis, en présence