‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 54 sur 380 · Pottieret Reinach, la Xécropole de Mi/riiui, p. 30y · texte numérisé non relu

Pottieret Reinach, la Xécropole de Mi/riiui, p. 30y

;i. JI. S. Reinach s'est efforcé de concilier ces différentes hypothèses. Il reconnaît dans la statue de Fréjus et dans ses répliques « un type probablement créé par Alcamènes, reproduit, avec des modifications que nous ne pouvons préciser, par Praxitèle, et imité ensuite tant par les coroplastes d'Asie Mineure que par les artistes des époques hellénistiques et gréco-romaine, entr autres peut-être, bien que cela doive rester douteux, par Arcésilas, dans l'image de la déesse qu'il fit pour le temple du Forum. » 6'«;. arch., 1887, art. cite. M. Conze (J/illheil. Athen, XIV, 18^9, p. 19'J) se prononce nettement en faveur d'Alcamènes, suivant ropinion de JI. Furtwaengler (Lex//.on (/ce J/y(/io/ojie de Roscher, p. Ii2 et Jleisteriaerle, p. 117), adoptée par M'> Lucy ilitchell, Ancient sculpture, p. 320. Cf. 'Wolters, Slittheil. Athen, XII, 1887, p. 378.

SCCLriL'ltE GKEfylJi. — T. 11 l**

un legs de la sculpture archaïque, et la Héra de la frise du Partliénon suffirait à nous montrer coninieut Diidias se l'approprie. Mais surtout la tête offre des caractères qui lèvent toute hésitation sur la date. Le front droit, la bouche aux lèvres arquées, entr'ouvertcs, sur lesquelles flotte comme une omhre de sourire, les yeux où la saillie des paupières s'accuse, au lieu de s'amortir comme dans les têtes de l'école de Praxitèle,

tous ces traits composent une physionomie calme, plutôt rêveuse que souriante, et qui exclut toute idée de co- (luetterie et de mièvrerie. On peut en juger par une excellente réplique du musée de Naples, dont la tête, vue de profil, est reproduite ci-joint (tig. 58) '. Enfin, le travail simple de la chevelure, avec ses liandeaux ondulés sur les tempes, nous remet en mémoire la belle tête de Laborde, qu'on peut prendre comme un exem- ]ile certain des têtes de Phidias '■. Tous ces rapprochements nous invitent à reconnaître dans la statue de Fréjus une bonne copie de l'Aphrodite des Jardins, exécutée peut-être au premier siècle avant notre ère, par quelque artiste épris des modèles du cinquième siècle.

— Tête d'une statue du musée de Naples. Kéiiliciuc de l'Aphrodite drapée.

1. Cette tète est publiée dans les AiUilie Denkmader heraiis;/. vom arch. Insl., I, pi. ôô, 2, ]>. 4.i (E. Petersen). Notre figure est exécutée d'après un moulage du Musée archéologique de Strasbourg, que M. Micliaelis a eu l'obligeance de faire photographier.

2. On a quelquefois parlé de rarch.iïsme de la tête. Ainsi, M. Wintcr estime que le style est trop sévère pour appartenir i l'époque d'Alcamènes, et que l'original appartient i\ une date voisine de •l.'iO. (.iO* Proi/rumm sum Wiiiclelmann/eit, p. 119-121.) Je n'y découvre, pour ma part, aucune trace d'archaïsme.

L'IOCOLE DE PHIDIAS.

Connaissons-nous, au moins par des copies, d'autres œuvres d'Alcamènes? Ces identifications, où le sentiment personnel a tant de part, ne sont jamais que des liypothcses. Sans clierclier ;\ les multiplier outre mesure, nous indi(juerons celles qui paraissent les plus vraisemblables. M. Furtwaengler reconnaît une copie de rilépliaistos dans xm torse de Cassel, auquel il ajuste la tète d'un hermès du Vatican (fig. 59) '. Cette belle tête aux traits réguliers et sérieux, coiffée du bonnet coni(pie des artisans et des marins , est bien , comme l'a démontré Brunn .

une tête divine, et aucun nom ne lui convient mieux que celui d'Héphaistos. Le vainc pieu r au pentathle d'Alcamènes était un bronze célèbre ; l'épithète d'encri'nomends prouve qu'on le citait comme une sorte de canon , et qu'aux yeux des anciens, il passait pour une des œuvres les plus caractéristiques de la manière du maître ; il avait provoqué certainement de nombreuses copies. Nous admettrons donc comme très plausible la conjecture proposée pour la première fois par M. Kekulé -, et suivant laquelle l'athlète d'Alcamènes serait l'original du discobole debout du Vatican (fig. 60). Le discobole n'a pas l'attitude tourmentée de celui de Myron. Solidement appuyé sur la

Kl-.

1 . Meislerwerle, p. 120. La tête du Vatican est rei-iroduite dans les Mon. iiied., VII, pi. 81, cf. Brunn, Griech. Gotlerideale, pi. II, p. 16 et suivantes.

2. Aick. Zeitang, 1866, p. 169. M. Furtwaengler adopte la même opinion, Meistencerle, p. 122.

I/IKFLUENCE DES r.RANPS MAITP.ES.

jambe gauclie, la tête un peu inclinée, la main droite portée en avant , il assure sa position , et mesure de l'œil la distance que va

parcourir son disque. La tête a un caractère attiquc très accusé ; le rythme si personnel du mouvement et la pose des jambes nous défendent de songer à une œuvre polyclétéenne. Si , dans l'œuvre d'Alcamènes, le pentathle était considéré comme un type canonique, rien ne répond mieux à ce jugement tpie la statue du Vatican '.

On sait toute l'importance que prenait pour les artistes grecs l'invention d'un rythme nouveau dans les lignes, d'une attitude heureusement trouvée.

Or, le rythme et l'attitude que nous avons observés dans le discobole, nous les remarquons dans une statue bien connue, le Mars Borghèse du musée du Louvre (fig. Gl)". L'auteur th l'original connaît certainement le Doryphore de rolyclète; il s'en inspire peut-être pdur le mouvement des bras, pour

Fig. 00. — Discobole debout. (Musée du Vatican) IcS divisioilS trcS UettCS dll

1. Pour la bibliographie, voir Friederichs-Wolters, Gipsahff.,n" 465, et HelbiK-Toutain, Gidilr, 1, n" 8.31. La st.itue est reproduite : Arch. Zeitumj, 18G6. pi. 209, 1-2: Brunn, nenlmaflfr. ii" 131. liépliquc en Angleterre. iV Dnncombe l'ark : itichaelU, Ancient mnrUet !h dr. firilai». p. ■J!i."i, n" ?.

2. F,. Q. Visconti. Sfoiiumeiili scelli Bori/htsiaiii, pi. "-1. lîraiiii, l)e:ikmaeUr ii'< 6:!. Voir pour la bibliographie, FrieJcrichs-Wolters, n" 12!I8.

L'l':COLE DR PHIDIAS. 125

torse •. Mais ]<\ s'arrêtent les analogies. La tcte, dont il y a de bonnes répliques !\ Dresde et à Munich ^, est franchement attiquc (fig. G2). Le visage au galbe allongé, à l'expression rêveuse, est empreint d'une grâce sévère ; le casque, orné sur le timbre de deux griflbns, sur la visi^re de deux

1. Ces caractères ont souvent fait attribuer le Mars Borghùse à l'école de Polyclète. "Wolters, ourr.cité, n" 1298.

En décrivant la réplique conservée au musée du Latran, M. Benndorf y voit également une œuvre polyclétéenne (Benndorf et Schoene, Die tint. Bihlw. des lateyan.

Muséums, p. 78, n" 1"27). llème opinion dans Helbig-Toutain, Guide, I, n" G.'i"2, qui rattache l'origin,\l à l'école de Polyclète. Cf. Treu, Arcli.

Anzeigcr, 1891, p. .'SG. JI.

Furtwaengler se prononce en faveur d'Alcamcnes, Meisterwerke, p.

2. Dresde, Hettner, •l'éd. p. 120, n°2(;6. Munich, Brunn, Beschr. (1er (■lypt., p. 115, n-Sl. Le Louvre possède une mauvaise réplique, où les ornements du casque sont cependant reproduits fidèlement : Froeliner, Notice, n" l.SO.

ilite <i le Mars Borgliése

loups en course séparés par une palmette, fait songer à celui de la Partliénos, avec moins de richesse. Il semble bien que, pour la tenue générale du style, la statue appartienne à l'école attiquedu cinquième siècle. On a beaucoup discuté sur le nom. Est-ce un Achille, un Thésée, ou un Ares? Le nom d'Ares paraît le plus vraisemblable : il est justifié, d'ailleurs, par les groupes de l'époque romaine, où de médiocres sculpteurs ont associé Mars et Vénus, donnant à Mars le type de la statue Borglièse, à Vénus celui de la Vénus de Milo '. C'est sans doute pour caractériser plus nettement le dieu de la guerre que, dans la statue du Louvre, le copiste a placé au bas de la jambe droite un anneau, allusion à l'histoire bien connue d'Ares enchaîné par Héphaistos ■. Si, comme nous le croyons, le Mars Borghèse est réellement un Ares, il faut se souvenir qu'Alcamènes avait exécuté pour un temple d'Athènes une statue du dieu •"•; et nous ne voyons pas d'hypothèse plus plausible que d'y reconnaître l'original d'où dérive, avec tant d'autres répliques, la statue du Louvre.

Le passage de Lucien cité plus haut est le jugement le plus caractérisé que l'antiquité nous ait laissé sur Alcamènes. Le fils du clérouque de Lemnos était, à n'en pas douter, le maître de la grâce et de la beauté féminine. Mais un mot de Quintilien, qui lui attribue, conmie à Phidias, h pondus, c'est-à-dire l'ampleur, nous permet de croire qu'il ne se tenait pas dans la tradition un peu étroite des anciens sculpteurs attiques, et peut-être devons-nous voir en lui le seul maître capable de recueillir, au moins en partie, le lourd héritage de Phidias.

Des liens plus ou moins étroits semblent rattacher à la même école quelques artistes de second rang, figures d'ailleurs fort effacées à côté

1. Ainsi le groupe du Capitole, Helbig-Toutain, I, n" 502. H va de soi que Toriginal du Mars Borghèse a été conçu comme une statue isolée. Il nous est impossible de souscrire à la théorie de 51. Ravaisson qui pense que l'original de la Vénus de Milo aurait été groupé avec une statue du type du Mars Borghèse, un Tliésée snivant lui. Voir le mémoire de M. Ravaisson, la IViiiis de Milo, Mim. de l'Acud. des Iiiscr., t. XXXIV, U'- partie, p. 8i.

2. Furtwaengler, ^fl^ialeneer^!e, p. 121, note .5. L'auteur fait remarquer très justement que la statue du Louvre est seule, parmi les répliques, i présenter cette particularité. On a aussi expliqué cet anneau comme un bourrelet de cuir destiné !\ soutenir la cnémide; mais il est placé trop liant pour servir & cet nsage.

.4. Pausanias, I, 8, 1. C'était uu temple d'Ares, où se trouvaient encore deux statues d'Aphrodite, et une Athéna do Locros de Parce.

L'ECOI, !■: I)K l'IIIPIAS, 127

(le colle d'Alrainèiies. Le Mégarieii 'riiéocosinos, auteur d'un Zeus Olyniiiieu pour sa ville natale, a fréquenté l'atelier de Phidias. Cela est iiiuius certain pour Pyrrhos, connu par inie statue d'Atliéna Hygie dont la base demi-circulaire est encore en place, en avant d'une des colonnes des Propylées '. Plutanpie se fait l'écho d'une tradition po-

■ Tète tUi u Mars Boi-ghose n. (Musée fUi Louvre.)

pulaire, en racontant comment cette statue, commandée par Périclès, perpétuait le souvenir d'un miracle d'Atliéna, qui avait sauvé la vie à un ouvrier tombé du toit des Propylées ■. Mais il est plus probable

1. La base est reproduite par Jane Harrison, Mythol. ami Mon. of anc. Alhcns, p. 389. Cf. pour l'inscription, Loewy, Imchr. ffi: Bild/t., p. 44, n" 53.

1. Plularque, Pvriclès, 13. Cf. pour la discu.ssion du texte, Wolters, Mittheil. Alhen, SVI, 1891 , p. 153, et croquis de la base, pi. VI.

128 L'INFLUENCE DES CiKANDS MAITRES.

(lue la dédicace de l'œuvre de Pyrrhos a eu lieu au délnit de la guerre du Pélopounëse, peut-être à l'occasiou de la grande peste d'Athènes. Nous ne possédons aucune copie certaine de la statue de Pyrrhos '. La forme de la hase, les traces qu'elles conservent, semblent seulement indiquer une attitude immobile, comme celle de la Parthénos. On ne saurait donc considérer comme une réplique exacte la statuette grécoromaine trouvée à Épidaure, où la déesse marche rapidement, la tête tournée, les draperies flottant au vent. Mais cette ligure dérive l)ien d'un original attique de l'école de Phidias, et ])rouve qu'un autre sculpteur, contemporain de Pyrrhos, avait sans doute conçu un tyjie différent d'Athéna Hygieia '.

§■•2. — L'ECOLE DK JIYRON ET LES SCULPTEURS ISDEFEXDAXTS.

11 ne i'aut pas prendre au pied de la lettre le mot de Pétrone sur Myron, lorsqu'il écrit que le maître dEleuthères « n'a pas trouvé d'héritier^ » Le réalisme dont Myron avait si brillamment donné la formule compte encore des partisansdaus la seconde moitié du cinquième siècle; le plus connu est Lykios, le propre fils de l'auteur du Discobole. ]jykios excelle, lui aussi, dans l'art du bronze, et il fait bonne figure jjarmi les artistes qui, dans les dernières années du gouvernement de Périclès, et au moment de la paix de Nicias, contribuent à la décoration de l'Acropole. Une de ses œuvres frappait les yeux de ceux qui en gravissaient l'entrée. C'étaient deux chevaux de bronze, plus petits (jue nature, dédiés par trois hipparques, Lakédaimonios, sans doute le fils de Cimon, Xénophon, et Pronapès. Ils se dressaient sur des bases récennnent retrouvées, en avant de l'aile droite des Propylées, non loin du temple d'Athéna Niké, et rappelaient l'heureuse campagne d'Eubée conduite par Périclès en iHt'. Plus loin, entre les

1. Jl. >lichaelis pense à un type d'Athéna connu par une statue de Cassel, Milllu-il. AUicii, I. p. l'^'X' Voir les objections de Pucbsleiii, Jalnb. des arch. Inst., V, 1890, p. 02.

2. "Eç'/iji. àp-/., 1886, pi. 12, n» I. Cf. Petersen, MUlkeil. Alheii, USG, p. 30'.i.

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