Beulé, l'Acropole d'Athènes, t. II, p
2. Yoici rétat actuel des métopes du Parthénon. Celles des façades est et ouest sout encore eu place, mais très mutilées. Au nord, sur les trente-deux métopes, neuf sont en place au Parthénon, et deux sont conservées à Athènes. Trois autres, aujourd'hui perdues, nous sont connues grâce aux dessins exécutés par les officiers de la mission Gravier d'Otières. C'est aussi au côté nord qu'appartenaient les métopes reproduites par des dessins du Cabinet des Estampes, provenant du fonds Beringhen, acquis en 1731 (llichaelis, Der Parthénon, p. 98). Au sud une métope se trouve en place, et une autre conservée à Athènes, a été retonvée en 1833 (Métope XII de la pi. III de l'atlas de ilichaelis, Der Parthénon'). Le Louvre possède une métope rapportée par Clioiseul-Gouffier, et restaurée. Quinze autres appartiennent au British Muséum. Yoir le Catalogue of sculpture in ihe Department of Greek and Uoman Antiquities, par A.-H. Smith, II, Sculptures of the Parthénon, Londres, 18'.I2. Une de ces dernières (Métope TU, pi. III de l'atlas de Michaelis) se complète à l'aide d'une tête appartenant au musée du Louvre (Waldstein, Notice of a Lapith-Eead, Journal ofBellenic Studies, 1882, p. 228-233, et Essays on the art of PheiJias, p. 87-104; Héron de Villefosse, Monuments grecs, W^ 11-13, 1882-1884, p. 1-2, pi. 1-12). Une autre tête de Lapithe, provenant d'une métope, a été retrouvée en 1880 dans les fouilles de l'Acropole; A.-H. Smith, Journal of Hell. Studies, XIII, 1892-1993, p. 94. Les métopes centrales du côté sud, aujourd'hui perdues, se restituent à Taide des dessins de Carrey, qui a dessiné les trentedeux métopes de la face méridionale du temple. (De Laborde, le Parthénon.') M. Bruno Sauer a reconnu au musée de l'Acropole le torse d'une figure féminine de la métope sud, n" XIX. Festschriftfiir J. Over. bei-l; p. 73. Sur les nouveaux fragments retrouvés dans les fouilles, voir Mylonas, 'Eî»;[j.spi;àpy 0(io>.oi-i-/.r„ 1894, p. 187, et Malmberg, ihid., p. 211.
3. Pour le détail des sujets, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur à l'ouvrage de M. Michaelis, et au livre de M. Petersen, Die Kunst des Pheidias, p. 201-232.
4. C. Robert, Ostmetopen des Parthénon, Arch. Zeitung, 1884, p. 47 et suivantes.
SCtTLPTDEE GRECQUE. — T. II. 2
plausible si l'on se souvient ijue la Gigautouiacliie était précisément le sujet du fronton du vieux temple d'Athéna, détruit par les Perses. Les métopes de l'ouest représentaient peut-être le combat des Athéniens contre les Amazones, un des thèmes classiques de la sculpture monumentale au cinquième siècle'.
Sur les deux faces latérales, la disposition des sujets présente une particularité curieuse. Il est visible que sur chacun des longs côtés, il y a comme un thème principal ; au nord, une série de scènes, dont deux (métopes XXIV et XXV) paraissent empruntées à V Uioupersis , mais que l'état de mutilation des sculptures ne permet pas d'expliquer dans l'ensemble ; au sud, le combat des Lapithes et des Centaures. Or, si l'on considère le côté nord, on voit que des épisodes de la Centauromachie viennent s'encadrer entre ces scènes que nous renonçons à interpréter ; au sud, par une disposition inverse, la Centauromachie est coupée en deux tronçons par une série de neuf métopes, représentant des sujets tout différents '. Pour trouver la raison de cette disposition très insolite, quelques érudits ont supposé que les métopes étaient mises en place au fur et à mesure de leur exécution, et que celles de la partie centrale du côté sud n'étant pas encore prêtes, l'architecte leur substitua une partie des métopes destinées au côté nord. Mais c'est attribuer au hasard ce qui est le fait d'une volonté très réfléchie. En réalité, l'architecte s'est préoccupé d'éviter l'effet monotone qu'aurait produit, sur la face sud, une suite ininterrompue de métopes représentant la Centauromachie. Il en a reporté une partie au côté nord, et les a remplacées par un groupe de sujets dont la place, dans le plan primitif, devait se trouver sur la face septentrionale du temple.
1. Beulé {y Acropole (V Athènes, t. I, p. 118) pense à une scùne île combat contre les Perses.
2. Les métopes du centre ne sont connues que par les dessins de Carrev. (ilichaelis, pi. III, W' XIII- XXI). Sur ces métopes, voir Eossbach, Arvh. Zeitmiff, 1884, p. 58. M. Milchhoefer a proposé d'y reconnaître des scènes de la légende des Niobides. (Jakrbuch des arch. Iiist., I, p. iH.). 31. Pernice donne une interprétation plus plausible, JaiîêKc/i, X, 1895,p. 93-113. Les métopes XIII et XIV représentent des scènes empruntées à l'histoire mythique d'Erichthonios, Athéna en présence d'Erysichthon, confiant i Paudrose et à Hersé la ciste renfermant le petit Erichthoiiios. Les métopes XV et XVI, où l'on voit une scène de combat, feraient allusion à la lutte d'Erichthonios contre Amphiktyou. Dans la série des cinq métope» XVII-XXI, on voit les apprêts d'une cérémonie religieuse et deux femmes parant un xoanoH. C'est la fondation du culte d'Athéna, eu présence d'Ericlithonios. On reconnaît la prétresse (métope XIX), les jeunes filles qui apportent les ustensiles sacrés (métopes XVII et XVIII). enfin le xoanon d'Athéna Polias autour duquel s'empressent deux Praxiergides, chargées d'en faire la toilette, (métope XXI).
LE PARÏHÉNOX.
Nous ne nous attarderons pas aux métopes mutilées ou disparues des faces est, nord et ouest. Nous étudierons surtout les métopes qui, par leur état de conservation, nous renseignent le mieux sur le style des collaborateurs de Phidias ; elles appartiennent toutes au côté sud, et nous offrent différents épisodes de la Centauromacliie. Certes le sujet n'avait plus l'imprévu de la nouveauté. Ou a vu quel parti en avait tiré l'auteur du fronton occidental d'Olympie. A Athènes même, sur un des panneaux du Théséion, le peintre Micou l'avait traité dans une grande fresque, à laquelle les sculpteurs du Parthénon durent faire plus d'un emprunt. Ici pourtant, il y avait à vaincre une grave difficulté. Chaque métope ne pouvant contenir qu'un groupe de combattants, la composition devait forcément se morceler en scènes isolées, dont les acteurs étaient toujours un Centaure et un Lapithe. De là le danger de tomber dans des redites. Avec une étonnante fertilité d'invention, les sculpteurs des métopes ont su varier à l'infini ce motif unique, et un examen attentif des marbres nous révèle la méthode qu'ils ont suivie. Si l'on classe tous ces tableaux d'après la position relative des personnages, on distingue facilement une série de groupes où se trouve développé un thème fécond eu épisodes successifs : la lutte d'un Centaure contre un Lapithe. Le sculpteur prend l'action à son début, et en traduit toutes les phases. Tantôt le combat s'engage et se poursuit entre un Centaure placé à gauche, et un Lapithe figuré à droite ; tantôt, dans une autre série, la position des adversaires est renversée. Enfin, l'issue de ces engagements partiels peut fournir un nouvel élément de variété. Ici, le Lapithe est vainqueur; ailleurs c'est sa défaite qui se prépare. Ou imagine sans peine à quelles combinaisons sans cesse renouvelées cette ingénieuse conception peut donner lieu. Voici, par exemple, le thème développé dans une série de métopes où le Centaure occupe la partie gauche, et où l'issue de la lutte lui est favorable '. D'abord les deux adversaires s'attaquent, comme deux lutteurs qui prennent leurs positions, après s'être mesurés du regard. Le Lapithe est eu garde, un bras levé ; le Centaure se dresse sur ses jambes de derrière ; le mouvement est
1. Jlétopes XXXII, XXXI, XXX, XXVUI des planches m et IV de ratlis de JUchaelis. Cf. Erunn, DenhnaeUr gritch. und roem. SciiljHur, n" 181, 182-185.
r2 V LINI-LUEXCE DES GRANDS MAITRES.
encore lent et peu marqué. Plus loin, la lutte est engagée. Le monstre à corps de cheval serre d'une main vigoureuse la gorge de son ennemi; sa janihe nerveuse accroche celle du jeune Grec; son visage grimace, tout convulsé par l'effort (fig. 2). Voici la suite du même combat. Le Centaure l'emporte ; le Lapithe est tombé sur lui genou,
Fig. 2. — Ceutaure et Lapithe (métope XXXI du Parthénon).
vaincu par l'étreinte de son ennemi qui le maintient agenouillé sous la pression de son sabot, et s'apprête à lui asséner un coup mortel (fig. 3). Enfin le Centaure triomphe. Bondissant et caracolant dans un élan de joie sauvage, faisant voler au vent la peau d'animal jetée sur son bras gauche, il se dresse pour piétiner avec rage le corps de son ennemi étendu à ses pieds. La lutte est terminée, et le sculpteur en a rendu toutes les péripéties. On retrouve la même suite
LE PAIiTHENON.
d'épisodes dans une autre série de métopes où la place des combattants est pour ainsi dire transposée; le Centaure est \ droite, le J.apitlie à gauche '. La lutte s'engage comme tout à l'heure :1e Lapitlie repousse de la main la tète du Centaure, et appuie un pied sur le
Fig. 3. — Centaure et Lapithe (tutti..,.
LiOn).
poitrail du monstre. Plus loin, il est tombé sur un genou, serré de près par son adversaire. Le voici à demi renversé, près d'une amphore qui gît sur le sol; par un geste d'une vérité presque triviale, le Centaure a saisi sa jambe gauche et va triompher de ses dernières résistances. Enfin, sur une des métopes les plus dignes d'attention,