LES COXTKMPOKAIXS DE PHIDIAS
et dont rériulition cherche à découvrir les copies, tout cela nous fait entrevoir A Athènes, au temps de la guerre du Péloponnèse, une activité surprenante. Une des époques les plus troublées de l'histoire athénienne eu est aussi la plus lirillante. On s'explique facilement qu'au début de la domination romaine, la vogue revienne au grand style attique du cinquième siècle, et qu'une armée de copistes en reproduise les œuvres les plus célèbres. Vers le second siècle avant notre ère, une véritable renaissance se produit, qui s'inspire de ces modèles et en multiplie les copies. Ces répliques peuplent nos musées ; c'est à elles que nous sommes trop souvent contraints de nous adresser, pour nous renseigner sur les maîtres contemporains de Phidias. Aussi est-ce une bonne fortune de pouvoir signaler une œuvre originale, qui nous met sous les yeux, sans altération , les formes de style de l'école attique. En 1892, le musée de Berlin a acquis une grande statue de femme
drapée, provenant de Venise, et sans doute enlevée en Grèce par un des compagnons de Morosini ' ; c'est celle que reproduit notre figure Ci.
Fig. C4. — Statue de femme drapée. (Musée de Berlin.)
I. Kekulé, l'eber eine weibliche Gewinhlatue aus lUr Werkstatt der Partheiiongielelfiynrcn, Berliu, 1894 Cf. Arch. Anzeiger, 189.5, p. 74.
Le sculpteur italien chargé de la restaurer avait placé sous son bras gauche un grand vase, et du même côté, sous le pied un peu relevé, une tortue. M. Kekulé restitue sous le pied gauche un oiseau, sans doute une oie, dans la main droite une colombe, et fait reposer l'autre bras sur une idole de style archaisant; il y reconnaît une Aphrodite. Peu d'œuvres sont plus étroitement apparentées, pour le style, aux
sculptures du Parthénon, en particulier au groupe des Parques. Même fluidité des plis du chitou sur la poitrine et sur les bras; même ampleur dans le jet de la ilraperie du manteau. Tout dénonce la main d'un élève de Phidias. M. Kekulé ne propose qu'avec réserve le nom d'Agoracrite ; mais on peut souscrire en toute certitude à son jugement lorsqu'il reconnaît ici l'œuvre d'un des sculpteurs qui, avec Phidias et sous sa direction, ont travaillé aux groupes du Parthénon.
Si les originaux sont rares, nous ne devons pas renoncer à interroger les copies qui peuvent nous donner une idée plus complète de l'école attique. Une tête de déesse du musée de Berlin, plus grande que nature, dérive directement d'un original attique de la seconde moitié du cinquième siècle (fig. 65) '. L'expression calme et majestueuse du visage semble désigner une Héra. La chevelure est ceinte d'un large bandeau qui s'élargit par derrière en forme de sphendoné ; au-dessus des tempes, les bandeaux relevés le recouvrent en partie, et leurs ondulations con-
Fig. 65. — Tête de déesse. Musée de Berlin. (D'après Furtwaengler, Meisterweiix, pi. V.)
1. Bachreih. der ant. Shilpt. lu Berlin, n» 608, Furtwaengler, ^fàslerwerlr, pi. v et p. 118; l'auteur y recoDnait une œuvre d'Alcamènes.