LES BAS-RELIEFS
plus amples que celles de Coré, et son visage offre un caractère presque viril en raison de sa chevelure courte et bouclée, coiffure de deuil, qui
Fig. 68. — Triptoléme et les déesses Éleusiniennes. Bas-relief trouvé à Eleusis. (Athènes. Musée central.)
rappelle les angoisses de sa maternité douloureuse. L'intensité du sentiment religieux, la maîtrise du style dénotent une œuvre de l'école
(le Phidias, contemporaine du Parthénon. Vous retrouvez ici les qualités qui nous ont frappés dans la frise des Panathénées ; un relief peu ressenti, avec une exquise douceur, une exécution légère et souple dans les draperies, une pureté charmante dans le modelé des bras nus des déesses. Les yeux sont encore figurés de face, comme c'est la règle au Parthénon ; mais à part une certaine sécheresse dans le rendu des chevelures, on chercherait vainement les traces d'archaïsme que certains critiques ont cru découvrir. Tout nous indique une date qu'on est en droit de placer entre 440 et 430.
On peut encore attribuer à la seconde moitié du cinquième siècle l'original du bas-relief d'Orphée dont nous possédons trois copies de valeur inégale, au musée de Naples, au Louvre, et à hi villa Albaui '. La meilleure de ces répliques, celle de Naples, conserve encore fidèlement le reflet d'une grâce bien attique (fig. 69). L'artiste a choisi le moment où Orphée se retourne vers Eurydice dans le mouvement irréfléchi qui va la perdre. Par un geste d'une spontanéité charmante, la jeune femme a posé une main sur l'épaule d'Orphée, et les deux époux un instant réunis se contemplent avec une profonde tendresse. Hermès semble pris de pitié; tenant doucement le poignet d'Eurvdice, il hésite à remplir sa mission cruelle. C'est bien là l'émotion discrète et contenue qui donne faut de charme aux stèles funéraires attiques. Mais ce basrelief, copié avec prédilection par les sculpteurs de l'époque romaine, a-t-il une destination funéraire"? Le sujet, manifestement emprunté au drame attique, semble désigner plutôt un ex-voto dédié par quelque chorège vainqueur et reproduisant une scène de la tragédie couronnée '. Quel qu'en soit le sens, il est impossible de ne pas y reconnaître l'influence directe des modèles du Parthénon.
Nous trouvons des points de repère encore plus sûrs dans les reliefs qui décorent les stèles où sont gravés les décrets officiels. C'est, scmble-
1. Ces répliques sont reproduites dans les Wiener Vorlegeblaelter, III, pi. XII, cf. Léo Blocli, Oric chischtr Wandschmucl; Munich, I8!iô, p. 1-15. La réplique de Naples porte en grec les noms des per- Bonnages. Pour celle de la villa Albani, voir Friederichs-Wolters, Glpsabi/iisse, n- 1198. Celle du Louvre (Bouillon, II, Helir/s, pi. I) porte des inscriptions latines qui désignent inesactement les personnages comme Zétus, Antiopa et Amphion. Un beau fragment se trouve au Musée des Thermes de Dioclétien. Lco Bloch, oue. cité, p. 7.
2. C'est l'hypothèse que développe M. Emil Reiscb, Gricchiache Weihgeschenle, p. 130 et suivante*.
LES BAS-KELIEFS.
t-il, vers le milieu du cinquième siècle que s'introduit l'usage de placer en tête des décrets ces sortes de vignettes gravées sur marbre. Qu'il s'agisse de traités d'alliances, de comptes de finances, de gestions de liturgies, d'honneurs accordés à des particuliers, le sculpteur représente dans le champ du bas-relief des iigures allégoriques, divinités, person-
Fig. 69. — Hermès, Eurydice et OrphLe. Ea;-reliet' du Musée deNaple;.
nifications de villes, qui illustrent en quelque sorte le texte du décret '. Une des plus anciennes, parmi ces sculptures officielles qui ne réclamaient certes pas le ciseau d'un graud maître, est le beau bas-relief trouvé sur l'Acropole qui montre Athéna pensive, appuyée sur sa lance
1. Voir pour cette série de reliefs, Schoene, Griechische ReJie/s, Leipzig, 1S7-2, et Albert Dumont Mélanges archéologiques, p. 59.
devant un cippe (fig. 70) '. C'est une œuvre de stj-le encore sévère, qui peut nous donner une idée de la première manière de Phidias. Bientôt l'exécution s'élargit et s'assouplit, témoin un décretde 424, en l'honneur des ]\Iéthoniens de la Ptérie, en tête duquel figure Méthone, personnifiée par un jeune héros suivi de son chieu , qui donne la main à Athéna -. Sur une stèle de 403 2, est gravé un décret accordant droit de cité à des Samiens ''.
Or, la déesse Héra, qui personnifie Samos, est d' un assez beau style pour qu'on puisse y retrouver le souvenir de la Héra d'Alcamènes.
IMais surtout les réminiscences de la frise du l'arthénon nous indiquent à quelle source puisent les sculpteurs.
Dans un has-relief du Louvre, surmontant un compte de finances des trésoriers d' Athéna, en charge sous l'archontat
! : if du Musée de TAcropole.
( Athènes.) de Glaukippos (410) S
le peuple d'Athènes, le
Démos, séparé de la déesse par l'olivier sacré, a le type, le costume
1. C'est V Athéna qu'on a désignée, je ne sais pourquoi, sous le nom singulier d'Athéna mi'lancoliqnt AïXtiov àpy., 1S88, p. 123, fig. 1. Journal of Jhlle». Studks, 1889, p. 268, fig. D.