‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 89 sur 380 · Brunn, Denhmaeler, to." G · texte numérisé non relu

Brunn, Denhmaeler, to." G

5. Ces bas-reliefs sont conservés au Musée central d'Atliénes ; Cawadias, Catalogue, u» 173-171. Le lilus beau est celui que nous reproduisons ci-joint. Cf. Cawadias, 'Eçrui. «px-, 1886, pi. 2, tig. 6, p. 48 ; et 1894, pi. 1. FouiUea d'Èpidatm, pi. IX, n" 21. Brunn, Z)e«tm«<;/cr, u" 3. Defrasse et Léchai, Epidaure, p. 84-85.

I/ÉPOijUK DK TRANSITION, 187

donc iiitcTcssant d'y retrouver comme une survivance manifeste du style de l'école de Phidias, d'y •surprendre, dans l'aisance de l'attitude, dans le modelé gras et souple du nu et des draperies, d'étroites analogies avec le Zeus assis de la frise orientale du Partliénon. Pourtant

Asclépios. Bas-relief trouvé !i Épidaure. (Musée central d'Athènes.)

la noblesse du type se concilie avec l'expression de douceur qui sera, au quatrième siècle, le trait dominant de la physionomie d'Asclépios; l'attitude familière, le geste bienveillant, s'accordent bien avec le caractère de bonté et de mansuétude du dieu qui s'humanise aux prières des mortels.

Athènes ne nous offre, pour cette période, aucun spécimen de la sculpture monumentale ; mais pour apprécier le style du bas-relief, nous possédons un document exactement daté, la belle stèle de Dé xi-

léos, encore en place au Céramique extérieur (fig. 89) '. Nous savons à quelle occasion elle fut dressée dans la nécropole. En o94, sous l'archontat dEuboulidès, un petit corps de cavalerie athénienne avait pris part à un sanglant combat livré sous les murs de Corintbe. Cinq cavaliers, tués dans l'affaire, furent inbumés dans la partie du Céramique réservée aux sépultures officielles ". Dexiléos était un des cin(| ; il était né sous l'arcliontat de Teisandros, et avait vingt ans. Sculptée vers la fin de l'année 394, ou en 393, c'est-à-dire dans les premières années du quatrième siècle, la stèle relève encore, comme on peut s'y attendre, de la tradition d'art suivie par les conteinporains d'Alcamènes. La forme est celle des stèles attiques au temps de la guerre du Péloponnèse : décor architectural très sobre, frontan saillant, pas de pilastres latéraux. Le style du relief, que rehaussaient des accessoires eu bronze doré, lances^ épées, baudriers, harnachement du cheval, nous ramène aussi à cette période mal limitée qui forme la transition entre Phidias et Praxitèle. Le superbe mouvement du cavalier, qui va frapper de sa lance son ennemi renversé, la belle allure du cheval qui s'enlève, le flottement des draperies, le geste de défense du soldat péloponnésien, tout cela rappelle bien l'art brillant et passionné de la frise d'Athéna Niké. Mais qu'on ne s'y trompe pas ; il y a aussi là une veine d'inspiration qui ne se tarira pas pendant le quatrième siècle, et, à ce titre, la stèle de Dexiléos a bien sa place marquée ici. Ce motif du cavalier enlevant sa monture restera très familier aux contemporains de Praxitèle et de Scopas-'; nous allons le retrouver à Épidaure ; nous le rencontrerons encore dans une des statues du Mausolée, comme un legs, précieusement recueilli, du grand siècle, comme une de ses plus heureuses créations.

1. La stèle a été retrouvée dans les fouilles de 18G3. Cf. Salinas, ^f0lmmetUi sepolcruli /coperti pm/o la chiem délia Santa Tiinila, pi. Il, p. 10. Wesclier, Revue aicA., N.-S. TIII, p. 32, 351, pi. 15. Micliaells, Zeitschri/t fur bild. Kunst, IV, p. 201, fig. 12. Brueckner, Jahrbucli des arcti. Inst., X, 1895, p. 20 1.

2. Pansani.^3 signale le Polyandrion des soldats athéniens tués devant Corintlie, I, 29, 8. Le musée centr.il d'Athènes possède le couronnement de ce tombeau public élevé par l'État. (Cnrlius et Kanpcrt, Allas eon Alheii, I, p. 3. Jane Harrison, Mi/ltiohgi/ and Mon. ofanc. Allien.i, p. 570). Parmi les noms des morts, gravés au-dessous de la corniche décorée de palmettes, on retrouve celui de Dexiléos (oïSe ijrnér,; àjiÉOïvov Èv KopivOcj) çùXap/o; 'AvTiçâvr,;,... AcÇi)Eu;, "EvSr,|io;, x. t. ).K La stèle qui nous occupe était donc placée sur le tombeau de famille du jeune cavalier.

!t. Ainsi dans la céramique, témoin un lecythe blanc du Louvre repa^sentant nn sujet analogue. E. PoUkr, Mi.numeuls ffieci, n" 11-l.S, 18S1-188I, pi. 3.

L'KPOQUE DE TRANSITION'. 1«!)

Dans les productions de l'art industriel, l'intluence du einqui(^mc siècle a laissé une trace plus i)ersistante ([ue partout ailleurs. De li\ une

Fig. 89. — Stèle timéraii-e de Desiléos. (Athènes, nécropole du Céramique.)

certaine difïïculté pour dater avec précision ceux de ces monuments qui gardent encore le reflet du grand style. Voici pourtant une de ces œuvres qui appartiennent Men, croyons-nous, ;\ la p^nnode de transi-

tion. C'est un ex-voto à Hermès et aux Nymphes, trouvé entre Athènes et Phalère '. Le fronton et les acrotères qui le couronnent dénotent bien, par leur forme, une date contemporaine de celle de la stèle de Dexiléos, L'ex-voto offre sur chacune de ses faces une composition eu bas-relief. D'un côté, un sujet dont l'interprétation reste douteuse. A gauche, une figure féminine, vêtue d'une courte tunique, accueille deux

Fig. 90.

Échùlos enlevant Basile. Bas-relief décorant nue des faces d"un ex-voto \ Hermès et aux Nymphes. ( Athcne.*.)

personnages barbus, rappelant les Thallopliores de la frise du Parthénon, et dont l'un porte deux cornes qui le désignent comme un dieu fluvial, Achéloosou le Céphise : plus loin, le groupe gracieux des trois Nj-mphes, qui semblent trois jeunes filles conversant familièrement. L'influence de la frise du Parthénon se retrouve ici presque sans mélange. Elle se complique déjà d'autres éléments dans le bas-relief de la face opposée (fig. 90). Des inscriptions ne laissent pas de doutes sur la nature du sujet. Le personnage monté sur le char est Echélos,

1. CivvaJia.s 'Efr.ii., àpy., ISU:!, pi. il et 70, p. 129 et suivantes!.

L'KPOQUE DE TUAXSITION. 191

lo liéros épouyiiie du dcme des Échélides, et la feninie qu'il enlève est Basile, mère d'Hélios et de Séléné, assimilée par les Attiques à une divinité phrygienne, la Mère des dieux'. Hernies précède le cliar, comme un coureur. A n'en pas douter, les procédés de composition accusent une direction d'art assez différente de celle qui prévaut encore au Parthénon, dans les parties de la frise où figurent les chars d'apoliates. L'artiste ne se contente plus de représenter les chevaux de profil, et ramassés dans un étroit espace; en montrant l'attelage de biais, il peut donner aux quatre bustes plus de développement, et même présenter de face la tcte d'un des chevaux. Déjà, vers la fin tlu cinquième siècle, les graveurs monétaires de Sicile adoptent le même parti pour les quadriges qui figurent sur les monnaies de Syracuse '. C'est là une petite révolution que la sculpture accomplit sans doute au début du quatrième siècle ■'. Mais si mince qu'elle puisse paraître, cette conquête d'un type nouveau, pour le quadrige lancé au galop, ne sera pas perdue, et nous aurons l'occasion de constater avec quel soin la sculpture décorative saura la conserver.

§ ■-'. — LA SCULPTCRE MONUMENTALE.

LES SCULPTUKES DE DÉLOS ET D'ÉPIDAUEE.

Nous devons chercher hors de l'Attique les monuments qui nous font connaître, au début du quatrième siècle, l'état de la sculpture décorative. Mais ce n'est pas à dire que nous perdions de vue Athènes. Si notre enquête nous conduit dans les îles, à Délos, dans le Péloponnèse, à Epidaure, nous restons dans le rayon de l'influence attique, et pour Délos en particulier, que des liens si étroits rattachent à l'Attique, il n'est pas besoin de le démontrer longuement. Les fouilles de M. Homolle à Délos ont mis à découvert, près du temple d'Apollon,

1. Voir les testes cités par M. Cavvadias. art. cite, ji. 139. et surtout la légende racoutée par Diodore de Sicile, III, ry».

2. Même procédé de composition sur le bas-relief d'Orcpos que nous avons déjà cité. Furtwaenjjler Collection Habounff, pi. XSVI.

3. En étudiant des bas-reliefs de Lisbonne, qui sont une imitation néo-attique d'un type analogue à celui de notre bas-relief, M. Homolle a remarqué justement que le prototype devait appartenir au quatrième siècle. Bull, de corresp. hdUii., XVI, 1892, p. 341.

nii temple plus petit, consacré sans doute à Latone. Devant les façades est et ouest, gisaient des fragments de groupes décoratifs, aujourd'liui reconstitués en partie au musée central d'Athènes '. La place où ces sculptures ont été trouvées j^ermet de les attribuer au temple d'Apollon, et M. Furtwaengler a démontré qu'elles formaient des groupes d'acrotères, couronnant le sommet triangulaire des frontons ■. Pour le groupe de l'est, le musée d'Athènes possède les deux figures principales. Borée enlevant Orithyie (fîg. 91). Le dieu déployait deux larges ailes, dont on distingue encore les trous de scellement; il étreint du bras gauche Orithyie qu'il emporte, déjà soulevée de terre, et dépassant de toute la hauteur de son buste la tête du ravisseur. Aux pieds de Borée, un jietit cheval en course symbolise sans doute la rapidité du veut, et les deux figures latérales, dont il reste des fragments, sont celles des compagnes d'Orithyie, fuyant tout effarées. Le gi'oupe se reconstitue donc avec ses lignes pyramidantes, soutenues par l'ampleur des ailes éployées, par le fiottement des draperies creusées de plis profonds. A la façade orientale prenait place une composition symétrique. L'Aurore enlève dans ses bras le jeune Céphale; à ses pieds est le chien Lailaps, le compagnon de l'enfant, et de chaque côté deux nymphes des forêts s'éloignent à grands pas ■'. Malgré l'état de mutilation des fragments et l'usure du marbre, on reconnaît encore dans le groupe de Borée le style large et moelleux que l'école de Phidias a fait prévaloir. D'antre part, le sujet de l'enlèvement d'Orithyie est emprunté à une légende attique, et ces faits permettent d'affirmer (jue le temple a été construit sous la domination athénienne. Mais à quelle date? On sait que les événements de 404 amènent de grands cliangemeuts dans les rapports de Délos avec Athènes. Au lemlemain à'JEgos-Potamos, Délos recouvre sa liberté^ et entre dans l'alliance de

1. Cavvadias, Culalogiie, n" 130-135. Les principaux morceaux ont été publiés par M. HomoUo. Bull, i/c coriesp. hellin., 1879, p. Û15-!)2G, pi. X, XI, XII. Cf. Momiments grecs, 1878, p. 55.

2. Furtwaengler, Arch. Zeitung, 1882, p. 335 et suiv. îl. Homolle, qui les avait d'abord interpi-étécs comme des frontons, s'est rallié depuis & cette opinion. Cf. Lcn tiacaux de l'JCcole/rant;a>se dans nie de Dclos, 1880, p. 35.

3. il. Fiirtwaeugler a donné de ces deux groupes une restilutiou fondée sur une étude minutieuse des fragments. Arch. Zeitung, 1882, p. 338-3311.

Sparte; clic ne redevient vassale d'Ath^ncs qu'en 394, aprcs la liataille (le Cnide '. Le temple est-il antérieur ou postérieur à cette interruption momentanée de l'hégémonie d'Athènes? En d'autres termes, les sculptures qui nous occupent appartiennentelles à la fin du cinquième siècle , ou au début du quatrième ?La premièi e hypothèse a trouvé faveur, et plusieui«. savants placent volontiers la construction du temple vers 425, au moment où les Atliéniens purifient

Délos, et donnent aux fctes d'Apollon un nouvel éclat". Pourtant, à voir la composition des groupes nous sommes conduit à préférer la date postérieure à o94 ■'. Cet agencement nouveau des figures fait déjà songer au quatrième siècle. Nous verrons les contemporains de Praxitèle traiter de la même manière les scènes d'enlèvement , et les modeleurs de terres cuites suivre la même voie. Rapprochez des acrotères de Délos certains groupes de Tanagra, comme pig. ;ii. — Borée enlevant oh thyie, celui qui montre Hadès enlevant Proser- grouped-acrotùre d'un temple de

^ Délos. (Mosee central d Athènes.)

1. Cette période de l'histoire de Dél03 est connue, grâcs à d'importantes inscriptions, trouvées et commentées par M. HomoUe, BuU. de corresp. lielUn., VI, p. 15-2 et suivantes .

2. Fnrtwaengler, mém. cité et Meialenaerl'e âer griecli. PlastH; p. 2.50. Lucy Mitchell, Hiil. qf aiic. sculpture, p. 405. Murraj-, Greeh sculpture, t. II, p. 217.

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