‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 97 sur 380 · Dut Ueroon, pi. XXJII · texte numérisé non relu

Dut Ueroon, pi. XXJII

L'ÉrOQUE DE TRANSITION. 209

les deux frises de droite nous offrent des sujets tout nouveaux, h'expédltion Jes Sept contre Thèhes est conçue comme une composition sym<jtrique, dont le duel d'Etc'ocle et Polynice forme le centre '. De chaque côté, les chars d'Adrastos et d'Amphiaraos, ce dernier s'enfonçaut dans le sol. Dans la partie droite, la ville de Thèbes, figurée par une tour au pied de laquelle un soldat sonne de la trompette, tandis que Capaneus tombe du haut de l'échelle qu'il a dressée contre les murs. On n'admettra pas que le sculpteur de Trysa ait créé de toutes pièces cette scène si étrangère à la légende lycienne ; sans doute un peintre, s'inspirant d'un poème du cycle thébain, lui en avait fourni le modèle. Un des collaborateurs de Polygnote, Onasias, avait représenté à Platées l'expédition contre Thèbes ', et si la courte description que nous possédons de cette peinture ne concorde pas absolument avec la frise de Trysa, il est permis de croire que le sujet avait tenté plus d'un artiste. Avec la scène du registre inférieur, le combat des Grecs et des Troyens près des vaisseaux ', nous rentrons dans le cycle homérique. Les vaisseaux grecs, aux proues recourbées, viennent d'accoster au rivage troyen. La mêlée s'engage sous les yeux de Priam, qui, du haut de son trône, assiste à la lutte, et voici que deux hommes emportent, couché sur un bouclier, le premier Grec tombé en terre troyenne, Protésilas. On peut désigner presque à coup sûr le poème qui a suggéré la composition originale ; elle est empruntée aux RuT^pta, œuvre de Stasinos de Chypre ou d'Hégésinos de Salamine, qui racontaient toute la partie de la guerre troyenne antérieure à l'action de Y Iliade. Nous voyons ici comme le premier épisode d'une suite de scènes qui vont se dérouler avec plus d'ampleur dans la frise du mur ouest.

Nous ne nous attarderons pas aux scènes de chasse du mur nord, ni à la nouvelle Centauromachie qui en occupent la partie droite. Toute notre attention est attirée par la frise de gauche, Vcnlèvement des Leucippides ■'. Ce sujet, Polygnote l'avait traité dans une fresque du sanc-

t. Das neroo,,. pi. XXIV A 1, A C.

•2. Pausania3, IX, 4, 1 ; 5, 11.

.•i. Das Heroon, pi. XXIV. B 1, B 5. 4, Dm Heroon, pi. XVI.

tuaire des Anakes, à Atliènes ' ; le peintre de Thasos, au dire de Pausanias, avait représenté le mariage des filles de Leucippe avec les fils d'Ai)hareus, c'est-à-dire la cérémonie brusquement interrompue par le rapt des Dioscures qui enlèvent les deux jeunes épousées. Or, telle est bien la donnée de la frise de Trysa. Au centre est un temple, vu en perspective. A droite on prépare un sacrifice pour célébrer la fête nuptiale ; de grands bassins de bronze sont dressés sur des tables ; des sacrificateurs dépouillent les victimes égorgées. Mais l'alarme est donnée. Des serviteurs accourent vers le temple, tandis qu'au premier plan Leucippe et sa femme Philodiké se lamentent tout éperdus. Près d'eus les compagnes des Leucippides forment un groupe plus calme ; assises ou debout, elles composent un charmant choeur de pleureuses qui fait déjà songer aux gracieuses conceptions de l'art du quatrième siècle. De l'autre côté du temple, les Dioscures fuient sur leurs chars, tenant dans leurs bras les filles de Leucippe. Des hommes en armes les poursuivent, mais plus rapides sont les deux cavaliers lancés sur les traces des ravisseurs. Dans ces deux figures, qu'on croirait empruntées à la frise du Parthéuon, il est facile de reconnaître les époux outragés, les deux fils d'Aphareus, Lyncée et Idas. Que le sculpteur ait suivi de très près la composition de Polygnote, on n'en saurait douter. Les plans superposés, suivant une perspective conventionnelle, les figures qui apparaissent à demi derrière le temple, sont bien conformes aux habitudes de la peinture murale du cinquième siècle ; et d'autre part l'entente du sentiment dramatique, les contrastes habilement ménagés par une sorte de transition, tout cela est d'accord avec l'idée que nous pouvons nous faire du peintre de la Nelcjjia.

La partie capitale est la frise intérieure du mur occidental. Il y a là une grande page décorative qui fait sans doute revivre pour nous le souvenir d'une fresque du cinquième siècle. Comme dans Yenlèvement des Leucippides, la composition remplit les deux registres; le sculpteur a voulu se donner du champ, et là où des nécessités matérielles l'ont obligé à superposer deux rangs de figures, il est permis de croire que la ])oiiiture originale montrait ces figures sur deux plans,

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