‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 182 sur 330 · EnaOtii; 'Aîié^avôfO; | îvÉ6ï]H · texte numérisé non relu

EnaOtii; 'Aîié^avôfO; | îvÉ6ï]H

Hosted by

de dater presque à coup sûr le temple de Priène. Consacré par le roi de Macédoine vers 334, à l'époqiîe de son passage en lonie, i! a dû être commencé vers le temps où s'achevait le Mausolée, un peu aprfes 350; il appartient donc à la période la plus florissante de l'architecture ionique en Asie Mineure '. On a pu en juger, quand les fouilles de M. Popplewell Pullan, rapidement conduites en 1868-1869, ont déblayé l'édifice, et mis à découvert les beaux fragments d'architecture transportés au British Museum^ La sculpture décorative n'est représentée que par une suite de reliefs mutilés, provenant d'une Gigantomachie, et sculptés sur des dalles mesurant environ 0,80 cent, de hauteur^. C'est cette composition que M. Albert Thomas restitue comme une frise intérieure, siir le mur du naos. Si nous possédions réellement, dans ces bas-reliefs, des fragments de la frise intérieure, ils auraient un intérêt capital; car il serait fort curieux de trouver déjà traités, au quatrième siècle, les thèmes que développeront, près de deux siècles plus tard, les sculpteurs de la grande frise de Pergarae ; géants ailés et anguipèdes, divinités combattant, telles qu'Hélios sur son char ou Cybèle assise sur un lion. Mais il faut renoncer à considérer les has-rehefs de Priène comme contemporains du gros œuvre. M. Wolters l'a fort bien montré ; ils ne faisaient pas corps avec l'édifice ^ Ils décoraient simplement une balustrade ajoutée après coup dans l'intérieur du temple, sans doute lorsqu'eut heu la dédicace de la statue de culte. Or, la statue d'Athéna, dont M. Puîlan a retrouvé les débris, n'a été consacrée qu'après 158 avant J.-C. par un roi de Cappadoce, Orophernès II. La prétendue frise de Priène est donc postérieure aux sculptures du grand autel de Pergame, et sa valeur historique se trouve ainsi bien diminuée.

Un autre grand temple ionien, celui d'Apollon à Didjmes, est un peu postérieur à l'Artémision d'Ephèse. Mais on ne peut guère descendre au delà de l'année 320, puisque, des deux architectes qui le construisent, l'un, Pœonios a travaillé au temj)le d'Ephèse ; l'autre est Daphnis de Milet^. Si luxueux qu'ait été le Didjméion, nous

Eayet et Thomas, Miltt et le golfe Laimi^w, II, p. 5-7. ■

Antiquitieso/roma, Vf, pi. XVHI, XXI. Bayet et Thomas. Milst, pi. U, 15, 16, Raj-et et ThoniaB, Miiet,-p\. 16. Bruno, iJenSmnefei-, n" 7B.

Wolters, Ja!irhich des arch. Inst., I, 18S6, p. 56. Cf. Overbeck, Uikch. Flasta, II, p. 403 , Rajet et Thomas, J/i&i, ri, p. 31.

II' avons pas à y chercher de grands ensembles de sculpture monumentale. Les fouilles exécutées à Dïdymes, en 1873, par 0. Rayet et Albert Thomas, aux frais des barons G. et E. de Rothschild, intéressent surtout l'histoire de l'architecture; et les magnifiques morceaux conservés au Louvre dans la Salle de Milet, chapiteaux d'antes ou de pilastres, bases de colonnes richement sculptées, témoignent avant tout de la fertilité d'invention et du goût décoratif déployé par les architectes ioniens. Mais il ne nous est pas iiiterdit de jeter un coup d'œil sur certains détails de la sculpture ornementale. Plusieurs révèlent une hardiesse tout à fait

- Chapiteau de piliistce du niu», temple d'ApoUoa Didjméen. (Ra jet et Thomas , MUet, pi , 39.)

imprévue. Un chapiteau d'ante provenant de l'édicule placé au fond du temple, « porte sur chacune de ses faces «ne femme dont la tête supporte l'abaque, dont les jambes et les vêtements se transforment, par une gradation insensible, en vigoureuses feuilles d'acanthe, tandis que les bras se continuent par des rinceaux, et projettent vers l'angle extrême du chapiteau une puissante palmette s '. Des chapiteaux de pilastres de la cella montrent des fleurons séparant deux griffons, l'un mâle, l'autre femelle, traités avec une maîtrise qui dépasse le talent d'un simple ornemaniste (fig. 208). « Les griffons de Didymes, écrit encore 0. Rayet, sont pleins de vérité et de mouvement ; leurs muscles se gonflent sous leur peau mobile ; leurs fortes pattes s'appuient sur le sol pour bondir; leurs reins souples se cambrent et il semble que dans leur tête fièrement levée , dans leurs yeux saillants , nous puissions

. 0. Eajet, Études d'arcltéolo^ B GRECQUE. -

X lSO.MiUt,p\.ib-lS.

lire la passion qui les anime »'. A défaut de frises sculptées, les bases et les chapiteaux du Didyméiou nous révèlent encore avec quelle fantaisie sûre d'elle-même, avec quelle entente de l'effet décoratif, les ornemanistes de l'atelier de Pœonios savent concourir à l'œuvre de l'architecte.

Plus au nord, dans l'île de Samothrace, nous rencontrons des vestiges moins importants , mais qui méritent cependant d'être signalés. On sait comment, assisté de MM. Aloïs Hauser et Niemann, M. Conze a poursuivi les recherches commencées par MM. Deville et Coquart, et dégagé, en 1873, les ruines d'un temple dorique, sur l'emplacement appelé Palaeopolù (la vieille -ville) '. Le fronton antérieur, était orné de figures en ronde bosse, malheureusement trop peu nombreuses pour qu'on puisse en restituer l'ordonnance. Il est cependant probable que le sujet était emprunté au cycle de Dionysos, qui jouait un rôle important parmi les divinités de Samothrace. Les deux figures de l'angle droit, une femme demi-couchée, le torse nu, tenant une corne à boire, un personnage viril dans la même attitude, sont des œuvres d'une facture moyenne, d'un style facile, où l'on sent encore le souvenir des bonnes traditions. On en peut dire autant d'une femme assise, tenant une grappe de raisin . Le meilleur morceau est une femme courant, dont l'attitude et la draperie rappellent la célèbre Victoire que nous étudierons dans un autre chapitre. En résumé, des œuvres d'assez bon style, mais d'exécution rapide, avec des négligences qui accusent un travail hâtif. La date du temple n'est pas fixée avec une certitude absolue. MM. Conze et Hauser la placent au temps des successeurs d'Alexandre. Eayet fait au contraire remonter la construction de l'édifice jusqu'à la seconde moitié du quatrième siècle, à une époque « oïl le dorique cédait partout la place à l'ionique », et il explique ainsi le contraste que présentent d'une part la maigreur des formes doriques, de l'autre la richesse épanouie des rinceaux courant sur la cymaise '. Si ces conclusions sont justes, les sculptures du temple peuvent être

1. 0. Rajet, Éludes d'ardiBologie el d'art, p, 159 ; MiliU, pi. 51.

2. Conïe, Hauser et Nieniaiin, Àrchaedlogischc Untersuchungen a«f Samoth-ahe,

3. û™. cite'.pl. SSXV-XSXVIII. i. Études d'arch. et d'art, p. 180-181.

Hosted by

•ées comme des œuvres d'école, de valeur secondaire, encore élégantes , mais fort inférieures à la sculpture monumentale du cinquième siècle.

Il est permis de croire que la sculpture décorative reste longtemps pénétrée des influences de l'art attiqne- A ce point de vue , il est intéressant d'examiner la métope sculptée découverte par Schliemann Pi

Ilion, dans la couche supérieure de débris provenant de la ville nouvelle édifiée, après la mort d'Alexandre, sur l'emplacement de l'Ilion homérique. La métope appartient au temple dorique élevé, semb!e-til, sous le règne de Lysimaque, de 323 à 282 (fig. 209) '. Plus récente que les sculptures d'Éphèse, elle nous offre un précieux spécimen de la sculpture monumentale au début de la période bellémstiqne. Or nous connaissons fort bien les modèles dont s'est inspiré le sculpteur ; cet attelage de quatre chevaux fougueux que guide Hélios, vêtu de h longue robe des auriges, la tête entourée de rayons, nous l'avons déjà

1. Schliemann, /;i(js, p. 790. 0. Rayet, Ôaiies, p. ilO-iV . Bnino, Denhnaeler, n" ISS a.

Hosted by

rencontré dans des monuments attiques. Nous avons vu, dès la fin du cinquième siècle, s'introduire ces conventions qui placent en perspective fuyante les quatre poitrails de chevaux, et varient le mouvement des têtes présentées de face ou de profil. Il nous suffira de rappeler le bas-relief attique d'Écliélos et de Basile '. L'auteur de la métope d'Ilion a appliqué les mêmes principes, et son œuvre garde ainsi tonte la saveur du bon style. Mais ii ne faudrait pas voir ici un retour à des éléments anciens ; la tradition n'a pas été interrompue. Nous aurons phis loin roccasion de constater, sous les premiers successeurs d'Alexandre, la persistance du style classique, encore défendu par les anciennes écoles contre les entraînements du réalisme hellénistique.

Parmi les découvertes récentes, iî en est peu qui aient provoqué plus de curiosité que les sarcophages trouvés à Sidon, et transportés au musée impérial de Constantinople. On sait comment, en 1887, le directeur du Musée de Constantinople, Hamdy Bey, M amené à explorer méthodiquement une nécropole située à l'est de Saïda, et dont le hasard venait de révéler l'existence '. La nécropole comprenait sept chambres funéraires, groupées autour d'an vestibule central ; vingtdeux sarcophages s'y trouvaient encore en place. Dans cette série, il convient de distinguer deux classes de monuments très différents. La première est composée de sarcophages de type égyptien, les uns en amphibolite noire, ou en basalte, et manifestement exécutés en Egypte, les autres en marbre blanc, et de travail grec. Ces monuments ren-

Page 1