Droyaen, ottoi-. cité, I, p. 690 el
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LA riN DES ANCIENNES ECOLES. 446
disparait de plus en plus, et une sorte d'unité s'établit daos l'art comme dans l'esprit grec. Et d'ailleurs il n'y a plus de grands maîtres imposant leur style, fondant une tradition ; il y a des mouvements d'idées, qui se généralisent très vite ; il y a des courants qui entraînent l'art dans une même direction; les mœurs, les goûts, sont plus puissants, à ce point de vue, que la personnalité des artistes.
Les conditions de la production sont changées. Les sculpteurs ont surtout pour clients des princes grecs, soucieus d'embellir leurs capitales naissantes ; des villes rivalisant de flatterie envers les nouveaux maîtres du monde; des particuliers épris de dilettantisme, jaloux d'introduire dans leurs demeures un luxe inconnu jusque-là. Il fiiut produire beaucoup et vite ; il faut souvent faire grand, et donner satisfaction au goût pour les œuvres pompeuses et colossales qui se développe au contact de l'Orient. La qualité du style n'est plus la première préoccupation, comme au temps où régnait dans l'esprit grec un impérieux besoin de perfection et d'harmonie. Sous l'influence d'une sorte d'exotisme asiatique, l'équilibre si heureux où s'était longtemps maintenu le génie hellénique tend à se rompre ; il y a comme une invasion d'un goût nouveau, qui apprécie surtout l'éclat, la facilité brillante, la pompe théâtrale. Répondre à des exigences multiples, trouver des formules d'art s'adaptant aux besoins d'une société renouvelée, rester créateur, quand tout semble avoir été dit, telle est la lourde tâche qui échoit à l'art hellénistique, et sous laquelle fléchirait un art moins vivacé, moins original que celui de la Grèce.
Cette tâche, les artistes contemporains des successeurs d'Alexandre l'acceptent vaillamment. Loin de se résigner à l'imitation stérile du passé, ils entendent bien être de leur temps. Vont-ils cependant répudier le riche héritage que leur ont légué les anciens maîtres ? Assurément non. Ils seront érudits, parce qu'ils ont derrière eux des siècles de production; mais ils seront des érudits fort ingénieux ; ils sauront varier ces thèmes si souvent traités, les combiner entre eux pour en tirer des effets imprévus, y faire pénétrer des acceptions nouvelles. Surtout ils seront originaux, en s'engageant avec ardeur dans des voies jusque-là peu frayées. Ils pousseront le goût du naturalisme jusqu'au réalisme le plus audacieux ; ils poursuivront avec acharnement la conquête de la vérité
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446 L'ART HELLENISTIQUE.
individuelle. Ils regarderont curieusement autour d'eux, dans ce monde gréco- oriental si varié, où se mêlent et s'agitent tant de races diverses; ils y observeront avec fidélité qes types étrangers pour lesquels l'art classique n'avait professé qu'un dédain hautain. A l'exemple des poètes alexandrins, ils s'intéresseront à la vie des petites gens, s'inspireront du pittoresque familier de la vie rustique. En un mot, ils traduiront toutes les manifestations de la vie, depuis l'expression la plus dramatique des passions jusqu'à l'anecdote spirituelle, jusqu'à la réalité la plus humble. On le voit, jamais l'art n'a eu d'aspirations plus vastes, jamais son domaine n'a été pkis large. Sans doute, la voie est ouverte aux excès et aux exagérations. Dans leurs visées ambitieuses, les sculpteurs hellénistiques perdront souvent ce sens de la mesure, qui avait été la qualité maîtresse de l'art classique. Mais devons-nous prononcer le mot de décadence ? Il est plus équitable et plus juste d'aborder sans parti pris l'étude d'une évolution qui inaugure une période nouvelle. Tout au moins, nous ne pouvons refuser notre sympathie à un art curieux, chercheur, et dont la vitahtése manifeste si vigoureusement.
Si l'on distingue nettement les caractères de l'évolution hellénistique, il est plus difficile d'en fixer les limites historiques. On peut, à la rigueur, admettre qu'elle prend fin avec la conquête romaine. Pline semble attacher une importance toute particulière à la date de l'olympiade 156 (155 avant J.-C.) qui, suivant lui, inaugure une sorte de renaissance, après une période d'affaissement '. C'est en effet le moment oîi l'art grec va conquérir Rome et l'Italie ; historiquement, c'est le début de l'art gréco-romain. Mais quand apparaît le style hellénistique? L'évolution dont nous avons indiqué les causes ne se produit pas brusquement au lendemain de la mort d'Alexandre. Entre l'année 323 et la construction du grand autel de Pergame, où l'art nouveau donne toute sa mesure, il s'est écoulé plus d'un siècle. Pendant le troisième siècle, il y a bien des survivances de la tradition antérieure, et d'ailleurs le mouvement qui entraîne l'art n'agit pas partout avec la même intensité. Si l'on y regarde de près, on voit que certaines régions res-