LES SCULPTUKES DE DÉLOS ET D'ÉPIDAURE
Nous devons chercher hors de l'Attîque les monuments qui nous font connaître, au début du quatrième siècle, l'état de la sculpture décorative. Mais ce n'est pas à dire que nous perdions de vue Athènes. Si notre enquête nous conduit dans les îles, à Délos, dans le Péloponnèse, à Epidaure, nous restons dans le rayon de l'influence attique, et pour Délos en particuHer, que des liens si étroits rattachent k l'Attique, il n'est pas besoin de le démontrer longuement. Les fouilles de M. HomoUe à Délos ont mis à découvert, près du temple d'Apollon,
1 . Voir las textes cités par M. Cavradi^, art. cité, p. 139, et eurtout la légende racontée par Diodore de Sicile, III, 68.
2. Même procédé de composition snu le bas-relief d'Oropos que nous avons déjà cité. Euvtwaenglev C'jlUciioii Saboaroff, pL XXVI.
3. En étudiant des bas-reliefs de Lisbonne, q,ui sont une imitation neo-iittlque d'un type analogue à celui de notre bas-relief, M. Homolle a remarqué justement que le prototype derait appartenir an quatrième siècle. Bull, de corresp. MUn., SVI, 1392, p. 341,
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un temple pius petit, consacré sans doute à Latone. Devant les façades est et ouest, gisaient des fragments de groupes décoratifs, aujourd'hui reconstitués en partie au musée central d'Athènes'. La place oti ces sculptures ont été trouvées permet de les attribuer au temple d'Apollon, et M. Furtwaengler a démontré qu'elles formaient des groupes d'acrotères, couronnant le sommet triangulaire des frontons ^. Pour le groupe de l'est, le musée d'Athènes possède les deux figures principales, Borée enlevant Orithyie (fig. 91). Le dieu déployait deux larges ailes, dont on distingue encore les trous de seelîement ; il étreint du bras gauche Orithyie qu'il emporte, déjà soulevée de terre, et dépassant de toute la hauteur de son buste la tête du ravisseur. Aux pieds de Borée, un petit cheval en course symbolise sans doute la rapidité du vent, et les deux figures latérales, dont il reste des fragments, sont celles des compagnes d'Ovithyie, fuyant tout effarées. Le groupe se reconstitue donc avec ses lignes pyramidantes, soutenues par l'ampleur des ailes éployées, par le flottement des draperies creusées de plis profonds. A la façade orientale prenait place une composition symétrique. L'Aurore enlève dans ses bras le jeune Céphale; à ses pieds est le chien Lailaps, le compagnon de l'enfant, et de chaque côté deux nymphes des forêts s'éloignent à grands pas ^. Malgré l'état de mutilation des fragments et l'usure du marbre, on reconnaît encore dans le groupe de Borée le style large et moelleux que l'école de Phidias a fait prévaloir. D'aatre part, le sujet de l'enlèvement d'Orithyie est emprunté à une légende attique, et ces faits permettent d'affirmer que le temple a été construit sous la domination athénienne. Mais à quelle date? On sait que les événements de 404 amènent de grands changements dans les rapports de Délos avec Athènes. Au lendemain d'^gos-Potamos, Délos recouvre sa liberté, et entre dans l'alliance de
1, CaTTadias, Catalogue, n' 130-135. Le3 principaux movceaus Ont été publiés par M, Homollc. Bail, de corre^. hcBén., 1879, p. 616-526, pi. X, SI, XIL Cf. Afonuments grecs, 1873, p. 55.
3 . Fnïtwaengler, Ardi. Zeitang, 1882, p. 835 et aaÎT. M. HomoHe, qui les avait d'abovd interprétées comme des frontons, s'est rallié depuis à cette opinion. Cf. Le/ Iravaax de l'École française dans l'île de Dèloe, 1889, p. 35.
8. M. Fortwaengler a donné de ces deus; groupes une ïestitntjon fondée sur une étude minutieuse des fragments. ^rcA. Zeitang, 1S82, p. SSS-â39.
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l:bpo;que pe^transition. 193
Sparte ; elle ne redevient vassale d'Athènes qu'en 394, après la bataille de Cnide'. Le temple est-i! antérieur ou postérieur k cette interruption momentanée de l'hégémonie d'Athènes? En d'autres termes, les sculptures qui nous occupent appartiennent elles à la fin du cm quième siècle , ou au début du quatrième ?Lapremière hj^othèse a trou^ e faveur, et plusieurs '.a vants placent volon tiers la construction du temple vers 425 au moment où le?
Athéniens purifient
Délos, et donnent aux fêtes d' Apollon un nouvel éclat". Pourtant, à voir la composition des groupes nous sommes conduit à préférer la date postérieure à 394 ". Cet cernent nouveau des figures fait déjà songer au quatrième siècle. Nous verrons les contemporains de Praxitèle traiter de même manière les scènes d'enlèvement et les modeleurs de terres cuites suivre même voie. Rapprochez des acrotères de Délos certains groupes de Tanagra, comme Ftg. m. celui qui montre Hadès enlevant Proser- IT^lf/'
1. Cette période de l'histoire de Dèloa est comme, grâce à d'importantes iiisi COmmeatées par M, Homolle, Bull, de corresji. heîlén,, VI, p. 153 et suivantes ,
2. Purtwaengler, nu™, cité at Meisleiioei'ie der griich, PlaslU. p. 3àO. Liioy ti sculpture, p. 405. Morray, Greeh lealpture, t. H, p. 217.