Bull, de corresp. hellén., 1887, p
Ténéa )) (fig. 96). Cette statue a été en effet trouvée en 1846 au pied
de l'Acrocorintlie, dans le village d'Athiki, sur l'emplacement de l'ancienne ville de Ténéa; en 1854, elle a passé de la collection du baron Prokesch d'Osten à la Glyptotlièque de Munich ^ Exécutée vers 550 environ, elle nous montre, dans son complet développement, le tj^DC viril de la première époque, traité dans le même esprit qu'à Théra.
Comparez-la aux figures béotiennes , les dissemblances apparaissent, nettes et tranchées. Au lieu d'affecter, comme en Béotie, une forme plate et carrée, le visage est taillé à angle aigu : nez saillant et front fuyant. Au Heu d'être aplatis, les yeux sont convexes.
Un sourire très accentué relève les pommettes , et donne à la face un air gauchement ironique. Les différences sont encore plus marquées si l'on considère la
Fia. 96. — Statue virile,' trouvée à Ténéa (Glyptothèque de Munich). Hauteur, 1^,53.
leure reproduction a été donnée par Brunn, Denhnaeîer der gr. rôm. Scul]pt., n<> 1.
1. Brunn, Beschreihung der Glyptotlieh, 5" éd., p. 49, n^ 41. La statue, souvent reproduite, a été publiée pour la première fois dans les Monumenti inediti, t. IV, pi. 41, Cf. Annali delV Inst., 1847, p. 305, article de Prokesch. La meiL
Structure du corps. Le sculpteur a apporté une sorte de reclierclie à exagérer le caractère élancé des proportions ; les épaules tombantes, la taille mince, le ventre déprimé, les jambes longues et effilées donnent de la sveltesse à la statue. Il n'est pas jusqu'aux détails d'exécution qui ne révèlent une direction opposée à celle de l'art béotien. Tandis que dans les statues du Ptoion, la chevelure est indiquée soit par un quadrillé, soit par des rainures verticales , ici la masse des cheveux est coupée par des stries horizontales, exécutées, comme le remarque Brunn, non pas au ciseau, mais à la râpe. Le travail est très précis, très serré dans le rendu de l'ossature et des muscles des genoux : les pieds, longs et maigres, sont traités avec un soin remarquable. A coup sûr, si docile qu'il soit encore à la tradition, l'artiste a la ferme volonté de ne pas se contenter d'à peu près ; il a son idéal : un corps agile, nerveux, peu chargé de muscles ; il se fait déjà une haute idée de la beauté plastique.
Tout autres, on l'a vu, sont les caractères des statues trouvées en Béotie. Ici, l'inspiration est moins élevée, la conception de la forme plus lourde et plus vulgaire. Les sculpteurs béotiens visent moins haut, et ne s'élèvent guère au-dessus de l'observation un peu terre à terre du modèle vivant. Ils ont, dit fort bien M. Holleaux, (( peu de savoir-faire, mais beaucoup de franchise : si leurs oeuvres demeurent très éloignées de la perfection plastique, elles restent assez voisines de la nature ))^Et de fait, la curieuse statuette de bronze qui provoque ce jugement est un exemple frappant de ce naturalisme relevé par une pointe de bonhomie
PiG. 97. — Statuette de bronze, troavèe près du temple d'Apollon Ptoos QBull. de corresp. hellén.j 1887, pi. X).