‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 132 sur 293 · Revue arch., t. XVIII, 1891, pi. VI · texte numérisé non relu

Revue arch., t. XVIII, 1891, pi. VI

imagiers primitifs. Pour caractériser cette période de débuts de Tart attique, nous choisirons des œuvres plus importantes ; nous irons droit à ces grandes compositious décoratives, qui vont nous montrer les sculpteurs athéniens déjà familiarisés avec le travail du tuf, sans cesser toutefois de subir les conséquences d'un outillage encore sommaire et de matériaux défectueux.

Deux des principaux groupes, exécutés en très haut relief, décoraient certainement des frontons. Dans le premier, on reconnaît facilement un sujet que nous a déjà montré la frise d'Assos : le combat d'Héraclès contre Triton (fig. 98) ^ Le groupe occupait Faile gauche d'un fronton, mesurant 1"^ de hauteur sur 8^^,50 de largeur; aussi le sculp-

Fig. 98. — Héraclès luttant contre Triton. Fragment d'un fronton en pierre calcaire ( Athènes^ Musée de l'Acropole).

teur a-t-il pris soin d'adapter le groupe à l'espace décroissant qui lui était réservé. Le héros grec touche le sol de son genou droit ; de ses bras vigoureux, il étreint le buste du dieu marin, dont le corps se termine en une queue recouverte d'écaillés. Ce qui reste de la figure d'Héraclès dénote une exécution très large, parfois heurtée, des proportions robustes et massives.

D'autres morceaux semblent appartenir à un second fronton de mêmes dimensions. Ces découvertes datant d'hier, il est bien téméraire de proposer pour la mise en place de ces fragmeuts une solution décisive. Aussi ne signalerons-nous que sous toutes réserves la restitution faite avec une science ingénieuse par M. Alfred Brueck-

1. VoirLechat, Bull de corresp. heîlén., XIT, p. 430, XIII, p. 133. XIV, p. 554, et Revue arcJi. t. XVIII, 1891, p. 28. Cf. AeXtcov, 1888, p. 203, Mlttheil. Athen, XY, p. 84, pi. IL La partie reproduite ci- joint mesure 2°^, 44.

208 LES PKIMITIFS.

ner ^ . Pour le sujet, l'artiste se serait inspiré de la lutte des dieux contre les êtres monstreux qui personnifient les forces aveugles de la nature. Dans Taile gauche du fronton, était représentée la lutte d'Héraclès contre Echidna, la compagne de Typhon, le génie de T ouragan. Le monstre, figuré sous la forme d'un énorme serpent, avait pour adversaire Héraclès; c'est là que M. Brueckner place une étrange tête d'Héraclès coiffé de la peau de lion, et dont le style brutal rappelle assez bien les représentations du héros dans l'art cypro-phénicien ^ Dans la partie droite, Zeus, armé du foudre, portant sur le bras gauche son aigle aux ailes éployées, combat contre Typhon, (( dieu terrible, dit Hésiode, aux bras indomptables, aux pieds infatigables )).

A défaut d'iudices précis, permettant de contrôler la justesse des hypothèses de M. Brueckner, nous possédons au moins une notable partie du fronton, le groupe de Typhon ^ Le corps du monstre est formé par la réunion de trois bustes d'homme vus de trois-quarts, les deux premiers à demi engagés l'un dans l'autre, le troisième, im peu en retrait, exécuté presque en ronde-bosse. Chaque buste se termine par une queue de serpent; la réunion des trois queues, qui se tordent et s'enlacent, forme une masse confuse d'anneaux étroitement serrés, diminuant d'épaisseur à mesure qu'elle se prolonge vers l'angle du tympan. Le troisième buste, le plus voisin de l'angle, est muni d'une aile éployée,- où le ciseau a détaillé avec le plus grand soin les nervures des plumes. Il faut sans doute attribuer une autre aile à la figure de gauche, le groupe entier ne formant qu'un seul corps dans la pensée de l'artiste. Une seule main est conservée ; elle tient un objet indistinct de forme oblongue, strié de lignes ondulées ; peut-être estce une sorte de foudre, allusion naïve aux torrents de flamme que déchaîne Typhon. Enfin des têtes de serpent, soudées au plomb à la naissance des épaules, complétaient les attributs.

Sur ce corps monstrueux, l'artiste athénien avait placé trois têtes singulièrement placides. Leurs gros yeux fixes, leur bouche souriante,

h A. Brueckner, Mittheîh AiTien, XIV, pp. 66-87, BeiJcge, p.74. Cf. S. Reinach, Gazette des Beaux- Arts, l°r avril 1890, p. 332.

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