‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 139 sur 293 · Pausanias, VI · texte numérisé non relu

Pausanias, VI

2. 0. Millier avait proposé de voir dans ces trois statues un groupe représentant la dispute du trépied de Delphes (^Kleîne deutsclie Schriftenj II, p. 634). Nous nous rallions à l'opinion plus vraisemblable de M. Von Rohden qui y reconnaît des statues de culte : Arch.Zeitung, 1876, p. 123.

la région de l'Argolide, à Cléones, à Tirynthe, à Argos où ils exécutent pour le temple des Dioscures une série de figures formant un groupe : les Dioscures avec leurs chevaux, leurs femmes Hilaeira et Phoebé, leurs fils, Anaxis et Mnasinous^

Aucune description détaillée ne nous permet d'entrevoir le type de ces statues ^ Quant à la technique, s'il fallait en croire Pline, nous devrions songer à des statues de marbre. L'écrivain latin cite en eiFet Dipoinos et Skyllis, avec les maîtres de Chio, comme des sculpteurs sur marbre; ils se seraient même illustrés les premiers dans le travail du Paros^ Mais l'exactitude de ce témoignage a été contestée, non sans raison. Tout nous porte à croire que les Cretois mettaient en œuvre le bois, l'or, et l'ivoire, et qu'ils sont les vrais précurseurs, en Grèce, de la statuaire chryséléphantine. Dans le groupe d'Argos, toutes les figures étaient sculptées en ébène ; les chevaux seuls étaient rehaussés par des incrustations d'ivoire^.

Au reste, la preuve se fait d'une autre manière. Nous voyons l'école des Cretois pratiquer la même technique. A Sparte, leurs disciples travailleront le bois de cèdre. Deux autres artistes, d'origine inconnue, mais formés par eux, Tektaios et Augélion, suivent leurs traditions dans une statue célèbre d'Apollon, exécutée pour le temple de Délos. Nous savons, grâce à des fragments d'inventaire retrouvés par M. Homolle, que l'or y entrait en quantités considérables ^ ; on imagine volontiers que la statue était en bois, et revêtue de feuilles d'or. Si

1. Pausanias, II, 22, o. Sur ces premiers essais de groupes statuaires, voir Bruno Sauer^ Die An/ange der statuarîscheyi Gr%ippe^ Leipzig, 1887.

2. C'est seulement par hypothèse que nous sommes tenté de reconnaître l'Apollon des maîtres Cretois sur une monnaie de Sicyone du temps d'Alexandre. Dans le champ est une figure nue, conforme au type que nous avons étudié en Béotie. Percy G-ardner, Ty^es ofgreelc Coins j^\. XIV, n» 31.

3. Nat. Ilist.j 36, 9, 14. C( Marmore sculpendo primi omnium inclaruerunt. )) Pour la critique de ce texte, voir Klein, ArcJi. MittUeil. aus Œsterreich, V, 1881, p. 87.

4. Il est à peine besoin de mentionner le texte plus que suspect de Cédrenus {Compend. Ilistor., p. 322 B.) qui attribue aux Cretois une statue d'Athéna en émeraude envoyée par Sésostris à Cléoboulos de Lindos. Cf.Zucker QNeue Jahrhûcher fur Pliilologie^ 1888, p. 785-797) qui y voit une statue de Neitli- Athéna envoyée aux Lindiens par Amasis.

6. Bull. y de corresp. hellén.j VI, 1882, p. 128. (( Lingot d'or provenant de la statue d'Apollon, 98 drachmes 1^2, )) Sur la statue de Délos, voir Overbeck, SchriftqueUeiij n"^ 334-337, et Griech. Kunstmytliologle ^ V, p. 21. Le type est reproduit sur des tétradrachmes attiques , au nom des magistrats monétaires Sokratès et Dionysodoros. Cf. Beulé, Monnaies d' Athènes, p. 364^ Overbeck, ouv. cité, Milnztafel I, nos 17-13. La monnaie que nous reproduisons ci-joint appartient au Cabinet des médailles.

l'on en juge par les monnaies attîques où la statue délienne est reproduite, Fœuvre elle-même dénotait déjà un style assez avancé. Le dieu était debout, mais non plus inerte comme les anciennes figures béotiennes étudiées plus haut. Les bras repliés, les mains portées en avant suivant le type des (( Apollons de la seconde manière », il soutenait de la main gauche trois statuettes représentant les Kharltes avec leurs instruments de musique; la main droite tenait l'arc (fig. 106 )\ Les maîtres auxquels on prête des disciples aussi habiles ne sont certes pas des personnages de légende. Malgré tant d'opinions contradictoires, nous avons le droit de reconnaître, dans les deux sculpteurs Cretois, les pères de cette sculpture chryséléphantine qui donnera à la Grèce les chefs-d'œuvre de Phidias, le Zeus Olympien et l'Athéna Parthénos.

Argos, si puissante au VIP siècle sous la royauté de Phidon, longtemps maîtresse de la péninsule argolique, était trop prospère pour ne pas rivaliser avec Sicyone au point de vue des industries d'art, fict. loe. — L'ApoUon

r\ î n c «i M /-w /i • TT de Tektaios et Ange-

On a vu qu elle fait accueil aux Cretois. Vers ^.^^ ^^^^^.^ ^,^^^^ le même temps, elle possède, suivant toute vrai- i^es. semblance , une école indigène. Lorsque, peu après Tannée 520, deux Argiens, EutéKdas et Khrysothémis, exécutent pour Olympie la statue de l'Arcadien Damarétos vainqueur à la course armée, ils prennent soin d'indiquer leur filiation artistique ; ils se qualifient d' c( Argiens, ayant appris leur art de leurs prédécesseurs ))". Nous ignorons malheureusement les noms de ces vieux maîtres, premiers et lointains précurseurs de la brillante école qui produira Agélaïdas et Polyclète. Quelques monuments nous apprennent seuls que, de bonne heure, l'art du bronze est en faveur dans les ateliers d' Argos.

Dans la masse d'ex-voto que renfermaient, à Olympie, les couches les plus profondes du sol, on distingue toute une série de reliefs en bronze travaillés au repoussé. Ce sont des plaques rectangulaires, mesurant environ 0''',48 sur O'^jôO, et qui avaient servi à décorer des

1. Les deux griffons dont la statue est accostée sont une addition plus récente.

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