Griech. Plastîh^ I^ 3^ éd., p
La sculpture, si longtemps vouée au travail du bois et de la pierre tendre, commence à s'attaquer au marbre, et à délaisser les matériaux insuffisants dont elle a subi les exigences. Les conventions, nécessaires à tout art naissant, sont créées. L'art grec ne possède encore qu'un petit nombre de types ; toutefois, il les traite déjà dans un sens original; il s'y attache, il les perfectionne lentement, par une série de progrès timides, mais continus. Enfin, sur le fond commun de Farchaïsme primitif, nous voyons poindre des différences d'écoles attestant que, loin de se développer avec une monotone uniformité, l'art grec aura ses provinces, et pour ainsi dire ses dialectes.
Si l'on considère quel est, pour cette époque, le groupement des écoles, quelle en est l'importance relative, on devra reconnaître aux écoles de la Grèce orientale une supériorité manifeste. Les Cyclades, Samos, Chios, les villes ioniennes, sont les centres les plus importants; c'est à des Grecs de l'Est que revient l'honneur des principales inventions techniques. Et si nous ne pouvons encore, faute de posséder des documents assez précis, faire à la Crète toute la place qui semble lui revenir d'après le3 sources littéraires, nous devinons qu'elle joue le rôle d'un foyer très actif et très puissant. C'est là que les Grecs sont le plus directement en contact avec les Orientaux et avec l'Egypte ; c'est de là que partent ces maîtres voyageurs, vrais missionnaires de l'art, qui apportent dans le Péloponnèse leurs méthodes et leurs procédés. C'est sous l'action de ces influences bienfaisantes que l'art s'éveille chez les rudes Hellènes de la Grèce européenne, en attendant que ceux-ci dépassent leurs maîtres et que les écoles de la Hellade prennent le premier rang.
Cet art primitif, on a pu, en l'opposant à l'archaïsme sévère de la période suivante, le qualifier d' (( archaïsme lâche » \ Rien n'est plus juste. Absorbés par la lutte contre les difficultés de métier, les vieux maîtres n'ont ni le loisir ni le talent de coordonner leurs trouvailles, de soumettre à une étude raisonnée et méthodique les types qu'ils créent péniblement. Leur exécution est encore tâtonnante et incertaine; elle trahit une sorte de naturalisme naïf, qui associe
1. Lax-ar chais ch. Le mot est de Brunn, MiWheil, Athen., VII, p. 117.
gauchement la convention et Tobservation maladroite de la nature; leur main est à la fois sincère et hésitante. C'est à leurs successeurs immédiats qu'il appartient de reprendre leur œuvre, de la compléter, en y apportant à la fois une volonté plus exigeante et une singulière habileté d'exécution. Sans s'écarter beaucoup de la voie frayée par leurs devanciers, les maîtres archaïques vont s'y avancer d'un pas plus sûr ; ils vont réaliser tous les progrès que peuvent suggérer, dans un domaine encore restreint, l'étude des nuances les plus délicates de la forme et l'amour de la précision poussé jusqu'au raffinement.
!Fig. 120. — Tête virile en marbre, trouvée à Méligoii.
Fra. 121. — Combat de coqs. Fragment cVmie frise en pierre calcaire provenant de Xanthos.
(British Muséum.)