LES ÉCOLES DU PÉLOPONNÈSE. — LA GRANDE GRÈCE ET LA SICILE
§ 1. — SrCYONE ET ARGOS.
Une transition naturelle nous conduit de Tile d'Egine dans le Péloponnèse. Là aussi, Fart du bronze est en honneur, et la sévère tenue du style est la marque distinctive des deux écoles qui représentent avec le plus d'éclat l'activité artistique. L'école de Sicyone et celle d'Argos ont plus d'un trait commun. Héritières des traditions d'art apportées dans le Péloponnèse par les Cretois, elles ont pour le travail des métaux une prédilection particulière. Toutes deux, elles doivent leur célébrité aux statues d'athlètes, aux monuments votifs qui prennent place sous les platanes de l'Altis, ou aux abords du temple de Delphes. Nulle part ailleurs, on ne voit se développer avec plus d'unité et de méthode les principes de style que nous avons reconnus en germe dans l'ancien art péloponnésien , et telle est même la parenté des deux écoles, que leurs artistes s'associent parfois pour une œuvre commune. En les étudiant successivement, nous n'oublierons donc pas que nous avons affaire à deux écoles sœurs, unies par les liens les plus étroits.
Le mouvement d'art provoqué à Sicyone par une famille de dynastes éclairés, ne s'arrête pas après la chute de la tyrannie. Sous le gouvernement de l'oligarchie dorienne qui, vers 570, a supplanté les Orthagorides, Sicyone reste un des grands centres de l'art péloponnésien. La peinture y fait ses premiers progrès avec Téléphanès; d'autre part, les maîtres crétois Dipoinos et Skyllis y ont laissé des élèves
habiles à travailler tous les métauxV Ces traditions ne se perdent pas. Dans la seconde moitié du sixième siècle, l'école des fondeurs sicyoniens est représentée par un groupe d'artistes, qui paraissent appartenir à une même famille.
La généalogie de cette famille n'est pas facile à établir. Voici pourtant, croyons-nous, celle qui s'accommode le mieux avec le témoignage des textes-. L'ancêtre est un Cretois, Aristoclès, originaire de la ville de Cydonia; il vient s'établira Sicyone vers 566, suivant l'exemple de ses deux compatriotes qui ont trouvé accueil dans la cité péloponnési^nne. C'est là qu'il exécute, pour Evagoras de Zanclé, un groupe de bronze consacré à Olympie : Héraclès combattant contre une Amazone à cheval, sujet déjà compliqué, mais traité, suivant Pausanias, dans le style le plus archaïque^
Aristoclès a un fils, Kléœtas, à la fois sculpteur et architecte, et qui travaille pour Athènes, sans doute au temps de Pisistrate. On voyait de lui, sur l'Acropole, un guerrier de bronze mettant son casque, avec les ongles incrustés d'argent. Sur la base, était tracée l'inscription suivante : « Celui qui m'a fait, c'est Kléœtas, fils d' Aristoclès, qui inventa les stalles des chars à Olympie'. » L'invention dont l'artiste se montrait si fier était celle d'un système de stalles (i-mzmtaiç) où les chars attendaient le signal de la course, chacun d'eux ayant la même distance à parcourir pour entrer en hgne.
Si Kléœtas est à l'apogée de son activité vers le miheu du sixième siècle, ses fils représentent la génération qui remplit la seconde moitié du siècle. Or, cette date convient de tous points à deux artistes dont l'un, Aristoclès, est donné comme le fils de Kléœtas , l'autre, Kanakhos, comme le frère d' Aristoclès ^ ; tous deux, par suite, sont issus du même
1. Pline appelle Sicyone C(officinarum omnium metallomm patria ». Nat. Hist. 36, 9. Ce texte est controversé; nous adoptons ici la lecture de JVI. Klein, Die Daedaliden, II, p. 97. {Arch. epigr. Mîttheil ans Œsterreich, 1881.)
2. Elle est adoptée par 0. Rayet, Études d'archéologie et d'art, p. 161. Brunn propose un système tout différent^ qui rattache à l'Attique quelques-uns de ces artistes. Griech. Kûnstlerj I, p. 80. Cf. Loewy, Inschr. griecli. Bildhauer, p. 13.
3. Pausanias, V, 22, 11. C( sv toi; (Ji,àXt(7Ta àp^ajoi; xaTapiôfJLTQo-aaÔai )). Sur les rapprochements, d'ailleurs peu certains, qu'on a proposés avec un groupe figuré sur les monnaies d'Héraclée, voir Roulez, An7ialij 1871, p. 138.