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FUNÉRAIRE

Les travaux d'art entrepris par Pisistrate ont pour conséquence d'imprimer à la sculpture monumentale un vigoureux essor. On délaisse le tuf calcaire où les vieux sculpteurs attiques avaient taillé les premiers frontons, et quand il s'agit d'exécuter pour le grand temple d'Athéna les statues des frontons, on fait choix du beau marbre de Paros où la statuaire va désormais chercher ses matériaux. Les fouilles de 1882 nous ont livré les débris , malheureusement fort mutilés, d'une grande composition décorative qui occupait le fronton oriental du temple \ Les statues étaient en marbre , comme les cimaises qui encadraient le fronton. Plusieurs fragments de personnages virils, dans l'attitude du combat, un beau torse d'Athéna , auquel se rajuste exactement une tête découverte dans des fouilles antérieures, permettent de restituer une scène de Gigantomachie, traitée avec une verve et une liberté dont on a lieu d'être surpris si l'on songe à la composition rigide^ des frontons d'Egine. Le torse d'Athéna surtout est

FiG. 192. — Tête en marbre, détail de la statue précédente.

1. Studniczka, Mittheil Athen, XI, 188G, p. 184-199. Voir, à la page 187 de cet article, la planche où sont groupés les fragments.

2. La tête d'Athéna, trouvée en 1863^ a été publiée par M.Philios, 'Eçt^ij,. àp)(., 1883, pi. 4, p. 94.

digne d'attention (fig. 193). La déesse porte le casque attique à timbre bas, cerné d'un bandeau percé de trous qui servaient à fixer une Stéphane en bronze. Les longues boucles de sa chevelure flottent sur l'égide épaisse, couverte d'écaillés rouges et bleues, et bordée de ser-

FXGr. 193. — Torse d'Athéna. Fragment d'un fronton du vieux temple d'Athéna sur l'Acropole.

pents dont les anneaux forment comme un feston soigneusement ajouré. Athéna était représentée dans une pose de combat, la lance levée, et de la main gauche elle saisissait l'arme ou le cimier du casque de son adversaire. Avec son ovale très pur et un peu allongé , son sourire discret, cette tête est charmante, et empreinte d'un sentiment plus délicat que la plupart des têtes féminines de l'Acropoîe. L'œuvre date sans doute des dernières armées du sixième siècle. Si les fonda-

tions et le gros œuvre de rédifice sont contemporains de Pisistrate, la construction du temple a pu durer assez longtemps pour qu'on puisse placer lachèvement des frontons après la chute de la tyrannie.

FiG. 194. — Déesse montant sur un char. Bas-relief du Musée de l'Acropole.

Dans la sculpture en bas-relief, les Attiques se rattachent manifestement à la tradition ionienne. Ils adoptent le principe que nous avons défini plus haut, en vertu duquel le bas-relief peu saillant, mais très poussé dans le détail, n'admet qu'un jeu très adouci d'ombre et de lumière, et, rehaussé par la polychromie, fait songer à une pein-

ture plutôt qu'à une sculpture en ronde bosse appliquée shr un fond. Un exemple très frappant de cette méthode, chère aux Attiques, est un bas-relief depuis longtemps connu, découvert au nord de F Acropole (fig. 194)'. Ou a beaucoup discuté sur l'identification de ce personnage montant dans un char, et vêtu d'un costume où l'on peut reconnaître certaines pièces de l'ajustement féminin. Est-ce une déesse? Ou bien est-ce un jeune homme portant le long chiton ionien que

Fig. 195. -- Personnage viril, coiifé du pétase. Bas-relief du Musée de l'Acropole.

revêtaient d'habitude les conducteurs de chars; et dans ce cas, devons-nous reconnaître ici un jeune vainqueur aux Panathénées " ? Nous inclinons vers la première hypothèse. Si l'arrangement de la chevelure, serrée en paquet, et retroussée sur la nuque par un lien, peut convenir à un personnage viril, nous savons, par les bas-reliefs du tombeau des Harpyes, que les femmes adoptaient parfois ce genre de coiffure ; et d'ailleurs . la manière de porter le

1. Le Bas et S. Reinach, Voyage arch., pi. I, et p. 50 où est citée toute la bibliographie. Cf. Brunn. Denlcmaeler der gr, roem. Sculptur, 40.

2. Purgold, 'EcDY)^. àpx-, 1885, p. 251 ; Boetticher, Die Ahropolls, p. 85-86.

manteau est tout à fait conforme aux habitudes féminines. Nous reconnaissons donc ici une déesse montant sur son char, sans pouvoir proposer d'attribution plus précise. Ce fragment appartient sans doute à une frise en bas-relief représentant une procession de dieux. Voici, en effet, sur une autre plaque de marbre provenant du même monument, un personnage viril auquel la vraisemblance permet d'attribuer

le nom d'Hermès (fîg. 195)'.

Vêtu d'une tunique finement plissée, et coiffé du pétase, avec la chevelure serrée par un lien, le dieu s'avançait à pas rapi-

FiG. 196. — Scène d'offrande à Athéna.

Bas-relief trouvé sur TAcropole dAthènes.

des, précédant sans doute comme un héraut le cortège diviu. Quel que soit le sujet, l'art attique nous a laissé peu de monuments d'une exécution plus achevée que ces deux bas-reliefs. Avec quelle finessC; avec quels raffinements d'exécution, l'artiste a détaillé le jeu des draperies dans la figure féminine, souhgné, dans les longues queues flottantes des. chevaux, les ondulations des crins, et ciselé les pKs foisonnants du chiton d'Hermès! Ajoutez que les attitudes sont bien

L Conze, Memorie delV Inst., Il, pi. 13, p. 408.

vivantes, les mouvements déjà très justes, et que le caractère élancé des proportions donne un grand charme d'élégance à cette œuvre où se reflète le plus pur atticisme.

Tous les bas-reliefs attiques n'ont pas cette valeur i. Mais, même dans les œuvres les plus modestes, on retrouve quelque chose de ces qualités et comme un goût inné de distinction.

Voici , par exemple , une sculpture dont le caractère industriel est évident.

C'est un bas-relief votif, trouvé sur l'Acropole, et représentant une scène d'offrande à Athéna (fig. 196) ^ Une famille, composée des deux époux et de trois enfants, amène devant la déesse une truie destinée au sacrifice ; ces cinq personnages ont l'attitude grave et recueillie des adorants. En face d'eux, Athéna, représentée avec des proportions plus grandes, accueille leurs hommages; elle est sans armes, et porte seulement le casque , dont le haut cimier était peint sur le fond du bas-relief. Pour traduire le caractère bienveillant de la divinité qui accepte l'offrande, l'artiste n'a rien trouvé de FiG. 197. - Athéna. mieux quc de lui prêter l'attitude des

PJaqne de bronze en relief avec dorure.

(Musée de l'Acropole.) statucs votives ; c'cst avccun gcste

1. Ainsi, un bas-relief trouvé sur l'Acropole, et représentant Hermès conduisant les trois Kharites dansant au son de sa flûte, est une œuvre d'une facture ronde et négligée. M. Lechat a publié ce bas-relief dBuU. de corresp. hellén.jXIlI, 1889, pi. XIV, p. 167), qui offre des analogies avec le bas -relief de Kara- Kouya reproduit par notre fig. 126. J'y verrais volontiers avec M. S. Keinach l'œuvre d'un artiste ionien d'Asie Mineure. (S. Keinach, Chronique d' Orient ^ p. 609.) On peut aussi ranger parmi les œuvres médiocres un bas-relief de Lamptrae, montrant Héraclès luttant contre le lion de Némée. E. Eeisch, MittheiL Athen, XII, 1887, pi. HT, 1.

2. Staïs, 'Eçy]^. àp^., 1886, p. 179 et 272, pL 9. Boetticber, Lie Ahro^yoîisj pL IX. Brunn, Denhmae-

L'ÉCOLE ATTIQCJE. 381

d'une naïve gaucherie qu'Athéna relève les plis de son chiton ; la grave déesse se fait coquette pour agréer l'acte de dévotion des mortels.

Une grâce plus sévère, un style beaucoup plus fin rexîommandent à notre attention un remarquable ex-voto de bronze , qui peut prendre place parmi les bas-reliefs (fig. 197) \ Il se compose de deux plaques de bronze fondues à part, et représentant chacune la figure d'Athéna vue de profil; rajustées et réunies, elles formaient une sorte de plaquette à double face, sans épaisseur, qui pouvait se fixer sur une base. Seul, l'examen de l'original permet d'apprécier à sa valeur cette délicate œuvre d'art, où le modelé si fin est rehaussé par un travail de gravure qui détaille avec un soin exquis les boucles des cheveux et les écailles de l'égide ; certaines parties, comme l'égide et le visage de la déesse, étaient dorées. Peu de monuments nous donnent mieux l'idée de ce qu'est l'atticisme dans sa première fleur de jeunesse. Le jet si élégant des draperies, les proportions élancées du corps, la pureté de contours de ces membres aux fines attaches, le type du visage qui rappelle l'Egypte avec ses yeux obliques et son profil un peu arqué, tout cela révèle le goût subtil d'une race qui semble avoir en partage le sentiment inné de la grâce.

Parmi les monuments conservés de l'ancien art attique, la sculpture funéraire tient une large place. Mais si les stèles sculptées prédominent, nous ne devons pas oubher que ce n'était pas la seule forme usitée en Attique pour la décoration des tombeaux. Un décret de Solon, cité par Cicéron^, mentionne deux types bien distincts de moQuments funéraires ; il signale d'une part les monumenta ([i.v7f[xaTa) qui admettent des figures en ronde bosse , de l'autre les columnœ (crTyi>.ai) où. il est facile de reconnaître les stèles proprement dites. La première catégorie de monuments nous est encore assez mal connue. Toutefois, depuis que l'attention des archéologues a été éveillée sur cette question, on a pu recueillir des faits qui permettent de conclure à l'existence en Attique

1. 'Efpyjpi. àp)(.5 1887, pi. 4 ; Brunn, Denhnaehv, n^ 81. Brunn a rapproché, sur la même planche, un bas-relief archaïque d'un piiteal de Corinthe, qui montre Athéna dans la même attitude, tenant son casque de la main gauche. Il faut sans doute restituer ainsi la figure du relief de bronze.

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