Conze, pi. III, et pi. VIII
On connaît aujourd'hui plusieurs exemples de stèles où la peinture est' appliquée directement sur un fond plat \ Une stèle, trouvée comme celle d'Aristion à Vélanideza, est le plus beau spécimen de cette série. Le mort, Lyséas, est représenté en chiton et en manteau, tenant un canthare et un rameau à lustrations qui semblent rappeler ses fonctions sacerdotales; sur la partie inférieure de la stèle, est peint un cavalier, soit en souvenir d'une victoire du défunt, soit par
TiG. '202. — Scène d'hommage à la morte. Fragment d'une stèle funéraire attique (Athènes, Musée central). Hauteur, 0™,43; largeur, 0",65.
allusion à ses goûts et à sa condition de fortune ^ Les tons sont trop altérés pour qu'on puisse juger de l'effet primitif; toutefois il paraît probable que la figure se détachait en clair sur un fond rouge sombre, et sans doute le même parti était adopté pour la coloration de toutes les stèles, qu'elles fussent ou non sculptées en bas-relief.
Les représentations féminines sont rares dans la série des marbres funéraires. A ce titre, nous devons signaler un remarquable fragment de stèle conservé au Musée central d'Athènes (fig. 202) \ Ici, la
1. Voh' E. Pottier, Bull, de corresp. hellén., 1884, p. 459 et suivantes.
2. Conze, Attïsche Grabreliefs, n^ 1, pi. I. Cf. Loeschcke, Mittheil. Athen^ IV, 1879, p. 36 et suiv. 8. 0. Rayet, Etudes d'archéologie et d'art, p. 9. Conze, lûP 20, pi. XII.
composition est plus compliquée, et trahit nettement l'idée d'héroïsation qui a inspiré les bas-reliefs du tombeau des HarpyeSe La morte reçoit les hommages d'une survivante. Celle-ci, figurée avec des proportions plus petites, relève le bras droit par un geste d'adoration, et retient de l'autre main les plis de son cliiton. Elevée par la mort à une condition supérieure, la défunte est assise dans l'attitude grave et solennelle d'une divinité; écartant d'une main les plis de son voile, elle semble accueillir la prière d'une parente ou d'une amie. Nous n'analyserons pas par le menu des mérites de style qui nous sont déjà connus : l'élégance des attitudes, la pureté des contours, le fini du travail, la structure élancée de ces corps féminins, voilà autant de caractères communs à toutes les œuvres de l'archaïsme attique.
Nous resterons sur cette impression, en quittant l'ancienne sculpture attique. Si nous avons dû faire la part des influences qu'elle subit, signaler l'action successive qu'exercent sur elle les écoles de l'Ionie et du Péloponnèse, nous ne pouvons méconnaître les qualités supérieures qui sont comme l'apanage de la race. Sans doute , au temps des Pisistratides, les artistes d'Athènes poussent parfois ces quahtés à Texcès ; leurs instincts d'élégance, leurs raffinements minutieux, leur amour pour la précision les conduisent souvent au maniérisme et à la sécheresse. Mais ce sont là comme des défauts de jeunesse. Faites la part des conventions et des inexpériences de l'archaïsme ; vous reconnaîtrez des quahtés qui promettent une tradition brillante et originale. Aussi bien, cette veine d'atticisme ne se perdra pas, et des maîtres tels que Calamis et Praxitèle seront comme les héritiers directs de ces anciens sculpteurs attiques , si naïvement épris des élégances et des délicatesses de la forme plastique.