CHAPITRE PREMIER
C'est une Grèce nouvelle qui sort, triomphante, du redoutable conflit engagé avec l'Orient asiatique. Elle n'est pas seulement assurée de vivre, et certaine d'avoir sauvé ce qui était pour elle l'enjeu de la guerre, l'existence même de l'hellénisme. En lui révélant sa force, eii exaltant par une sorte de fièvre le sentiment national, la victoire lui donne par surcroit uae confiance audacieuse dans son génie, et le dédain de l'étranger. A aucune époque de son histoire, elle n'éprouve au même degré l'ivresse joyeuse du succès et de la foi dans l'avenir. Tout paraît concourir à préparer une ère de prospérité inouïe. Du côté de la Perse, le danger est écarté dès le lendemain de Platées, et quand les escadres athéniennes reprennent la mer, c'est pour faire dans l'Archipel et sur les côtes d'Asie de fructueuses campagnes, que couronne en 465 la brillante victoire remportée par Cimon à l'embouchure de l'Eurymédon. A l'intérieur, si de courtes luttes
mettent aux prises Athènes et Corinthe, ou amènent en Béotie les armées de Sparte, la tranquillité est rétablie vers 444, et jusqu'aux premières hostilités de la guerre du Péloponnèse, une période de paix favorise le prodigieux essor qui va porter Tarigrec à sa perfection. L'état politique de la Grèce après les guerres médiques détermine aussi, pour les écoles d'art, un nouveau groupement plus simple et moins morcelé. A partir de 460, l'activité se concentre dans la Grèce propre. Les îles de l'Archipel et les villes d'Asie Mineure, si durement éprouvées par la guerre persique, sont déchues du rang où les avaint placées leurs écoles du sixième siècle ; et d'ailleurs la suprématie d'Athènes, sa puissance croissante à la tête de la ligue fédérale, mettent dans sa dépendance les îles de la mer Egée, qui deviennent comme une province de l'art attique. En Grèce, deux grandes écoles, Argos et Athènes, effacent toutes les autres et les relèguent au second plan. Illustrée par Agélaïdas et par ses disciples immédiats, fière de son long passé, l'école d' Argos reste encore le centre des traditions de l'art péloponnésien ; elle étend son influence dans tous les pays doriens et jusque dans la Grande-Grèce, et le nom de Polyclète atteste suffisamment qu'elle garde tout son éclat. Néanmoins le moment est proche où l'Attique va lui disputer victorieusement la première place, et imposer à tout le monde grec l'admiration de ses maîtres.