Pausanias, V
il est facile d'en restituer la suite '. Nous les décrirons comme l'a fait le voyageur grec, dans l'ordre où elles se présentaient au spectateur qui faisait le tour du temple, en commençant par l'angle sud de la façade orientale, pour passer ensuite devant l'opisthodome.
Fia. 221. — ' Héraclès soutenant le cîel ; Atlas et l'une des Hespérides. Métope de l'est.
(Musée d'OIympie. )
1^ Héraclès et le sanglier d^ Erymanthe. Le liéros apportait l'énorme bête à Eurysthée, qu'un fragment conservé nous montre blotti peureusement dans un grand pitlios de terre cuite, d'où émerge son
1. Voir Gr. Treu, Ausgrahungen zu Olympia^ IV, p. 26 et suiv. Ârch, Zeitungj 1881, p. 319 et suivantes. Voir, pour les reproductions des métopes, Ausgrabungenj t. IV, et Funde ans Olympia.
visage effrayé. — 2*" Héraclès emmenant les cavales de Biomede, métope très mutilée, dont il ne reste que quelques fragments. — 3^ Le comhat contre le triple Géryon. Le monstre était figuré par trois corps revêtus
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FiG. 222. — Héraclès nettoyant les étables d'Augias. Métope de l'est. (Musée d'Olympie.)
d'armures ; sur le morceau conservé au Louvre, deux de ces corps, terrassés par le héros, essayent encore de lutter. — é*" Héraclès et Atlas (fig. 221). C'est la métope la mieux conservée de la façade orientale et Tune des richesses du musée d'Olympie. Au centre du tableau, Héraclès supporte sur ses épaules la voûte du ciel ; un coussin posé
sur sa nuque amortit le poids de l'énorme fardeau. Debout devant lui, Atlas lui présente dans chaque main trois des précieuses pommes d'or, promises au héros ; à gauche, grave et immobile sous les phs rigides de son chiton do rien, une Hespéride ^ joue le rôle de divinité protectrice, et, de son bras gauche replié, semble vouloir venir en aide à Héraclès. Malgré le parallélisme trop apparent des lignes et la raideur de la composition, la scène est empreinte d'un charme sévère ; le visage de THespéride est d'une beauté pleine et pure, et dans la figure d'Héraclès, on ne se lasse pas d'admirer l'exécution large et simple de ce corps vigoureux, où rien ne trahit pourtant la violence de l'effort. Mêmes caractères dans la figure d'Atlas, dont la tête, d'un modelé très doux, emprunte un charme étrange à la convention qui laisse les cheveux et la barbe lisses, pour recevoir la teinte unie appliquée par le pinceau du peintre. — 5° Le nettoyage des écuries cT Aiigias (fig. 222). Ici l'artiste n'a pas reculé devant les détails les plus réalistes. Héraclès, armé d'une pelle ou d'un balai, rejette au dehors les masses de fumier accumulées. Athéna, appuyée sur son bouclier, tient sa lance abaissée, comme pour aider le héros. L'examen de l'original peut seul faire sentir avec quelle expression hautaine la déesse assiste à cette répugnante besogne, et de quel geste dédaigneux elle abaisse vers le sol souillé d'immondices le bout de sa lance divine. — 6*^ L' enlèvement de Cerbère. Vêtu d'une courte tunique, qui moule exactement les formes du corps , Héraclès tire sur la corde à laquelle il a attaché le chien à triple tête. De ce dernier il ne reste guère qu'une tête, à l'expression menaçante, et dont la gueule entr'ouverte laisse à nu des crocs formidables. La partie droite était remplie par une seconde figure, peut-être celle d'Hermès.
En longeant le côté nord du temple, on débouchait à l'angle nordouest de la façade occidentale, où les métopes se succédaient dans l'ordre suivant : 1^ Le Lion de Némée, Très mutilée, et reconstituée incomplètement au musée d'Olympie avec un moulage du Louvre, la métope montrait Héraclès dans une attitude lassée, appuyé sur sa massue, un pied posé sur le Kon vaincu et couché à terre; Athéna as-
1. Voir, peur le type de l'Hespéride, C. "Waldstein, The Hespéride oftlie olympian métope j and a marble Jiead at Madrid, Journal of Hellen, StudieSj 1884, pi. XLV, p. 171.
LES SCULPTUKES D'OLYMPIE.
sistait au triomplie du héros. 2" H Hydre de Lerne. Quelques fragments du corps de l'hydre, dont les anneaux enroulés remplissaient la partie gauche, les débris du corps d'Héraclès, ne permettent guère d'appré-
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FiG. 223. — Héraclès apportant à Athéna les oiseaux de Stymphale. Métope de l'ouest. (Musées du Louvre et d'Olympie.)
cier le style de cette métope. 3^ Les Oiseaux du lac Stymphale (fig. 223). Héraclès debout, svelte et élancé, présente à Athéna un de ces oiseaux aux griffes et au bec de fer qui désolaient TArcadie. Le Louvre possède le beau morceau qui représente Athéna, assise sur un rocher, regardant curieusement le produit de la chasse d'Héraclès.
L'épaisse égide plaque sur sa poitrine ; son lourd chiton de laine se creuse de larges plis, et le travail uni de la chevelure fait encore ressortir le caractère simplifié de l'exécution. A!" Le Taureau de Crète (fig. 224)\ Trouvée dans des fouilles françaises de 1829, cette métope est conservée
FiG. 224. — Héraclès et le taureau de Crète. Métope de l'ouest. (Musée du Louvre. )
au Louvre. Les fouilles allemandes ont fait découvrir depuis la tête du taureau, ses jambes de derrière, et Tattaclie du bras droit d'Héraclès.
1. Cette métope a été reproduite en héliogravure parO. Kayet, Monuments de l'art antique, I, pi. 28. Mais elle n'avait pas encore été complétée par l'addition , au moyen de moulage , des parties trouvées dans les fouilles allemandes. L'initiative de cette heureuse restitution revient à M. Héron de Villefosse qui a fait compléter de la même manière la métope des Oiseaux de Stympliale.
Le héros cherche à lier le taureau, qu'il doit ramener vivant en Argolide. Le corps rejeté en arrière par un violent effort, solidement appuyé sur la jambe droite, il a déjà réussi à lier une jambe de devant de l'animal, qui se retourne vers lui, furieux, menaçant, battant l'air de sa queue. Héraclès tire sur le lien de la main gauche; son bras droit, vivement relevé, tient sans doute un lacet de cuir qu'il va, en dompteur habile, jeter autour des cornes du taureau. Parmi les autres métopes, aucune ne peut rivaliser avec celle-ci pour la largeur et la puissance du st5de. La composition est d'une grande simplicité. Sur le corps du taureau, peu saillant, et dont la tête seule se projette en avant pour déterminer vers la droite une vigoureuse tache d'ombre, la figure d'Héraclès se détache presque en ronde-bosse. Les lignes de son corps sont lancées avec une hardiesse singulière , et le modelé sobre du torse, oii tous les muscles sont pourtant en action, dénote une main de maître, sûre d'elle-même, énergique, dédaigneuse du détail inutile. S"" Héraclès et la hiche Cérynite, G"" Héraclès combattant contre V Amazone Hippolyte. Ces deux métopes ne nous sont connues que par des fragments. Dans la dernière, la tête de l'Amazone est seule conservée; mais son visage mourant est d'un beau sentiment, et montre que les sculpteurs d'Olympie savent traiter d'autres thèmes que l'action des énergies physiques. Résumons notre impression d'ensemble. Certaines gaucheries dans la composition, ici trop rigide, ailleurs un peu vide, accusent encore un reste d'archaïsme. D'autres caractères, comme le parti pris de procéder par masses, de tenir lisses la chevelure et la barbe, s'exphquent par l'usage de la polychromie, et par la préoccupation de ne pas pousser outre mesure des sculptures placées à une grande hauteur. Ces réserves faites, il faut reconnaître aux sculpteurs anonymes des métopes de rares qualités : une exécution à la fois coulante et sobre, une certaine façon de voir large et libre, une volonté marquée de simplifier, un sentiment très juste des exigences de la sculpture décorative, en un mot un grand style. Et ce style offre une telle unité, malgré les inégalités de facture, qu'on est en droit d'y reconnaître comme la marque d'une école.
§ 2. — LES FEONTOI^S.
La découverte des frontons est due aux fouilles allemandes. Conservés au musée d'Olympie, où ils forment un ensemble unique au monde, ces marbres célèbres ont été reconstitués avec une patience scrupuleuse, les moindres fragments étant remis en place. On peut contester Tordre adopté pour les figures, d'après la restitution de M. Curtius et du sculpteur Grûttner ; nous le suivrons toutefois pour décrire les frontons, tels qu'ils se présentent aux visiteurs du musée Syngros.
Le sujet du fronton oriental était emprunté à une légende de l'Elide. L'oracle de Delphes avait prédit à Œnomaos, roi de Pisa, qu'il mourrait de la main de son gendre. Fort soucieux de faire mentir la Pythie : il proposait un défi aux prétendants, une course en chars, d'Olympie à Corinthe. Partant le dernier, sous le prétexte de sacrifier à Zeus, il les atteignait en route, et les tuait d'un coup de lance. Un prétendant plus avisé, Pélops, corrompt le cocher du roi, Myrtilos, qui fait verser le char de son maître. Œnomaos se tue de désespoir, et Pélops, devenu l'époux d'Hippodamie, hérite de la royauté du Péloponnèse. L'artiste avait choisi le motif, un peu ingrat, des préparatifs de la course. c( Au milieu du fronton, écrit Pausanias, est la statue de Zeus; auprès de lui à droite, est Œnomaos, la tête couverte d'un casque , et à côté sa femme Stéropé , Tune des filles d'Atlas. Le cocher d'Œnomaos est assis devant ses chevaux, qui sont au nombre de quatre. Après, viennent deux hommes; ils n'ont pas de noms, mais il est évident qu'ils sont eux aussi chargés de soigner les chevaux d'Œnomaos. A cette extrémité du fronton est couché le Cladéos ; c'est celui des fleuves que les Eléens honorent le plus après l'Alphée. Du côté gauche du fronton, après Zeus, viennent Pélops et Hippodamie, puis le cocher de Pélops, ses chevaux, et deux hommes qui sont les palefreniers de Pélops. Le fronton se rétrécit de nouveau , et à cette extrémité est sculpté l'Alphée. Les Trézéniens donnent au cocher de Pélops le nom de Sphairos; mais l'exégète d'Olympie m'a affirmé qu'il se nommait Killas \ )) Ainsi le fronton comprenait treize
]. PausaniaSj V, 10, 6.
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