FRONTON ORIENTAL DU TEMPLE DE ZEUS A OLYMPÏE
Partie .centrale, D ' apr è s L alOLlX e t MonC e aux. La JiesUu^rcL/zon. d Vlymp i^e/.
figures et deux groupes de quatre chevaux; toutes ces statues, plus ou moins mutilées, ont été retrouvées dans les fouilles ^
Examinons d'abord le groupe central, que divise exactement en deux parties la haute figure de Zeus (Planche Vil- VIII). Le dieu est debout, tenant le sceptre de la main gauche, le bas du corps couvert d'une draperie. A droite, pour le spectateur, est Œnomaos, barbu, coiffé d'un casque, la main droite posée sur la hanche, l'autre appuyée sur sa lance ; une légère chlamyde, jetée négligemment sur ses épaules, laisse presque à nu son torse vigoureux. Plus loin, sa femme Stéropé se tient immobile : vêtue d'un chiton dorien, dont les plis épais et rigides rappellent la technique appliquée aux figures féminines des métopes, elle ramène la main droite vers l'épaule, pour relever un coin de son voile ; la gauche tenait sans doute un accessoire, phiale ou bandelette. De l'autre côté de Zeus, Pélops, armé d'un bouclier, appuyé sur sa lance, attend avec assurance le signal du départ. A la naissance des cuisses, le marbre est percé de trous réguliers dont M. M. Laloux et IMonceaux ont donné Texplication la plus plausible. Sans doute quelque dévot avait fait cadeau à Pélops d'une cuirasse de bronze doré que le sculpteur n'avait pas prévue, et les trous servaient à assujettir des lambrequins de cette pièce d'armure. A gauche de Pélops, Hippodamie a l'attitude réservée et pudique de la jeune fille dont la destinée est en jeu ; ses bras sont ramenés vers la poitrine, la main gauche posée sur le cou par un geste distrait. Rien de mièvre d'ailleurs dans cette figure aux formes pleines et massives; elle est de la même famille que l'Athéna ou l'Hespéride des métopes, et l'on imagine volontiers que le sculpteur a pris pour modèle quelque robuste fille de l'Elide. Ces cinq figures forment un groupe bien défini, et dont l'agencement n'est guère contestable. L'œil
1. Le fronton oriental a fait l'objet d'une longue série d'études spéciales. Voici les principales. Curtius, Fande von Olympia j p. 11, suiv., pi. 6-7. 0. Rayet, Etudes d'archéologie et d'art, p. 42. R. Kekulé, Rheinisches Muséum fur Philologie , N. F. XXXIX, p. 481, pi. 3. Gurlitt, Paionios und der Ostgiebel des Zeustempels in Olympia, dans les Ilistorische und philologische Anfsaetze Ernst Curtius gewldmetj 1884. Studniczka, Arch. Zeitutig, 1884, p. 281, suiv.; Loeschcke, Die œstliche Giebelgruppej Programme de l'Université de Dorpat, Dorpat, 1885; Brunn, Sitzungsherichte der hayer. Alcademie^ Philosoph. philolog Classe, II, 2, 1888, p. 171. Laloux et Monceaux, la Restauration d'Olympie, p. 75. Flasch, article Olympia, dans les Denkmaeler de Baumeister, II, pp. 1004 et suivantes. Six. Journal of Hellen. Studies, 1889, X, p. 98, pi. VI. G. Treu, Arch. Zeituvg, 1882, p. 215, pi. 12. et Jahrbuch des arch. Inst., IV, 1889, p. 266, pi. 8-9 ; VI, 1891, p. 63 et 98. Furtwaengler, Jahrbuch, VI, 1891, pp. 76-88. Bruno Sauer, ibid.j VI, 1891, p. 9. E. Curtius, Lie Tempelgiebel von Olympia, Abhondl. der berl. AJcademie, 1891.
^'j portant tout d'abord, on reste frappé de la simplicité encore archaïque des lignes, de l'immobilité des figures, imposée pourtant par le sujet. Il en résulte une première impression de raideur, qu'atténue à la réflexion le style large et ample des figures.
Dans les deux ailes du fronton , prennent place les personnages auxquels, en raison de l'espace plus restreint, le sculpteur a dû doimer l'attitude assise, agenouillée, ou couchée.
•i Si l'on commence par laile gauche
^ (fig. 225), voici d'abord, couché dans 2 la partie la plus étroite du tympan, le I personnage que Pausanias nomme
l'Alphée, et où l'on a proposé, non sans raisons spécieuses, de reconnaître simplement un spectateur de la scène \ A vrai dire, rien de moins idéalisé que cette figure, dont l'artiste a pu trouver sans peine le modèle, en observant quelque vigoureux jeune homme, surpris dans l'attitude nonchalante du repos. Etendu sur le sol, accoudé sur le bras gauche, la main soutenant le menton, il étale un torse souple et musculeux, mais d'un modelé très doux; une légère draperie,
1. Furtwaengler, Jahrbvch des ArcJi. Insf., VI, 1891. M. "Walz avait déjà proposé de voir dans les figures d'angles des personnages anonymes, faisant partie de la suite de Pélops et à' Œnomaos. A bhcmdhmff iieher die ErTcldrung der Echfîguren am Ostgiehel des Olympisclien Zeustempels und am Westgiehel des ParthenoUj Programm des Evangel. TkeologîscJien Seminars Maulbroniij Tubingue, 1887.
traitée avec une simplicité très voisine de la négligence, couvre les jambes allongées. Plus loin, vers la droite, la restitution adoptée à Olympie place une jeune fille agenouillée, le buste et la tête inclinés dans une pose un peu servile. Pour certains critiques, c'est une Nymphe; mais le caractère hâtif du travail, la forme du costume, indi-
Fia. 226. — Fronton oriental d'Olympie. Les chevaux du char de Pélops (aile gauche du fronton). D'après Laloux et Monceaux , la Restauration â! Olympie.
quent plutôt une figure d'importance très secondaire , sans doute une des femmes d'Hippodamie ou de Stéropé. Vient ensuite un homme barbu, assis, le regard dirigé en haut, et dont le mouvement indique qu'il s'appuyait de la main droite sur un bâton. En avant est placé lattelage de Pélops. Il ne reste rien du char, qui était en bronze; mais voici les quatre chevaux de l'attelage, devant lesquels se tient agenouillé un jeune homme nu, le torse un peu incliné, les bras relevés
comme pour rassembler les rênes; M. Curtias y recomiaît Killas, le cocher de Pélops (fig. 226). Le groupe des chevaux mérite qu'on s'y arrête. Fidèle à son principe de négliger le revers des figures, d'épargner son temps et sa peine, le sculpteur l'a traité comme un
Fig. 227. — Fronton oriental d'Oljmpie. Les chevaux du char d'Œaomaos (aile droite du fronton). D'après Laloux et Monceaux, la Restauration cf Ohjmpie.
bas-relief. Les trois chevaux du fond, sculptés dans une même dalle de marbre, n'ont aucune épaisseur; celui de devant dont le côté apparent est seul travaillé, est une véritable appHque, et fait trompe-l'œil. Ce n'est certes pas que l'artiste se défiât de son talent d'animalier, dont il a su donner des preuves assez manifestes. Tout mutilé qu'il est, avec ses flancs maigres, son ventre sillonné de veines, le cheval du premier plan accuse une rare habileté d'exécution ; les montures des
cavaliers du Parthénon n'auront pas la croupe plus fine , ni l'encolure plus élégante.
Pans Taile droite, les mêmes sujets se répètent avec des variantes qui n'excluent pourtant pas la symétrie. Au char de Pélops correspond celui d'Œnomaos, placé à droite de Stéropé (fig. 227). Devant les chevaux, traités suivant la même technique et avec la même vigueur que.
les précédents, un homme est agenouillé, le torse nu, le bas du corps couvert d'un manteau. Viennent ensuite les figures assises o,u couchées dont les attitudes répètent symétriquement celles des figures de l'aile gauche (fig. 228). Le personnage assis derrière le char attire l'attention par son type étrangement réaliste (fig. 229). C'est un homme d'âge plus que mûr, chauve, un peu replet. Appuyé sur la main gauche , la droite soutenant le menton, il suit d'un oeil attentif les apprêts de la course. Une draperie entoure ses reins, et laisse à nu un torse épaissi par Fâge , une poitrine grasse et tombante, sous laquelle la peau creusée de phs accuse l'affaissement des chairs.
La tête est vivante. Le front chauve, les yeux cernés de ressauts, la bouche épaisse sous la moustache unie, la barbe massée en mèches drues, les cheveux longs et bouclés , composent un type très personnel, pris sur na-
SCULPTUKE GEECQUE. — T. I.
ture. c( Ce rude et mâle vieillard, dit justement 0. Rayet, le sculpteur a dû le rencontrer dans la rue ; il a combattu avec le roi Pausanias à Platées, servi bien des fois comme hoplite, et c'est le poids du
FiG. 229. — Fronton oriental d'OJympie. Vieillard assis. Figure de l'aile droite.
casque qui a dénudé son crâne y>. Quel rôle joue dans la composition cette figure que Fartiste a pris soin de caractériser si nettement? Sa place dans le fronton n'est pas douteuse. Une entaille pratiquée au pied droit permettait à la roue du char de bronze de s'y emboîter; ce personnage était donc placé derrière le char
LES SCULPTUKES D'OLYMPIE.
d'Œnomaos. L'homme ainsi désigné à l'attention par son attitude méditative est sans doute Myrtilos, un des principaux acteurs du drame qui se prépare '. Nous retrouvons la môme observation si franche de la réalité dans la figure du jeune garçon qui fait suite au vieillard. Assis dans une attitude que les Orientaux prennent encore volontiers aujourd'hui, un genou relevé, il joue machinalement avec son pied ; geste fort prosaïque en vérité, mais qui ne saurait effaroucher les voyageurs fa-
Fia. 230. — Fronton oriental d'Olympie. Figure de l'angle droit, dite le Cladéos.
miHarisés avec le laisser- aller des habitudes orientales". On n a pas de peine à reconnaître ici un jeune serviteur attendant des ordres. Enfin, dans l'angle droit du fronton, est couché le personnage que Pausanias nomme le Cladéos (fig. 230). Dieu fluvial ou simple spectateur anonyme, un robuste jeune homme étendu sur le sol se soulève à demi pour regarder avec curiosité vers le centre du fronton ; la flexion du torse fait saillir les muscles, et souligne le dessin des côtes. Le front bas, cerné
1. C'est l'interprétation proposée par MM. Flasch. QOIympia ^ dans Baumeister)]et Furfcwaengler, (Jahrbucïi des arcli. Inst., VI, 1891 , p. 76-88). Signalons au moins nne étonnante hypothèse de M. Bruno Sauer. Suivant le critique allemand, Myrtilos tendrait discrètement la main gauche, pour recevoir le fort pourboire qui paie sa trahison. (Jahrbuchj VI, 1891, p. 40.)
2. Nous ne pouvons partager l'opinion de M. Loeschcke , pour qui ce personnage représente une des divinités secondaires d'Olympie, le démon Sosipolis, montrant du doigt le monde souterrain. ÇProgramme deDo?-j()at,188b.)
444 L'EPOQUE DES GKANDS MAITKES.
par le contour très arrêté d'une chevelure tout unie, comme le timbre d'un casque, le menton fort, les maxillaires épais, donnent Fillusion d'un portrait. Sans doute le mouvement du corps, plus tendu que dans la figure de l'Alphée, a entraîné le sculpteur à une exécution plus étudiée; mais le style n'en conserve pas moins son caractère large et sobre.
Nous ne saurions ici discuter par le menu la question, toujours pendante, de l'arrangement des figures dans le fronton. Aucun des systèmes proposés ne s'impose avec une certitude absolue. Toutefois le plus heureux nous paraît être celui de M. G. Treu , un des savants allemands qui ont pris aux fouilles d'Olympie la part la plus active \ Nous reproduisons ci-joint la restitution de M. Treu , en y joignant celle de M. Curtius, qui mettra sous les yeux du lecteur l'ordre adopté pour les figures au Musée d'Olympie (fig. 231). M. Treu respecte le groupe central de cinq figures, tel qu'il est mis* en place à Olympie; mais il établit dans les ailes plus de symétrie, en plaçant résolument à gauche les serviteurs de Pélops , à droite les gens d'Œnomaos, plus âgés comme il convient. Voici donc, après le personnage couché que M. Treu continue à appeler l'Alphée, un jeune serviteur et Killas, tous deux agenouillés , occupés à démêler les rênes de l'attelage. En avant des chevaux, assis à leurs pieds, le jeune esclave dont nous avons noté la pose si réaliste. A l'aile droite, dans la partie symétrique, un serviteur d'Œnomaos, assis également, la tête relevée vers les chevaux qu'il tient par la bride' ; puis le vieillard chauve, que suit im^médiatement la suivante de Stéropé; enfin le Cladéos. Ainsi reconstituée, la composition gagne au point de vue du rythme et de la symétrie. Néanmoins la première impression subsiste : une œuvre d'aspect légèrement archaïque, où le style est plus Kbre que la conception ; un faire plus robuste que nerveux ; une exécution large et hardie, parfois négligée à dessein; un sentiment souvent très réahste, voilà les traits qui se sont dégagés pour nous de l'analyse attentive des marbres originaux.
1. Voir la planche 8-9 du Jahrbuch des arch, Inst,Y, 1889, où sont réunies les principales restitutions , 1° celle de MM. Treu et Studniczka, 2^ celle de M. Kekulé, 3« celle de M. E. Curtius.
2. C'est cette figure que M. Treu interprète comme étant Myrtilos.
FiG. 231, — Restauration du fronton oriental d'Olympie.
A. D'après E. Curtins. B. D'après G-. Treu.
Le sculpteur du fronton occidental s'était inspiré d'une légende thessalienne. Le roi des Lapithes , Pirithoos, célèbre ses noces avec Déidamie. Conviés au festin, les Centaures se grisent de vins généreux, et tentent de faire violence aux femmes lapithes. Une lutte furieuse s'engage ; Pirithoos et son ami Thésée, à la tête des Lapithes, massacrent les Centaures. Au dire de Pausanias, le choix de cet épisode s'exphquerait facilement, Pirithoos étant un des fils de Zeus, et Thésée un descendant de Pélops. La description du voyageur grec est fort sommaire : (( Sur le fronton, est figurée la lutte des Lapithes avec les Centaures, aux noces de Pirithoos. Au milieu du fronton est Pirithoos ; auprès de lui, on voit Eurytion, qui a enlevé la femme de Pirithoos, et Cseneus portant secours à Pirithoos. De l'autre côté, Thésée combat avec une hache contre les Centaures. Des Centaures, l'un a enlevé une jeune fille, et l'autre un beau garçon' ». Les découvertes d'Olympie comblent heureusement les lacunes de cette description incomplète. Vingt figures, et les fragments d'une vingt-et-unième , restitués par M. Treu, et habilement remis en place au musée Syngros, nous apprennent que chaque aile contenait dix personnages , séparés par la figure centrale ^
L'ordre des figures est ici moins difficile à rétabhr que dans le fronton oriental. Si M. Gr. Treu a modifié , sur quelques points , l'arrangement adopté au musée d'Olympie d'après sa première restitution, le rythme de la composition reste le même (fig. 232). Vous retrouvez ici, comme dans le fronton oriental, une figure divisant la scène en deux parties symétriques : c'est celle d'Apollon, que Pausanias nomme à tort Pirithoos. De chaque côté, est engagée une mêlée furieuse, et les groupes de combattants se succèdent, répétés d'une aile à l'autre avec cette régularité qui est ime des lois du fronton grec. A droite et à gauche d'Apollon, trois personnages : un Centaure enlevant une femme qui se débat sous son étreinte, et un héros, ici Thésée, là Pirithoos, attaquant l'agres-