Partie centrale
( D'après LaloilX et y{0T\Ze3Xy'2\ . La B.eslcuu.rŒùiOTL d' OlL/7r2pi.ey)
LES SCULPTUKES D'OLYMPIE.
bien sous les yeux un type généralisé, traité suivant une tradition d'école.
L^attitude d'Apollon., empreinte d'une dignité sereine, fait ressortir la furie qui éclate dans les groupes voisins. Voici, du côté gauche, les trois figures où Pausanias reconnaît Déidamie, saisie par le Centaure Eurytion, et défendue par son époux Pirithoos. La jeune] femme se débat avec terreur, et repousse la tête du Centaure , dont elle a empoigné à pleines mains les cheveux et la barbe ; celuici se cabre en hurlant de douleur. Dans la figure très mutilée de Pirithoos, la tête seule mérite attention (fig. 233) ; le visage imberbe respire une grâce toute féminine, et Ton a pu tout d'abord, par une erreur fort excusable, rajuster sur un corps de femme cette tête juvénile dont la chevelure restée lisse adoucit encore l'expression ^ Le groupe symétrique, auquel manque la figure de Thésée, est traité avec la même vigueur. Il y a une énergie singulièrement expressive dans le geste brutal avec lequel le Centaure enlace de sa jambe repliée la jeune femme qui cherche à se dégager de son étreinte. Mais l'artiste a su déployer d'autres qualités. Autant il a mis de violence dans la figure bestiale du Centaure , autant il a su donner de grâce au mouvement d'eiîroi et de pudeur qui renverse le corps souple de la jeune Grecque. La tête surtout peut soutenir la comparaison avec les œuvres les plus accomplies de l'art hellénique.
Fig. 233. — Tête de Pirithoos, fronton occidental d'Olympie.
1. C'est ainsi qu'elle est encore placée sur la planche XXVI-XVIT des Aiisgrabungen aus Olympia.
SCULPTUHE GRECQUE. — T. I, -57
Ce visage à Tovale plein, aux yeux allongés sous leurs paupières un peu lourdes, à la bouche petite, est empreint d'une exquise douceur; on ne se lasse pas d'en admirer la beauté saine et forte, que fait valoir encore une grande simplicité d'exécution.
Des deux groupes suivants, qui se répondent dans chaque aile, un seul, celui de gauche, est assez bien conservé pour nous arrêter. Un Centaure aux traits crispés, à la large barbe étalée en éventail, mord cruellement au bras un jeune Lapithe. Il faut quelque attention pour reconnaître que ce dernier s'appuie sur un genou ; sa cuisse gauche est démesurée, et l'artiste a pris résolument son parti d'une incorrection choquante, en jetant là fort à propos un paquet de draperies. La tête du jeune Lapithe est d'un réalisme saisissant : la bouche contractée laisse échapper un cri de douleur ; le front bas se ride sous une chevelure crépue dont les boucles , travaillées à la virole, sont minutieusement détaillées (fig. 234).
A mesure que les rampants s'abaissent, les groupes s'étalent en largeur. A gauche c'est une femme agenouillée que le Centaure, les jambes fléchies, a saisie par les cheveux. Un Lapithe se dresse pour entourer de ses bras vigoureux la tête de l'agresseur, et son corps allongé semble s'étirer par la violence du mouvement. A droite, un Centaure, dont la croupe se replie comme une queue de Triton, s'efforce d'entraîner une jeune fille ; mais, par un geste assez étrange, un Lapithe passe son bras sous celui de son adversaire et d'un coup oblique, lui enfonce son épée dans la poitrine (fig. 235). Il y a peu de groupes où le travail soit plus hâtif et plus incorrect. C'est un bien médiocre praticien qui a sculpté ce corps de femme sans épaisseur, ces plis de la tunique sous lesquels on ne sent que le vide.
Si l'on était tenté de nier le sentiment réahste qui perce dans la composition, il suffirait de regarder l'avant-dernière figure, parmi celles qui occupent l'aile gauche du fronton (fig. 236). C'est une vieille femme dont la chevelure courte, le type vulgaire, le costume simple indiquent la condition servile. Se soulevant un peu sur les coudes, elle suit avec anxiété les péripéties du combat ; son visage creusé de rides a une expression saisissante de terreur et d'attention (fig. 238). Une figure analogue prenait place dans l'aile droite. Enfin voici les
FiG. 234. — Fronton occidental d'Olympie , aile gauche. Femme Lapithe et jeune garçon attaqués par les Centaures.
FiG. 235. — Fronton occidental d'Olympie , groupes symétriques de l'aile droite. D'après Laloux et Monceaux, La Restauration d'Olympie.
figures d'angles , répondant à FAlphée et au Cladéos du fronton oriental. Ce sont deux jeunes fi.lles étendues sur le sol dans une pose nonchalante, et regardant la scène avec plus de curiosité que d'effroi (fig. 236 et 237). Une draperie ramenée sur une épaule laisse leur buste à découvert, et couvre le bas de leur corps; celle de gauche, dont la tête est conservée, porte une coiffure d'un caractère assez étrange : une sorte de coiffe faite d'une pièce d'étoffe enroulée autour de la tête comme un turban. L'interprétation de ces figures reste douteuse. Si l'on admet que, dans le fronton oriental, les deux spectateurs couchés aux deux angles personnifient des fleuves et déterminent le lieu de la scène, on est conduit à reconnaître ici des divinités locales, des nymphes thessaliennes \ Mais nous sommes très frappés de la cohésion qui existe entre ces figures et les précédentes. Ces prétendues nymphes ne diffèrent des vieilles esclaves que par leur type juvénile et par la convention qxii fait au nu une plus large place; comme leurs compagnes plus âgées, elles restent en dehors de l'action. Nous y verrions volontiers de jeunes suivantes, spectatrices plus éloignées de la scène du combat, et par suite plus indifférentes.
En résumé, le fronton ouest offre des qualités de composition supérieures à celles du fronton oriental. La verve et la fougue y éclatent avec une liberté que ne comporte pas l'ordonnance plus froide des figures de l'est. A côté de cela, d'étranges incorrections, une exécution parfois hâtive et néghgée à l'excès, comme si le sculpteur, travaillant très vite, avait surtout visé à l'effet décoratif.
Les exégètes d'Olympie avaient nommé à Pausanias les deux artistes que la tradition courante désignait comme les auteurs des frontons. Pseonios, un maître originaire de la ville de Mendé, en Thrace, aurait sculpté le fronton oriental; l'autre était l'oeuvre d'un élève de Phidias, Alcamènes. On sait quelles controverses passionnées ont soulevées les deux lignes où le voyageur grec enregistre ces renseignements. La question des frontons d'Olympie a fait surgir toute une littérature érudite, où la critique a fait valoir les arguments les plus ingénieux pour soutenir ou pour combattre l'authenticité de l'attribution. Nous