T^XXqxi, Advers. GrœcoSjbl, p
5. Pausanias le décrit sans en nommer l'auteur, I, 24, 1. Mais c'est bien le même groupe que Pline mentionne parmi les œuvres de Myron : «fecit... et Satyrum admirantem tibias et Minervam. » Nat, Eist., 34, 57.
FiG. 240. — Le groupe d'Athéna
et de Marsyas.
(Monnaie d Athènes. )
pare des flûtes, y adapte la lanière de cuir appelée <popêsia, s'exerce à en jouer, et fier de ses talents, adresse à Apollon Tandacieux défi qu'il expie par un cruel supplice. Dans l'Athènes du cinquième siècle,
cette légende avait le don de passionner les esprits. C'était le moment où, par haine des Béotiens, les Athéniens délaissaient un instrument cher à leurs voisins détestés; où, dans un dithyrambe, le poète Mélanippidès attaquait avec violence la flûte béotienne, (( vil instrument, opprobre du corps ». Myron s'inspirait donc d'un sujet très populaire, et il adoptait, pour le traiter, la version mise à la mode par le patriotisme athénien.
On peut retrouver les lignes générales du groupe dans une série de monuments qui le reproduisent, plus ou moins interprété au gré de la fantaisie des artistes. Une monnaie de bronze d'Athènes (fig.
240), une œnochoé à figures rouges du musée de Berlin (fig.
241), nous le montrent sous le même aspect ; il est retourné au contraire dans un bas-relief qui décore un vase de marbre de l'ancienne collection Finlay , aujourd'hui conservé au Musée central d'Athènes (fig. 242) ^ La comparaison de ces documents
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Fig. 241.
- Athéna et Marsyas, peinture d'un vase attique à figures rouges. (Musée de Berlin.)
1. J'ai analysé ces documents dans une notice des Monuments de l'art antique, ^vibliés par 0. Eayet, t. I, pi. 33. Ils ont fait l'objet de monographies spéciales. 1° Monnaie d'Athènes ; Ludwig von Sybel, Athena und Marsyas j Bronzemiinze des Berliner Muséums f'M.^iThoViVgj 1^1^. 2° Œnochoé attique trouvée à Vari, musée de Berlin, Hirschfeld, AtJiena und Marsyas ^ Programm zum Wlnchelmannsfeste^ Berlin, 1872.
nous apprend quel moment précis avait choisi Myron pour mettre face à face ses deux personnages. Athéna vient de rejeter dédaigneusement les flûtes. Déjà prête à s'éloigner, elle retourne la tête, et son clair regard se fixe sur le Silène qui arrive en dansant. Marsyas se recule brusquement, partagé entre deux sentiments, le désir de saisir l'instrument qui le captive, et la stupeur dont il reste frappé à la vue du visage menaçant de la déesse.
De ces deux figures, une au moins, celle de Marsyas, nous est connue grâce à une excellente copie en marbre, découverte en 1823 sur l'Esquilin (fig. 243) ^ C'est la statue du musée du Latran qu'une restauration malheureuse a transformée en un Satyre dansant, et accompagnant son pas de danse du cliquetis de ses castagnettes. Supprimez les bras, qui
sont modernes ; donnez-leur le mouvement indiqué par les documents cités plus haut, le bras droit relevé, le gauche abaissé; vous aurez, croyons-nous, une idée exacte de l'attitude de Marsyas dans le groupe original. Au reste, l'erreur de la restauration s'exphque facilement. Bien qu'elle fasse partie d'un groupe, la statue peut s'en dé-
3° Yasede marbreFiiilay ; Heydemann^ Arch. ZeltunffjlBlS^ip. 96. Kekulé, Arcîi, Zeitung^ 1874, pi. 8. Cf. M. de Yerrall et JaneE. Harrison, Mytliology and Monuments ofancient Athens, Londres, 1890, p. 409. Le Marsyas du groupe est aussi reproduit, mais très librement, sur un bas-relief découvert à Mantinée par M. Fougères, et provenant delà base d'une œuvre de Praxitèle. Bull, decorresp. Uellén.j 1888, pi. I, p. 105 et suivantes.
1. Benndorf et Schoene, Die antihen BildwerJce des Lateranenslschen Musew.nsj 1867, n^ 225. Cf. Helbig, Fûhrer der œffentl. Sammlungen in Rom, n" 655. La meilleure reprcdiiction a été donnée dans Rayet, Monuments de l'art antique, I, pi. 33.
FiG. 242. — Athéna et Marsyas. Relief d'un vase en marbre de l'ancienne collection Finlay. (Athènes, Musée central.)
tacher sans peine; elle a en quelque sorte son existence propre, et Ton ne s'étonne pas que, dans l'antiquité même, elle ait servi de modèle pour des figures isolées. Nous retrouvons la même attitude, un peu modifiée, dans un beau bronze du British Muséum, trouvé à Patras en 1876 (fig. 244) \ C'est une œuvre du troisième siècle, traitée dans le goût de l'époque, mais où l'on reconnaît à première vue une adaptation ingénieuse du motif créé par Myron.
A l'analyse, la statue du Latran nous révèle une recherche d'expression toute nouvelle dans l'art grec, et parfaitement originale. A coup sûr, les contemporains de Myron savent déjà rendre avec une singulière puissance l'énergie de l'action physique ; le fronton ouest d'Olympie en témoigne. Myron va plus loin ; il traduit des sentiments par l'attitude, par les gestes. Son Marsyas est surpris dans une sorte de conflit d'émotions contraires; on le sent à la mimique du corps, au recul du buste, au mouvement de marche en avant brusquement suspendu et même à l'expression du visage. Nous connaissons en effet, pour la tête, une copie plus voisine de l'original que la statue du Latran, à savoir une tête en marbre conservée à Rome dans la collection Barracco-. Tandis que, dans la première, le visage ressemble à un masque fixe et immobile, ici la stupeur et la convoitise se peignent sur cette face vulgaire ; et la bouche entr'ouverte, les sourcils redressés, le front creusé de plis disent assez l'étonnement du Satyre à la vue de la déesse irritée.
Pour le style, la copie du Latran semble assez fidèle. Elle nous fait entrevoir les principaux caractères de l'œuvre originale : un modelé précis, savant et rigoureux. La charpente osseuse énergiquement accusée sous la peau, les côtes et les clavicules saillantes, nous font juger que le bronze était d'une exécution serrée et très poussée, et d'une anatomie irréprochable. La tête peut encore paraître archaïque, surtout si on la compare à celle du bronze de Patras, où les mèches drues et rebelles de la chevelure, les ondulations de la barbe largement étalée sont traitées avec une virtuosité recherchée. Ici, la cheve-
1. A. S. Miirray, Gazette archéologique, 2879,' p. 2il. Rayet, ouvr. cité, 1. 1, pi. 84.
2. J'ai publié cette tête dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'Ecole française de Eome, t. X, 1890, pi. IL
Fia. 243. — Marsyas. Statue en marbre. (Rome, Musée du Latraa,)
lure courte, avec ses boucles sommairement indiquées, la barbe formant une masse creusée de sillons presque réguliers, dénotent un travail plus simple. A certains égards, c'est encore la métbode qu'on peut observer dans les têtes des Centaures du fronton occidental, à Olympie. Il est visible que l'effort de l'artiste s'est concentré surtout sur le rendu des membres et du torse.
Un artiste aussi curieux d'étudier le corps humain dans la variété de ses mouvements devait trouver dans les statues d'athlètes mainte occasion de donner carrière à son génie audacieux. Représenter, dans son attitude la plus caractéristique, un coureur, un pugiliste; substituer aux types conventionnels d'autrefois des types réels, vivants, pris sur nature, c'était là pour la sculpture une voie toute nouvelle ; s'il n'est pas certain que Myron l'inaugure, au moins s'y engage-t-il résolument. Les textes nous font connaître avec quelques détails une des plus célèbres parmi ses statues d'athlètes, celle du coureur Ladas. D'origine laconienne ou argienne, Ladas avait remporté à Olympie le prix de la course longue (dolichos) ; épuisé de fatigue, il était mort après sa victoire, et ses compatriotes lui avaient élevé .^un tombeau sur une route, près de l'Eurotas ^ Deux épigrammes de V Antliologie nous décrivent la statue en quelques traits nets et précis ^ Le coureur est ce dressé sur les ongles du pied... Le souffle qui s'exhale de ses flancs creux passe sur ses lèvres tendues en avant... Le bronze va s'élancer vers la couronne du vainqueur ; il ne restera pas sur sa base ». Faites la part des exagérations poétiques ; ces vers nous donnent l'idée d'un coureur saisi au vol, pour ainsi dire, exactement dans la pose qu'un de nos sculpteurs contemporains a prêtée à son Vainqueur aux combats de coqs. D'autres statues, connues seulement par de brèves mentions, viennent encore attester la prédilection du maître d'Eleuthères pour la statuaire athlétique : des pancratiastes à Delphes, la statue de Timanthe de Cléones à Olympie, deux bronzes de l' Altis, rappelant la victoire du Spartiate
1. PausaniaSj III, 21,1, Pline ne parle pas de la statue, à moins qu'on n'admette une correction de M. Benndorf, qui dans le passage de Pline relatif à Myron {Nat. ffist., 34, 57) propose de lire « fecit et Ladam et discobolum )) , au lieu de ce fecit et canem. )) (Benndorf, Epigrammata grœca quœ ad artem spectaiitj p. 15, note 1.)