‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 235 sur 293 · Anthologia grœca, lY, 186 j · texte numérisé non relu

Anthologia grœca, lY, 186 j

Lykinos, remportée avec deux poulaiDS à la course des chevaux. On voyait encore à Olympie une autre statue du maître, placée près d'une stèle où était gravée la liste des victoires de Khionis, un athlète laco-

nien du septième siècle ; c'est ce Khionis qu'on reconnaissait dans le bronze de Myron^

A cette série de statues d'ai thlètes, il faut joindre la plus célèbre, celle qui porte chez les écrivains latins la désignation anonyme de Discobole. Etait-ce quelque statue de vainqueur enlevée à Olympie par un général romain, et envoyée à Rome sans sa base, sans l'inscription qui rappelait le nom de l'athlète? L'hypothèse paraîtra fort plausible, si l'on songe que deux des statues les plus fameuses de Polyclète, le Doryphore et le Diadumène, sont également désignées par des surnoms ^ Lucien nous a laissé du Discobole une courte et vive description, dans le

FiG. 244. — Marsyas. Bronze trouvé à Patras. , . -, ^ nr , «î m i

(British [Muséum.) dialogue du Menteur'. « Tu parles

1. Voir pour les textes, Overbeck, S chr if tquell en, ii'"' 546, 549. La statue de Philippe l'Azane, dont rinscription a été retrouvée à Olympie dans les fouilles allemandes, est sans doute l'œuvre d'un autre Myron, appartenant au quatrième siècle. Curtius, Arch. Zeitimg, 1878, p. 84. Loewy, Inschr. griech Bildhaiier, n^ 126, p. 99.

2. Cf. Furtwaengler, Der Dornauszieher, p. 81. T). Lucien, .Le Menteur^ 18.

Sc^jlptnre Grecque T,i,

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du Discobole qui se penche pour lancer le disque, tournant le visage vers la main qui le tient, et fléchissant légèrement une jambe, comme pour se redresser, une fois le disque lancé. » Ces termes sont assez précis pour qu on reconnaisse sans hésiter la statue de Myron dans l'original célèbre dont plusieurs copies sont parvenues jusqu'à nous. Le musée du Vatican, le British Muséum, la collection Lansdowne à Londres, possèdent des répliques du Discobole ^ ; mais ces copies ont subi des restaurations qui faussent le mouvement de l'original. Nous le retrouvons au contraire, conforme de tous points à la description de Lucien, dans la belle statue de marbre découverte en 1781 sur l'Esquilin, et qui, sans quitter Rome, a passé du Palais Massimi aile Colonne au Palais Lancelotti (pi. XI) \

Le Discobole est un jeune et vigoureux athlète se préparant à lancer le disque de bronze, exercice qui constituait, aux concours d'Olympie, une des cinq épreuves du pentathle. Il a déjà exécuté les mouvements préparatoires qu'on voit représentés sur les peintures de vases ^; après avoir saisi le disque par la tranche, après l'avoir soupesé et équilibré, il a pris son élan, et il va d'une seule main lancer le lourd palet de bronze. Ce geste violent imprime au corps un mouvement comphqué. Le buste s'est porté en avant pour faire contrepoids au disque; la jambe gauche, brusquement ramenée en arrière,

1. Voici la liste de ces répliques : Discobole du Vatican trouvé en 1791, dans la villa d'Hadrien, par le comte Fede, restauré par Albacini. Sur le tronc d'arbre de soutien est gravée une inscription moderne : M'Jpwv £7roi£i. (Loewy, Inschr. ffriech. Blldh.^ n^ 498.) La statue est publiée dans Bouillon, Musée des Antiques^ II, 18. Cf. Friederichs-Wolters, Gipsahgûsse^ n» 451. Helbîg, Die oeffentl. Sammlimgen in Rom, I, n^ 332. — Discobole du British Muséum, provenant de la collection Townley : Ancient marbles, XI, pi. 44. Friederichs-Wolters, n^ 452. — Discobole de la collection Lansdowne à Londres : Michaelis, Ancient marhles in Great JBritaînj]^. 4:67,n" 89. Cf. A catalogue of the ancient marhles at Lansdoione Eouse witli an appendix, by A. H. Smith, Londres, 1889, n^ 89. — L'Antiquarium de Munich possède une statuette de bronze qui est une réduction du même sujet : Friederichs-Wolters, Gipsahgussej n» 453. Un torse du miisée du Capitole, restauré par le sculpteur français Etienne Monnot, provient également d'une copie en marbre du Discobole. Helbig, Die oeffent. Samjnïungenj I, n*" 443. Sur les répliques de la statue de Myron, voir Welcker, Alte Denhnaeler, I, p. 417-429.

2. Matz et von Duhn, Antihe Bildicerlce in Rom, n» 1098. Les restaurations modernes, faites par le sculpteur Angellini, se bornent à peu de chose ; la plus importante, parmi les parties restaurées, est la jambe gauche, du genou à la cheville. D n'existe malheureusement pas de moulages de cette statue et les reproductions données par la gravure sont trop souvent inexactes. Les meilleures se trouvent dans Baumeister, Denhmaeler des Massischen AJtert., p. 1003, fig. 1211 et dans l'ouvrage de M. P. Paris, La sculjHure antique, Bibliothèque de l'enseignement des Beaux-Arts, p. 187, fig. 86.

3. P. Girard, L'éducation athénienne, p. 202 : cf. p. 195, fig. 19.

n'est plus en action, et a pris son point d'appui un peu au hasard; le pied pose légèrement sur les doigts repliés. A vrai dire, tout le poids du corps retombe sur la jambe droite, et le bras inoccupé, appuyé sur le genou, contribue à assurer Féquilibre. Au premier abord la pose paraît bizarre et tourmentée; elle semble justifier les épithètes de (( contourné », de (( laborieux », appliquées par un critique romain au Discobole ^ Et pourtant, calculez le poids du disque de bronze, faites-le intervenir, comme un élément essentiel, dans la pondération de la statue : vous trouverez que l'attitude est d'une très grande justesse et que l'artiste a résolu, avec une sûreté étonnante, un des problèmes^ de statique les plus ardus. Ajoutez que la copie de marbre nous donne une idée incomplète de la difficulté vaincue. Ce tronc de palmier, imaginé par le copiste, dénature et alourdit la silhouette. Il faut se représenter le bronze original dégagé de ce soutien artificiel, et donnant, par la complication savante de ses hgnes, l'impression d'une parfaite stabilité. Là n'était pas le seul mérite de l'œuvre. Le mouvement du Discobole est aussi violent que peu durable ; dans un instant, le disque lancé, le corps va suivre instinctivement l'impulsion ; le buste va se redresser; le pied gauche va se reporter en avant. Pour fixer le corps humain dans une attitude aussi fugitive, il faut une science consommée et sûre d'elle-même; c'est un véritable coup d'audace. Si la statue de marbre est impuissante à nous révéler l'accent personnel, la touche particulière du maître, au moins ^emble-t-elle l'œuvre d'un copiste habile et consciencieux. Le mouvement de la tête, dénaturé par les restaurations dans les autres statues, est ici très exact, et, comme dans la description de Lucien, les yeux suivent la direction du bras qui tient le disque. La tête elle-même a un caractère typique très accusé; physionomie volontaire, arcade sourcilière saillante, front bas et traversé par un ph, chevelure courte, massée, dessinant la forme du crâne haut et bombé. Le modelé du corps est accusé et ressenti, sans virtuosité. Les veines des bras et des mains sont soulignées avec un accent nerveux. On devine sans trop de peine la facture précise et sévère du bronze original.

1. Quintilien, Inst. orat., II, 19, 8. ocQuid tam distortumet elaboratum, quamest ille discobolos Myro-

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Avec cette surprenante justesse d'observation et cette merveilleuse dextérité de main, on comprend que Myron ait excellé dans les figures d'animaux, et que l'antiquité ait salué en lui un c( animalier » de premier rang. On lui attribuait les quatre taureaux de bronze qui se dressaient autour d'un autel, sous le portique du temple d'Apollon Palatine Mais surtout les critiques anciens n'avaient pas assez d'éloges pour sa fameuse vache de bronze. Athènes avait d'abord possédé ce chef-d'oeuvre de Myron, consacré dans le voisinage de l'Acropole, peut-être à l'occasion des grandes Panathénées ; il était encore en place au temps de Cicéron. Apporté à Rome, il fit l'ornement du Forum de la Paix, construit par Vespasien après la prise de Jérusalem, et c'est là que le trouva l'invasion des Goths'. 1j' Anthologie contient une longue série d'épigrammes ou les poètes rivalisent d'invention pour louer l'oeuvre de Myron ^ L'intensité de vie qui éclate dans cette vache de bronze, tel est le thème auquel chaque épigramme apporte une ingénieuse variante. C'est une vache véritable , bronzée par la vieillesse ; Myron l'a moulée sur le vif Les bergers s'y trompent, et la prennent pour une de leurs bêtes : ce Berger, fais paître ton troupeau plus loin, de peur que, croyant voir respirer la vache de Myron, tu ne la veuilles emmener avec tes bœufs. » Les animaux eux-mêmes s'y méprennent : les veaux viennent la téter, les taons la piquent, les lions veulent la dévorer. Elle est vivante (e[X7wvooç) ; elle va mugir ([j.ux7f(7£Tat). Par malheur, on ne peut dégager de ces fantaisies littéraires aucun trait descriptif bien précis, et c'est avec beaucoup de réserves qu'il faut rapprocher de l'oeuvre de Myron une vache en bronze trouvée à Herculanum, et conservée au Cabinet des médailles (fig, 245) \ Malgré ses dimensions modestes, c'est une œuvre de grand style, traitée avec un rare accent de vérité. L'artiste a rendu très heureusement la mollesse indolente de la démarche, l'amaigrissement des flancs, signe d'une maternité récente, et l'anxiété tout animale que trahit la tête allongée et mugissante. Nous reconnaissons volontiers ici une copie réduite d'un

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