Monumenti inediti, t. X (1878), pi. L, n
2. La statue de Naples est gravée dans le Museo Borbonico, t. VII, pi. 42, Cf. Monumentl înediti, t. X , pi. Lj n°* 1 a, I 5. La X meilleure reproduction a été donnée par 0. Kayet, Monuments de l'art antique^ I, pi. 29, avec une notice de M. Eugène Guillaume. Les autres répliques sont énumérées par M. Michaelis. Tre statue Policletee (^Annali delVInst. , 1878, p. 1-30). Voici les principales :
a, Vatican, Braccio Nuovo, gravée dans Pistolesi. VaticanOj IV, 30, 2j Clarac, V, pi. 802, m 2195^ Cf. Helbig, Bîe œfentlichen Sammlungen in Rom, I, p. 36, n*" 36. La statue a été restaurée mal à propos en Discobole.
h, Florence, Musée des Uffizi, Clarac, V, 857, 2173, Mon. inediti, X, pi. L, no2. Diitschcke, Antihe BildîoerTce in Oberitalien, III, m 81, Statue dont les deux mains et le pied gauche sont modernes.
c. Florence, Musée des UJizî, Clarac, V, 854 D, 2189 C. Dutschcke^ III, n'' 68. Les deux bras sont modernes.
d. Cassel, Filhol, Gai. du Musée Napoléon j VIII, pi. 566.
e. Torse de Tancienne collection Pourtalès, musée de Berlin,Wolters, Gipsabgûsse, n*^ 507.
en bronze, on peut Taffirmer; mais quelle signification précise lui avait donnée l'artiste? Était-ce l'image d'un éphèbe vainqueur à l'un des exercices du pentathle, et portant sur l'épaule le javelot léger employé dans les jeux^ ? Le surnom de Doryphore, qui date sans doute de l'époque romaine, semble démentir cette hypothèse; on désignait ainsi les soldats de la garde des princes grecs, et cette appellation toute militaire suffit à nous apprendre que le Doryphore portait une lance et non un javelot. Etait-ce la statue funéraire d'un jeune Argien tué à l'ennemi? ou encore, toujours avec un sens funéraire, un ex-voto à quelque héros ayant un culte à Argos? A l'appui de cette opinion, on a pu invoquer le témoignage d'un bas-rehef trouvé à Argos, et conservé aujourd'hui dans le petit musée local de cette ville (fig. 250) ^ De travail assez négligé, mais datant néanmoins d'une bonne époque, ce bas-relief représente un jeune homme armé d'une lance' et debout auprès de son cheval, absolument dans l'attitude du Doryphore ; c'est suivant toute vraisemblance un ex-voto à un mort héroïsé. Mais si le sculpteur a visiblement copié la statue du grand maître argien, il serait bien hardi d'en conclure que le modèle avait, lui aussi, un caractère funéraire. Nous songeons plutôt à une statue décorative, et la réplique de Naples ayant été découverte dans une palestre, nous admettons volontiers que le Doryphore ornait un des gymnases d' Argos. Aux yeux des artistes de l'antiquité, le Porte-lance était la manifestation la plus complète de l'art de Polyclète ; on l'appelait le Canon (x.avcL)v) ^, en d'autres termes, la règle, la formule des principes d'art établis par le maître. Pour faire comprendre toute la valeur du mot, nous emprunterons à l'un des maîtres de notre sculpture française la définition du canon grec, ce C'est un système de mesure qui doit être tel que l'on puisse conclure des dimensions de l'une des parties à celles du tout, et des dimensions du tout à celles de la moindre des parties ))\ Nous
1. Cf. Emil Keisch, GriechîscJie TVeUigeschenJcej p. 42, Abhandl. des arcli. epigr. Seminares der Universitdt Wien, VIII, 1890.
2. Furtwaengler, Mittlieil. Athen, III, 1878, pi. 13 et p. 287. "VYolters, Gipsahgûsse.n^ 504.
3. ce Idem et Doryphornm viriliter puerum' fecit, quem canona artifices vocant, liniamenta artisex eo petentes veluti a lege quadam, solusque hominum artem ipsam fecisse artis opère judicatur. » Plin Nat. JSist., 34, 55.
4. E. Guillaume, article Canon, Dictionnaire de V Académie des Beaux-Arts.
POLYCLETE.
touclionslà à une question capitale, car l'idée de formuler de tels principes est caractéristique à la fois de l'époque et du maître (jui la réalise avec tant d'autorité. Certes, il serait bien inexact de prétendre que Polyclète ait le premier conçu un système de proportions. Les primitifs
FiC4. 250. — Copie du Doryphore sur un bas-relief d'Argos. (Musée de la Démarchie à Argos.)
grecs en avaient déjà une idée, si rudimentaire qu'on la suppose ; ils maniaient la règle et le compas. On trouve la trace d'un canon dans les oeuvres de l'école de Chios ; l'école attique a le sien avant Phidias^, et il est très légitime d'admettre que le canon de Polyclète est comme la
1. Voir Winter, Jahrhuch des arch. Insf., Il, p. 222, et suivantes.
résultante du système appliqué de longue date dans les ateliers d'Argos. La gloire du grand sculpteur est d'en avoir donné la formule précise, mathématique pour ainsi dire, d'en avoir exposé les lois dans un traité ; et si nous voulons nous faire une idée juste de la haute portée de ses spéculations, nous nous rappellerons avec quelle rigueur, avec quelle précision les maîtres de la Renaissance, Alberti, Léonard de Vinci, s'attachent à résoudre ces délicats problèmes d'esthétique, en cherchant à leur tour les règles de la beauté absolue pour les proportions du corps humain ^ .
Tel que le conçoit Polyclète, le canon est déterminé par un module servant de commune mesure ; ce module est comme le nombre premier sur lequel est étabhe l'échelle des proportions ; c'est une méthode mathématique apphquée aux questions d'art. On s'étonnera moins de voir un sculpteur grec du cinquième siècle entrer dans cet ordre d'idées, si l'on songe au succès qui avait accueilli dans les villes doriennes les théories scientifiques de Pythagore. Un artiste à l'esprit réfléchi ne pouvait manquer d'être vivement frappé de l'esthétique pythagoricienne, fondée sur les propriétés des nombres, et l'un des aphorismes que l'antiquité prêtait à Polyclète nous montre en lui un adepte de ces théories. (( Le bien, disait-il, tient à des nuances infiniment petites, et résulte de l'accord de beaucoup de nombres )) ^. Le nombre est en effet un principe générateur ; il produit, en se multiphant par lui-même, des combinaisons très sûres, très harmoniques; en architecture, le nombre c'est le module et l'on sait avec quelle précision le module donne les proportions de la colonne. Pour Polyclète, le corps est une architecture vivante ; il doit, lui aussi, avoir un module, qui détermine pour chaque partie du corps les proportions les plus belles. Mais où le chercher? Un passage de Galien, commenté avec une science ingénieuse par M. E. Guillaume^, nous donne la solution du problème, ce Chrysippe pense que la beauté réside non dans la convenance des éléments, mais dans l'harmonie des membres, à savoir dans le rapport du doigt avec le
1. Voir E. Miintz, Histoire de l'art pendant la Renaissance, II, p. 188.