Xénoplion, Mémoires sur Socrate^I
2. (( Hic consummasse hanc scientiam (aeris f undendi) judicatnr, » Pline, Kat. Ilîst., 34, 56.
3. Pline, Nat. Hist.j 34, 55; Quintilien, Inst. Oraf.j XII, 10^ 7. Denys d'Halicarnasse, De Isocrate,
4. ce XaXcTTWTaTov elvca t6 Ipyov, ÔTav év ovu/^ o 7nQ),c); Y£V/iTat. )) Plutarque, Quaest. conviv., II, 3, 2. Cf. De Profectib. in virtutej 17.
POLYCLETE. 515
manifestation lapins complète de son art n'est pas un type divin, comparable au Zeus de Phidias : c'est un type purement humain, porté à son plus haut degré de perfection; c'est le Doryphore. On s'exphque ainsi le jugement de Quintilien, affirmant que si Polyclète a revêtu la forme humaine d'une beauté supérieure à la vérité, il n'a pas avec le même bonheur traduit la majesté divine. Ce qui le préoccupe avant tout, c'est moins le sentiment et la pensée que la beauté et l'exactitude de la forme. En ce sens, il représente bienpour nous l'art grec classique, dans cette perfection un peu froide où les modernes ont longtemps et bien à tort reconnu Tunique idéal de l'antiquité. Ses statues aux gestes sobres et mesurés, sont de celles qui répondent le mieux aux idées communément acceptées sur l'esthétique des Grecs. Rappelez-vous toutefois les oeuvres de Myron, conçues dans un esprit tout différent : vous vous convaincrez facilement que Polyclète personnifie seulement une école; il n'est pas, comme Phidias, un de ces génies qui résument en eux toutes les aptitudes et tous les aspects de l'art.
Remarquons-le, en effet; à côté de l'éloge, les écrivains anciens font la part de la critique. Sans diminuer en rien les mérites de Polyclète, ils lui refusent une qualité qu'ils reconnaissent à Phidias, le pondus \ c'est-à-dire l'ampleur, la force, et cette puissance créatrice qui inspire au grand sculpteur d'Athènes la conception de ses types divins. Nous avons déjà cité le mot de Varron, remarquant que ses statues, aux proportions carrées, étaient presque toutes faites sur le même modèle. On observait encore qu'il s'était enfermé dans certaines limites pour le choix de ses sujets; qu'il avait traité avec une prédilection exclusive des types juvéniles, et que son ébauchoir n'avait guère modelé que (( des joues imberbes )) ^.
En résumée, voici, d'après les textes et des copies d'originaux perdus, quelle idée nous croyons pouvoir nous faire de Polyclète l'ancien. Un maître de premier rang, personnifiant avec éclat une des plus grandes écoles grecques ; un statuaire consommé dans la technique de son art, et dont les œuvres restent des modèles pour toutes les générations sui-
1. Quintilien, Inst. Orat., XII, 10, 7. C( Tamen, ne nihil detrahatur déesse pondus putant. ))
2. Quintilien, Inst. Orat., XII, 10, 7. C( Quin aetatem quoque graviorem dicitur refugisse, nihil ausus ultra levés gênas ».
vantes ; un artiste épris de la forme vivante dans ce qu'elle a de plus pur et de plus achevé, et atteignant les limites de ce qu'il est permis à Fart de réaliser, quand il s'attache à donner comme la formule de la beauté humaine; un génie plus tempéré qu'audacieux, respectueux de la tradition, plus sensible aux harmonies paisibles et aux belles cadences de la forme qu'à l'expression des sentiments, ou à l'énergie d'une action violente; enfin, et c'est là le trait dominant, un esprit réfléchi, tourné vers les spéculations théoriques, et tout pénétré de ces idées de règle et de mesure qui répondent aux préoccupations les plus chères de l'esprit hellénique.
Fia. 265. — La Héra d'Argos.
Monnaie d'Argos, frappée sous Antonin le Pieux.