Overbeck, Griech. Kunstinythologie^ I, p. 63, fig
et qu'elle en différait seulement par le mouvement du bras gauche, reporté en arrière, dans une attitude théâtrale conforme au goût du temps. Nous avons quelque peine à sortir de nos habitudes, et à nous représenter cette statuaire chryséléphantine qui n'est, à vrai dire, qu'une forme de la statuaire polychrome. Mais ce serait une grave erreur que de la juger à un point de vue purement théorique, avec nos partis pris et nos préventions, sans tenir compte des procédés d'exécution dont nous ne pouvons guère que soupçonner toutes les ressources. Sans aucun doute , Phidias avait mis en œuvre tous les secrets de son art pour amortir le contraste entre l'ivoire et l'or, pour couvrir
d'une;chaude patine les parties nues , varier les tons de l'or, et y faire habilement jouer les colorations de l'émail. La décoration du trône contribuait d'ailleurs, par la variété des matériaux qui y concouraient, à atiérmer Féclat trop uniforme du métal. Le trône était un travail de toreutîque et de marqueterie fort riche, où entraient l'or, l'ébène, l'ivoire et les pierres précieuses ; il était décoré de reliefs, d'incrustations, de figures en ronde-bosse et de peintures. A coup sûr nous ne saurions nous faire une idée exacte de cette ornementation, ou des couleurs variées savam-
FiG. 269. — Zeus Olympien, peinture murale découverte à Eleusis.
ment nuancées, ressortaient sur le ton sombre de Tébène. Nous sommes donc réduits à la description de Pausanias, qui indique les sujets figurés sur les différentes parties du siège \ Les bras étaient supportés par des figures de Sphinx, enlevant des enfants tbébains; au dessous on voyait d'un côté Apollon, de l'autre Artémis tuant les enfants de Niobé. Sur les pieds, quatre Victoires dansant , et en avant, deux autres Victoires. Pour mieux assujettir les pieds du trône, l'artiste les avait reliés entre eux par quatre bandes transversales ornées de reliefs. Sur celle de devant, étaient représentées les luttes des anciens concours olympiques; sur les trois autres, se déroulait le combat d'Héraclès et de ses compagnons contre les Amazones. Au-dessus du dossier se dressaient les Heures et les Kharites, que la légende donnait comme filles au maître de l'Olympe.
Des précautions particulières avaient été prises pour assurer la solidité de la statue que les pieds du trône ne suffisaient pas à soutenir. Aussi quatre colonnes étaient-elles placées sous le siège, pour étayer la masse énorme de la statue. Ces supports étaient d'ailleurs cachés par des barrières pleines qui entouraient le trône de trois côtés, comme une sorte de mur. Peintes simplement en bleu à l'intérieur, elles offraient à l'extérieur des peintures symétriquement disposées, œuvre du frère de Phidias, Panainos. En commençant par la partie à droite du spectateur, les sujets se succédaient dans l'ordre suivant. D'abord Atlas supportant le ciel, et auprès de lui Héraclès; plus loin Thésée et Pirithoos ; deux figures féminines personnifiant la Hellade et Salamine, cette dernière tenant à la main un ornement en forme de proue de vaisseau. Sur le côté du fond, Héraclès et le lion de Némée, Ajax et Cassandre, Hippodamie et sa mère Stéropé. Enfin, sur la dernière face, Héraclès et Prométhée, Achille soutenant l'Amazone Penthésilée blessée à mort, et deux Hespérides tenant les pommes d'or. La division des sujets par groupes indépendants montre que Panainos avait adopté la méthode employée pour les métopes sculptées ^
1. Pausanias, V, 11, 2, 5. Pour l'étude détaillée des sujets, voir Petersen, DieKunsf des Pkeidias, p. 854 et suivantes.
2. La répartition des sujets est très controversée. M. Murray place les peintures sur la face intérieure des barrières, Greek sculpture, II, 2® éd., p. 126.
Pausanias complète sa description par la mention du tabouret placé sous les pieds de Zeus, et orné de lions d'or et de reliefs montrant le combat de Thésée contre les Amazones. Tout Tensemble, statue et trône, reposait sur une large base décorée de reliefs représentant le char d'Hélios, Zeus et Héra, Héphaistos et une Kharite, Hestia, Eros recevant Aphrodite sortant de la mer, tel que le montre une plaque d'argent doré conservée au Louvre, et dont le sujet offre avec la conception de Phidias de frappantes analogies \ Plus loin venaient Apollon et Artémis, Athéna et Héraclès, Amphitrite et Poséidon, et enfin Séléné poussant ses chevaux. Sur la base du Zeus Olympien, on lisait une inscription, qui, sans doute sous la forme d'un vers, rappelait le nom du sculpteur : c( Phidias, fils de Kharmidès, Athénien, m'a fait ^. x>
Jusqu'ici nous avons considéré l'ensemble de la statue. Mais comment Phidias avait-il traduit, par le type du visage, la toute-puissante souveraineté du maître de l'Olympe? On connaît l'anecdote suivant laquelle Panainos demandant à son frère de quel modèle il s'inspirerait, Phidias aurait répondu en citant trois vers de V Iliade : (( A ces mots, le fils de Kronos abaissa ses noirs sourcils ; sa chevelure divine s'agita sur sa tête immortelle, et le vaste Olympe trembla. » C'était dans l'antiquité une tradition courante, devenue banale 3 , et dont l'autorité est fort suspecte. Cependant, tout nous porte à croire que le Zeus de Phidias n'avait rien du caractère redoutable qui apparaît dans les vers homériques. Les témoignages anciens s'accordent au contraire à vanter la douceur infinie dont ses traits étaient empreints. C'était un « dieu pacifique et bienveillant »; on y reconnaissait (( celui qui dispensera vie et les autres biens ; le père, le sauveur et le protecteur de tous les mortels. » L'homme le plus malheureux, disait encore Dion Chrysostome, oubhait tous ses maux à la vue de la statue, tant l'artiste y avait mis ((.de lumière et de grâce ^ ». C'est donc dans les images de Zeus où le caractère de douceur est le plus accusé qu'on est fondé à
1. De Witte, Gazette arch. 1879, pi. 19, fîg. 2. . 2. PansaniaSj V, 10, 2. Il est probable que le texte était le suivant : ^etSiaç XappiiSo 'AÔYivaïdç
3. Voir Strabon VIII, p. 353. Macrobe Saturn.j V, 13, p. 23. La même anecdote est rapportée au sujet du peintre Eupbranor, Eustathe, Ad Iliadenij p. 145, 11.
4. Dion Chrysostome, Oraf. (jpassîm), Cf. Overbeck, SckriftqueUen, n°* 705-713.
rechercher le type traité par Phidias. Malheureusement, aucun des marbres conservés dans nos musées ne semble nous en offrir une copie fidèle. Le buste souvent cité du Jupiter d'Otricoli ^ dénote le style de Técole de Lysippe; la belle tête du Jupiter Blacas, au British Muséum, est une œuvre du quatrième siècle, qui accuse l'influence de la nouvelle école attique^ Nous ne connaissons pas de documents plus précis qu'une monnaie de bronze d'Élis, du Cabinet des médailles de Paris, reproduisant suivant toute vraisemblance la tête duZeus de Phidias (fig. 270) ^ Le visage a une grande expression de sérénité et de bienveillance ; le front est droit, l'œil peu enfoncé, et les cheveux, serrés par la couronne d'olivier, retombent en boucles sur les épautes. Le même caractère de douceur se retrouve dans la belle tête de Zeus des monnaies de Philippe de Macédoine, où l'on a pu reconnaître une imitation libre de l'œuvre de Phidias \
On racontait à Olympieque, la statue terminée, Fig. 270. — Tête }^ sculptcur avait prié Zeus de montrer par un signe
de Zeus Olympien. ^ . .«. ,
(Monnaie d'Élis.) S il cu ctait satisiait ct qu uu coup de foudre avait
aussitôt frappé le sol du temple à l'endroit même où l'on montrait par la suite une hydrie de bronze. Quel dévot visiteur aurait hésité à reconnaître dans la statue l'image parfaite du maître des dieux? Tous les témoignages anciens sont d'accord sur l'admiration qu'elle provoquait. Dion Chrysostome déclare que c'est « une œuvre auguste et parfaitement belle » , qu'elle c( cause au regard un ineffable ravissement. » c( Allez à Olympie, disait le philosophe Epictète, afin de voir le travail de Phidias, et que chacun de vous considère comme un malheur de mourir dans l'ignorance de ces merveil-
1. De Witte, Annali delV Inst., 1868, p. 208. Cf. Petersen, DieKunst des PheidlaSj p. 390.
2. Rayet, Monuments de l'Art antique, t. II, pi. 42. Stephani a aussi proposé sans raisons suffisantes, de reconnaître une réplique du Zeus de Phidias dans une tête en marbre du musée de l'Ermitage. {Compte rendu de la commission arch, de St-Pétershourg pour 1875, 1878, pi. VI, VII, p. 160-198, M. S. Eeinach croit en retrouver une autre réplique dans une tête de terre cuite de Smjrne {Mélanges Graux^ p. 149).
3. Overbeck, GriecJdscke KuQistmythologie,I,Mûnztqfeljn^B4:.Cî, Percy Gardner, Numismatic Chronicle, N. S. XIX, pi. XVI, et Types of greeh coins, pi. XY, fig. 18 ; Journal of Hellenic Studies, 1886, pi. LXYI, no XXII.