Cf. Milchhoefer^ ^w/aw<7e derKunst^ p
L'INDUSTEIE GEECQUE ET L'ORIENT.
des poignards de Mycènes, à ces procédés d'incrustation dont nous avons reconnu l'origine égypto-pliénicienne. > Si nous ne pouvons désigner avec certitude, pour l'époque homérique, des objets analogues,
Fia. 38. — Bouclier votif en bronze, de travail phénicien, trouvé dans l'antre de l'Ida (Crète).
appartenant aux fabriques de la Phénicie, il n'est pas invraisemblable d'admettre que cette technique y était restée en vigueur.
En résumé, l'oeuvre qui représente, dans l'épopée, l'art le plus achevé, celle que le poète décrit avec complaisance comme une prodigieuse merveille, cette œuvre est une fiction ; les modèles orientaux seuls ont pu l'inspirer. Sans doute elle leur est supérieure à bien des égards, par le sentiment profond de la vie, par le rythme qui règle
si ingénieusement la composition. Mais pour que ces qualités puissent trouver leur emploi dans des œuvres réelles, il faut que l'industrie grecque s'initie péniblement à la pratique des procédés, à la connaissance de l'outillage nécessaire, en un mot, au métier; il faut qu'elle copie les produits étrangers, qu'elle enrichisse par des emprunts son style décoratif, encore bien pauvre et bien élémentaire. L'examen des monuments conservés va nous montrer comment s'accomplit cette évolution.
§ 2. — LE STYLE aÉOKÉTRIQUE.
A mesure que disparaissent, dans la Grèce propre et dans les îles, les vestiges de la civilisation mycénienne, on voit prévaloir un système d'ornementation qu'on désigne communément sous le nom de style géométrique. Ce terme exige une explication. Nous nous en sommes déjà servi en analysant les éléments de la décoration mycénienne ; et, de fait, le style géométrique prend place sur les bijoux d'or et sur les vases peints de Mycènes, à côté du décor floral, végétal, et marin. Mais il s'agit, cette fois, d'un stjde géométrique pur, qui emprunte ses motifs aux lignes droites ou courbes, et exclut ces rinceaux fleuris, ces tiges enroulées dont les céramistes de Mycènes décorent souvent la panse de leurs vases. C'est un système d'ornementation très particulier, parfaitement ordonné, et dont le caractère propre est de rappeler, d'une façon frappante, le travail de la sparterie.
Pendant la période qui suit immédiatement la civilisation de Mycènes, ce style est adopté dans les îles grecques et dans certaines fabriques du continent hellénique pour la décoration des poteries. Mais il atteint son plus haut degré de perfection dans les vases qui proviennent d'une ancienne nécropole d'Athènes, située dans le Céramique extérieur, au nord-est de la porte du Dipylon ^ Les tombes où
L Sur la nécropole du Dipylon, voir Eayet et Collignon, Histoire de la Céramique grecque, p. 23, 24. Duemmler, Mittheil. AtJien, XIII, 1888, p. 294, et les découvertes récentes mentionnées dans le JBuU. de corresp. hellén.^ XV, 1891, p. 443. Pour les vases du Dipylon, voir surtout Hirschfeld, Annali delV Jnst. 1872, p. 138, et Monumenti inediti, t. XI, pi. XXXIX et XL. Dumont et Chaplain, les Céramiques de la Grèce propre , I, p. 92-104. Kroker, Die Llpylonvasen (Jahrhuch des arck. Inst., 1, p. 95-126).
ces vases ont été trouvés contenaient en outre des armes, et surtout de longues épées en fer, ce qui accuse une date certainement postérieure à la civilisation de Mycènes. D'autre part, si nous cherchons le rapport chronologique des vases du Dipylon avec la civilisation décrite dans les poèmes homériques, il parait très vraisemblable qu'ils sont également plus récents. Les sujets qui les décorent sont tout à fait grecs, et annoncent déjà quelques-unes des représentations familières à la céramique athénienne du sixième siècle. On voit figurées sur ces vases des cérémonies funéraires, avec l'exposition du mort, la lamentation et le cortège d'hommes à pied et de chars qui accompagnent le convoi funèbre; d'autres fois ce sont des chœurs de danse et des combats sur mer \ Tandis que, dans les poèmes homériques, les vaisseaux sont de simples bâtiments de transport, ici, ils sont armés en guerre et munis d'un éperon, comme les navires phéniciens du huitième siècle. Nous nous trouvons donc reportés à une date où la marine grecque est déjà formée. Par suite, c'est une hypothèse très plausible que de faire descendre jusqu'au septième siècle la période ou sont fabriqués les vases du Dipylon du style le plus développé, ceux où la figure humaine, associée au décor géométrique, occupe une place prépondérante.
Ces personnages, hommes ou femmes, qui couvrent en files serrées les zones des vases du Dipylon, sont exécutés avec une étrange gaucherie. On en jugera par le fragment ci-joint, appartenant au musée du Louvre (fig. 39) ^. Autour d'un lit funèbre, sur lequel est étendu le mort que protège un baldaquin quadrillé, des hommes debout et des femmes assises accomphssent les rites de la lamentation. Avec une naïveté enfantine, le peintre a dessiné une série de silhouettes qui répètent le même type : une tête trop petite, ressemblant à une tête d'oiseau, un buste en forme de triangle, à la taille très mince, auquel se rattachent, par des hanches proéminentes, des jambes figurées de profil ; enfin des bras grêles, sans épaisseur, qui se plient au coude par un angle vif. Sur d'autres vases du même style, les
1. Voiries fragments publiés par M. Cartault, Monuments grecs de l'Association des études grecques, n^« 11-13, 1882-1884, pi. 4.
2. J'emprunte cette figure à notre Hisf. de la Céramique g r.^ p. 27, fig. 19. Pour une description plus détaillée, voir le texte de 0. Kayet.
femmes sont également nues; mais le peintre a accusé leur sexe, en indiquant par de petits traits la saillie des seins \
Dans ces peintures où l'art grec s'essaye timidement à rendre la figure humaine, quelle est la part de l'originalité nationale? Devonsnous y reconnaître de gauches imitations de modèles étrangers, ou bien les potiers grecs ont-ils spontanément créé ces formes rudi-
FiG. 39. — Fragment d'un vase du Dipylon. (Musée du Louvre.)
mentaires, qui rappellent les esquisses tracées par le crayon inhabile d'un enfant? M. Kroker suppose que certains détails caractéristiques dénotent l'influence de modèles égyptiens ; il signale en particulier la pose de profil, les proportions effilées à l'excès, et surtout la nudité des figures féminines qui fait penser au procédé des artistes égyptiens dessinant les formes du corps même dans les figures vê-
1. Voir surtout le "grand vase du Musée d'Athènes représentant le convoi funèbre : Monument l înediti, t.Xr,pl. XXXIX-XLL Cf. Illst. de la Céramique c/recque, pi. L
tues \ Mais ce sont là des rapports bien lointains et nous préférons voir ici des créations originales, telles que peut les concevoir un art encore dans Tenfance. Ajoutez que ce type de figures est dans une certaine mesure conventionnel; il s'adapte au décor géométrique, et c'est peut-être aussi la raison de sa persistance. Lorsque le style géométrique commence à admettre des éléments orientaux plus variés et plus souples de lignes, ces figures raides et anguleuses s'assouplissent à leur tour, et trahissent une observation plus directe de la nature ^.
La question se complique singulièrement si l'on considère non pas seulement la représentation de la figure humaine, mais l'ensemble de la décoration, et si l'on aborde le difficile problème de l'origine du style géométrique. Nous ne pouvons ici discuter en détail toutes les théories qui ont été proposées; nous nous bornerons à signaler celles qui méritent attention. Suivant l'opinion qu'ont successivement développée Semper et M. Conze ^ le style géométrique serait d'origine aryenne; les Hellènes l'auraient connu et pratiqué, ainsi que les peuples de l'Europe centrale, avant de commencer leur mouvement de migration du nord au sud, et ils l'auraient apporté en Grèce comme une sorte de patrimoine commun à toute la race aryenne \ A cette théorie s'oppose très nettement celles de MM. A. Dumont et Helbig, qui font une large part à l'influence orientale, et désignent comme le Heu d'origine du style géométrique la vallée de l'Euphrate et la Phénicie ^