‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 66 sur 293 · Jahrbuch des arch. Inst,, 1, p. 101 et suivantes · texte numérisé non relu

Jahrbuch des arch. Inst,, 1, p. 101 et suivantes

2. On constate très bien cette évolution dans une série de vases attiques qui font suite immédiatement aux vases du Dipylon, et montrent le passage du style géométrique pur au style oriental. Voir Boehlau, Frûhattische Vasen (Jahrhuch des arch. Inst., II, 1887, p. 33-210).

3. Semper, Der Stil in den tecknischen und telctonischen Kûnsten, Munich, 1860-1868, II p. 138. Conze, Zur Geschichte der Anfaenge griechischer Kunst ÇSitzungsberichte der K. Akad, der Wissenschaften, Vienne, 1870, p. 505 ; 1873, p. 221). Depuis, M. Conze a modifié sa théorie, en renonçant au système ethnographique, et en considérant le style géométrique comme étant commun à tous les peuples, au début de leur développement artistique. Oggetti di bronzo trovati nel Tirolo méridionale lettera a W. HelUg. ÇAnnali delV Inst. 1877.)

4. 0. Rayet a repris la théorie de M. Conze, en attribuant aux Ioniens de l'Attique le rôle principal dans la diffusion du style géométrique en Grèce. (^Hist. de la Céram., p. 35.) MM. Loeschcke et Furtwaengler réclament au contraire pour les Doriens la paternité de ce style. {MyTcenischeVasen^^ p.xi-xii.

5. A. Dumont et Chaplain, ouvr. cité, I, p. 90-92. Helbig, Homerische Epos, p. 36-37 et Annali delV Inst., 1875, p. 221.

A vrai dire, aucune de ces deux théories ne nous satisfait. complètement. Il est difficile d'admettre que le stjde géométrique ait pu apparaître en Grèce tout formé, et qu'il y ait été importé à la suite d'une migration de peuples , puisqu'on en trouve déjà les éléments à My cènes \ Et d'autre part les preuves alléguées en faveur de l'origine asiatique ne sont pas de celles qui entraînent la certitude. M. Boehlau nous paraît avoir indiqué une solution plus juste, en s'attachant à démontrer que le stjde géométrique du Dipylon dérive, par une évolution graduelle, de celui de Mycènes ^. Imaginez, en effet, que le décor linéaire de Mycènes, très souple et très varié, soit ramené à des formes rigides ; que la spirale, par exemple, se fractionne en lignes articulées à angles droits, et devienne le méandre ; que les enroulements de lignes courbes deviennent des cercles concentriques, tracés au compas : vous aurez une idée de la transformation qui a pu donner naissance au style du Dipylon. Sans doute, la présence en Grèce des tribus helléniques arrivant du nord n'a pas été étrangère à cette évolution; il est fort possible que les nouveaux venus, Doriens et Ioniens, apportant les qualités propres de leur race, aient contribué à donner au style géométrique sa physionomie originale, à tirer des éléments épars dans la décoration mycénienne un système ornemental régulier, bien coordonné, et méthodiquement conçu. Mais rien ne nous oblige à admettre une sorte d'irruption violente d'un style nouveau, qui aurait brusquement supplanté celui de Mycènes.

Si nous avons insisté sur cette question, malgré le caractère forcément abstrait des discussions qu'elle soulève, et l'incertitude des conclusions auxquelles on aboutit, c'est que le style géométrique n'est pas employé seulement pour la décoration des poteries peintes : l'industrie métallurgique des Hellènes n'en connaît pas d'autre, jusqu'au moment où elle

1. Voir, par exemple, Loeschke et Furtwaengler, Myken. Vasen, pi. XXVII.

2. M. Boehlau a développé cette théorie dans un intéressant article intitulé Bœotische Vasen ÇJahrhucJi des arcli. Inst., III, 1889, p. 325-364). Il remarqueque le style géométrique se retrouveà Chypre, où il a peut-être été apporté du Péloponnèse par les Arcadiens, avant les invasions doriennes'Ccf. Duemmler, Mittheil. Athen, 1888, p. 290). Le même principe de décoration se développe dans toute une série de vases béotiens, avec des caractères différents de ceux qu'il affecte au Dipylon. D'après M. Boehlau, ce style de Béotie est parallèle à celui du Dipylon ,• il dérive comme lui d'éléments plus anciens, qui sont ceux de Mycènes.

L'INDUSTKIE.GKECQUE ET L'ORIENT. 79

commence à s'inspirer, elle aussi, des modèles orientaux. Grâce aux fouilles exécutées sur l'emplacement des plus anciens sanctuaires, nous connaissons avec une singulière précision ce qu'était l'art da métal en Grèce, vers le huitième siècle. A 01ympie\ à Dodone", dans cette vallée reculée de l'Epire où les tribus helléniques avaient apporté le culte de Zeus Naïos et de Diona, les couches les plus profondes du sol ont livré une série d'objets votifs en bronze, remontant à une date très lointaine. Ce sont des plaques de bronze, servant à la décoration de meubles en bois, ou formant le rebord (avTu^) de boucliers en cuir ; ce sont encore des fragments de grands bassins, ou de trépieds votifs, consacrés par la piété des fidèles. Ces pièces de métal étaient ajustées mécaniquement, au moyen de rivets, suivant l'ancienne technique désignée dans les textes sous le nom d'sj^-xiGTL/.'o T£/v7i^ Or, c'est le procédé que décrit Homère dans V Iliade; quand Héphaistos fabrique ses trépieds merveilleux, c'est au moyen de clous qu'il assemble les pièces battues au marteau \ La décoration des plus anciens bronzes de Dodone et d'Olympie consiste en un travail de gravure au trait, qui reproduit les principaux éléments du style géométrique : des cercles concentriques, rehés entre eux par des tangentes , des zigzags, des dents de loup, des chevrons remplis par des hachures ou par un travail au pointillé ^ Au point de vue du style ornemental, il y a une étroite parenté entre ces bronzes et les vases à décor géométrique des îles et du Dipylon.

Les analogies ne sont pas moins frappantes, si l'on considère les représentations d'animaux. Parmi les bronzes d'Olympie, on trouve en grand nombre des petites figures d'oiseaux ou d'animaux, chevaux, cerfs, bœufs, qui couronnaient le rebord des trépieds, ou qui, placées

. 1. Sur les bronzes d'Olympie, voir Fartwaengler, Die Bronzefunds aus Olympia und deren Kunstgeschichtliche Bedeatung QAbhandL der Ahad. der Wissenschafûen zu Berlin, 1879, Philos. Jdstor. Klasse, Abh. IV), et surtout le recueil publié par le même savant dans le grand ouvrage d'ensemble consacré aux fouilles d'Olympie : Olympia^ Die Ergebnisse der von dem DeutscTien Meich veranstalteten Ausgrdbung, Text-Band IV, DieBronzen, par Adolf Furtwaengler. Berlin, 1890.

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