Pausanias, III. 23, ]; III, 15, 10 ; Hérodote, II
106 LES ORiaiNES.
Un premier progrès, bien faible encore, dut consister à façonner la colonne, le tronc d'arbre, la poutre ou la planche; à indiquer la tête, le buste, les bras, tout en laissant le bas du corps comme enserré dans une gaine rigide : c'est le xoanon \ Que le bois ait le plus souvent fourni la matière de ces premières statues , il est facile de le comprendre. Mieux que la pierre, il se prête au travail d'un ciseau inhabile ; et d'ailleurs , le choix des matériaux n'était pas toujours livré au hasard. On se souvenait encore de l'arbre sacré ; on comptait avec certains scrupules religieux. Les dieux avaient leurs préférences pour certaines essences d'arbres, et ils les manifestaient au besoin. A une époque où la sculpture n'en est plus à ses débuts, les Epidauriens consultent l'oracle de Delphes, pour savoir s'ils doivent faire exécuter en marbre ou en bronze les statues de Damia et d'Auxésia ; la Pythie leur enjoint d'employer le bois d'olivier ^. Il fallait donc certaines conditions pour que le dieu acceptât le xoanon comme le siège de sa divinité ; dès lors il s'y incorporait en quelque sorte ; il vivait sous cette enveloppe de bois. C'est l'idée qu'exprimait Sophocle dans la pièce aujourd'hui perdue des Xoanephoroi : à la veille de la prise d'IHon, les dieux, connaissant le sort qui menace la ville, la quittent en emportant sur leurs épaules leurs statues de bois ^
Est-il besoin de rappeler quelle place tenaient ces images dans les préoccupations religieuses des Grecs, même au temps où. la statuaire produisait des chefs-d'œuvre? Pour les dévots, elles ^ étaient les plus saintes. Elles avaient leur légende. Les unes étaient tombées du ciel, comme le xoanon d'Athéna, conservé à l'Acropole d'Athènes; les autres avaient abordé d'elles-mêmes sur une plage grecque, venant on ne sait d'où. Aussi quels soins on leur prodiguait M Elles
1. Sur la valeur des termes employés en grec pour désigner les statues, voir le mémoire de Schubart, Die WœrteràyoLl]j.oL, elxwv, Ëoavov, àvopioiQ, Philologus, t. XXIV, p. 561-587. Eigoureusement le mot loavov (de ^sw) semble s'appliquer aux statues taillées dans le bois. (Voir H. Bliimmer, Technologie und Terminologie der Gerverbe und Kiinste hei Griechen und Eômern, II, p. 177.) Mais il y a eu des xoana de pierre. On a continué à faire des xoana à l'époque classique ; cf. dédicace d'un |davov dans une inscription d'Asie Mineure d'époque romaine. Contoléon, Mitiheil. AtJien, XIV, 1889, p. 91.