‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 96 sur 293 · Petersen, Mittheil. AtJien, XI, 1887, p · texte numérisé non relu

Petersen, Mittheil. AtJien, XI, 1887, p

3. Par MM. Homolle et S. Reinach. On a nié, sans raisons plausibles, que la base appartînt à la statue. (Brunn, Ueb. teJcton Styl, p. 523). L'appartenance est aujourd'hui hors de doute.

4. Petersen, art. cité, p. 389. Sans quitter les îles, on connaît la base de l'ex-voto dédié par Ekphantos à Melos : c'est une colonne cannelée. Lœwy, Insclir. griech. Bildh., n» 5.

la base (fig. 69). Le fût en est lisse; le cliapitean, orné d'enroulements peints figurant les volutes, a une forme massive pour offrir à la base de la statue une plus large assiette. Si Ton songe que ce chapiteau date sans doute du début du sixième siècle, on sera bien tenté de le mettre

FiG. 68. — Statue de Mké trouvée à Délos. Restauration avec la base.

en rapport avec le Niké de Délos \ La base de la statue porte sur sa face antérieure une inscription métrique, malheureusement mutilée, et dont la lecture est encore incertaine ^ M. HomoUe interprète ainsi le

1. Il a été reproduit par M. Homolle, Us Travaux de V École française cV Athènes dans l'île de Délos (^Conférences de l'Exposition universelle de 1889). Paris, Imp. Nat., 1890, p. 27, fig. 3.

2. Homolle, Bull, de corres^). Itell, Y, 1881, p. 272-278 ; VU, p. 254. Voir la bibliographie et toutes les variantes de lecture dans Loewj, Inschr.gr. Bildh.^ n° 1. M. Loewy adopte la lecture suivante : Mi7.7.'.[à5-/];

sens général : « Mikkiadès et Archermos dédient (ou bien : ont fait et dédient) cette statue à Artémis, eux, les Chiotes, pratiquant Fart héréditaire de Mêlas. )) Plus récemment M. Six, s'attaquant de nouveau à an problème qui a souvent exercé la sagacité des érudits, a proposé de lire : (( Mikkiadès a fait cette belle statue ailée, grâce à Tinvention d'Archermos; ils Font dédiée au dieu qui lance au loin ses flèches, eux, les Chiotes, habitant la ville de leur père, celle de Mêlas. » Si cette interprétation est juste, la statue de Délos serait une oeuvre collective ; le père, Mikkiadès, aurait apporté au travail commun son habileté technique ; le fils, Archermos, l'audace de l'invention.

Quelle est cette heureuse trouvaille dont le maître chiote revendique si naïvement l'honneur? C'est la création d'un mouvement nouveau, celui de la course ; c'est l'invention d'un type inconnu jusquelà, celui de la figure volante. Nous avons quelque peineà comprendre aujourd'hui les difficultés d'une telle innovation. Et pourtant, si l'on songe à quel point les ressources de l'art primitif sont limitées, combien les conventions pèsent lourdement sur lui, on rendra justice à la hardiesse du vieux sculpteur. Trouver une formule pour rendre le mouvement d'une figure en plein vol, emportée par la rapidité de sa course aérienne ; rompre avec la rigidité traditionnelle de l'attitude droite et immobile ; plier une des jambes, et lui faire toucher le sol du genou, tandis que l'autre se relève ; détacher les bras, porter l'un d'eux en avant, par un geste qui

T£à]{j.axaX6[v £T£u^£vàYa)>(j.a-/al vlôç] | ["AjpxspH-o;.-- Yi^^'-' ^^''l^ôCXou 'AtioXXwvoç?] 1 ol Xioi, M£[Xa. vo]ç7raTptotovà(7[Ty v£[JLOVTSç]. Pour la restitution de M. Six, voir Mittheil. Athen, 1888, p. 143. C'est la suivante, que nous avons reproduite dans notre restauration : Mi/.xià [ôyi; t63 'ayaX] [xa xaX6[v ueteeivov£T£u^£v I 'Apx£p!J(.oyao[(p]i^(7tv'Exriê6[X(pauT' àvéôvixav | oi XT&i, M£[Xav]o; Txatpwiov àa-[Tuv£{jLov- T£?. M. Lolling, a proposé récemment une nouvelle lecture ('E9yi[JL.àp>catoXoY^xyi, 1888, p. 72); elle ne s'écarte pas sensiblement de celle de M. Loewy. Enfin la leçon de M. G. Eobert (^Hermes, XXV, 1890, p. 445-450) apporte une variante de plus.

FiG. 69. — Chapiteau de style ionique primitif , trouvé à Délos. D'après la restauration de M. Nénot.

le développe dans toute sa longueur, ramener l'autre vers la hanche, pour contrarier les hgnes, voilà des combinaisons neuves, à la fois audacieuses et réfléchies, qui sont autant de conquêtes. Il y a plus. Archermos est connu pour avoir le premier donné des ailes à Niké et à Eros^ ; la statue de Délos nous fournit le vivant commentaire des textes. Ces fortes ailes retroussées, qui se recourbent symétriquement, sont, elles aussi, une nouveauté. Dès lors Fart naissant possède une formule pour traduire ces conceptions d'êtres ailés, mobiles , rapides, qui hantent l'imagination des poètes; formule conventionnelle , il est vrai , mais parfaitement originale , et ne relevant que de l'esprit grec^. Pendant tout le sixième siècle, elle s'imposera aux artistes, comme un moyen d'expression clair, intelligible, accepté par tous ; les bronziers , les peintres de vases l'appliqueront à Fenvi aux figures de Gorgones et de Victoires, et de là naîtront, par un lent progrès, les admirables statues ailées conçues par les grands maîtres de l'âge classique.

L'exécution de la Niké de Délos accuse encore une grande inexpérience. L'artiste s'est trouvé fort embarrassé pour adapter à l'attitude traditionnelle un mouvement nouveau. Le bas du corps, qui est de profil, se soude gauchement au buste vu de face; le buste luimême est enserré dans une étoffe sans plis, rigide comme une cuirasse, qui en accuse la forme rectangulaire, avec des angles simplement amortis. Enfin, on ne s'explique pas cette chute bizarre des plis du chiton, qui se relève pour laisser le genou droit à découvert. Malgré tout, le sculpteur a déjà le coup de ciseau net et incisif; c'est même avec une recherche outrée de la précision qu'il a modelé la jambe nue, et fait saillir l'arête tranchante du tibia. La construction de la tête est remarquable. Le front, droit et uni, est encadré par une série de

1. Schol. d'Aristophane, les Oiseaux j vers 578, d'après Karystios de Pergame, auteur du deuxième siècle avant notre ère, qui paraît avoir étudié le premier l'histoire de l'école de Chios. Il est possible que ce texte s'applique précisément à la statue de Délos.

2. M. Ourtius a consacré à cette convention de l'art archaïque, une très pénétrante étude : JDie Knîeenden Figurender àltgriecMschen Kunst,(Programm zum Winckelmannsfeste. Berlin, 1869). Voir aussi les ingénieuses remarques de M. S. Eeinach, Rev. arch., 1887, p. 106 suiv. Mais je ne suis nullement convaincu que Tattitude agenouillée représente l'action de sauter, comme M. Eeinach a essayé de le prouver. Une peinture de vase, représentant quatre femmes courant, avec des variantes dans la même attitude, prouve qu'il s'agit bien de la course. Roem. Mittheil, 1887, pi. VIII).

boucles ondulées, dont Tartiste a tracé les contours et le dessin intérieur avec un soin scrupuleux. C'est avec la même conscience qu'il a découpé Tovale des yeux, au globe saillant, fait sentir la saillie des pommettes, et modelé la boucbe dont les lèvres bridées, souriantes, sont cernées aux commissures par un profond sillon. Il y a là un type très nettement défini ; sa parenté avec celle de FApollon de Théra est évidente, et nous en retrouverons la trace dans les pays qui ont subi rinfluence de Fart insulaire \ Pour avoir une idée complète de la statue, il faut encore lui restituer son ornementation métallique : les fleurons de bronze doré qui décoraient le diadème, les pendeloques attachées aux oreilles. N'oublions pas d'ailleurs qu'elle était peinte, et que des traces de polychromie sont encore apparentes sur le corsage et sur la large bande brodée qui part de la ceinture pour figurer la bordure du chiton^ On ne se trompeguère, croyons-nous, en reculant jusqu'au début du sixième siècle la date de la Niké d' Archermos ; les caractères du style ne démentent pas cette conjecture. Peut-on aller plus loin, et déterminer à quelle occasion la statue a été dédiée? Est-ce, comme l'a conjecturé M. Six, à propos d'une victoire des Chiotes ; et la dédicace a-t-elle été faite au lendemain de la guerre que les habitants de Chios, alliés des Milésiens, soutinrent contre le roi de Lydie, Alyattès ^ ? Il est difficile de le dire autrement que par hypothèse.

Archermos n'avait pas seulement travaillé pour Délos et pour sa ville natale ; on voyait de ses œuvres à Lesbos \ Bien plus, un fait nouveau nous fait connaître sa présence en Attique, et vient éclairer très heureusement l'histoire du maître chiote. Au cours des dernières fouilles exécutées sur l'Acropole d'Athènes, en 1887, M. Cavvadias a retrouvé une seconde signature d' Archermos, gravée sur le fût d'une colonne cannelée, qui avait servi de base à une statue votive ^. L'inscription est postérieure d'une trentaine d'années à celle de Délos;

1. M. Brunn a constaté l'analogie de ce type avec certaines sculptures péloponnésiennes. Mais son opinion nous paraît peu fondée, quand il rattache la Niké de Délos au style péloponnésien ou dorien. Ueber tehtoniscJien Styïj^.624:-b26. , .

2. Voir les remarques de M. Botho Giseî, IfittheiL Athen, XIV, 1889, p. 319-320. 8. Six, article cité. La paix qui mit fin à la guerre serait de l'année 600.

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