‹ Histoire de la seconde République, faisant suite à l'histoire du règne de Louis-Philippe, Février 1848 - Décembre 1851; ornée de gravures sur acierChapitre 12 sur 19 · Acte de · texte numérisé non relu

Acte de

résistance de

l'Assemblée.

Janvier 1851.

M. Thiers et l'opposition républicaine.

530 HISTOIRE DE LA SECONDE RÉPUBLIQUE, année 1851.

M. Baroche, visiblement embarrassé, voulut bien reconnaître, avec M. de Rémusat, que l'Assemblée avait sauvé la France, mais, dans cette œuvre de salut, on aurait pu dire de réaction, il revendiqua hautement la part du gouvernement. Cette œuvre s'était accomplie, selon lui, par l'accord des deux pouvoirs. Et comme il manifestait l'espérance de voir ces deux pouvoirs continuer à marcher de concert : (( Non, non ! » s'écrièrent plusieurs voix de la droite. L'opposition de l'Assemblée s'accentuait visiblement. Le ministre allégua que la politique du cabinet était celle indiquée par le message du 42 novembre. Quant à la destitution du général Changarnier, il se retrancha derrière la légalité de la mesure. L'Assemblée ne se montra pas satisfaite de ces explications sommaires; et, entraînée par M. Berryer et par M. Dufaure, devenu l'un des piliers de l'opposition, elle vota, malgré les vives insistances de M. Baroche, la proposition de M. de Rémusat à la majorité de 330 voix contre 273. C'était une véritable déclaration de guerre au gouvernement.

Celui-ci puisait surtout sa force dans les divisions qui régnaient au sein de l'opposition, divisions auxquelles un incident fortuit donna tout à coup un éclatant retentissement. Dans un des bureaux de l'Assemblée, M. Pascal Duprat reprocha violemment à M. Thiers d'avoir sollicité l'alliance des républicains, et de leur avoir fait demander leurs voix. M. Thiers et ses amis protestèrent vivement contre cette accusation, comme ils devaient protester plus tard contre l'assertion du docteur Véron. Mais les témoignages de MM. Latrade, Antony Thouret et de quelques autres membres de la Montagne ne laissèrent aucun doute sur l'authenticité du fait reproché par M. Pascal Duprat à M. Thiers. « — Quelle sont, lui dit-il, les conditions de cette alliance? Vous venez à nous, aujourd'hui, parce que vous avez à vous

Le rapport de

M. Lanjui-

nais.

plaindre du président de la République. Nous n'avons j.vnvibr 185K pas grande confiance dans son dévouement à la République; mais nous en avons moins encore dans le vôtre et dans celui du général Ghangarnier. Nous n'avons pas vu sans défiance les revues de Satory ; mais était-ce pour défendre la République que, pendant ce temps, vous alliez, les uns à Glaremont les autres à Wiesbaden? »

Cette vigoureuse apostrophe décontenança fort M. Thiers, malgré son aplomb ordinaire, et la scène tourna entièrement à sa confusion et à celle de ses amis. Ceci se passait le 10 janvier 1851, le jour même du vote de la proposition Rémusat.

Quatre jours après, M. Lanjuinais vint, au nom de la commission spéciale, donner lecture d'un rapport, où, en termes d'une grande modération d'ailleurs, il s'efforça de prouver la tendance du pouvoir exécutif à montrer peu de confiance dans nos institutions, « à considérer comme transitoire et éphémère la forme du régime actuel, à préconiser, à tout propos, les bienfaits du gouvernement absolu, et enfin à provoquer dans un avenir déterminé une restauration impériale ».

C'était bien là ce qui ressortait, clair comme le jour, de tous les discours prononcés par le président de la République dans ses diverses excursions.

D'après les paroles du rapporteur, on pouvait s'attendre à quelque résolution virile et décisive de la part de la commission, il n'en fut rien. Elle se contenta de soumettre à l'Assemblée l'ordre du jour suivant :

« L'Assemblée nationale, tout en reconnaissant que le pouvoir exécutif a le droit incontestable de disposer des commandements militaires, blâme l'usage que le ministère a fait de ce droit, et déclare que l'ancien général en chef de l'armée de Paris conserve tous ses titres au témoignage de confiance que l'Assemblée lui a donné dans sa séance du 3 janvier. »

Réponse de M. Baroche.

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Janvier 1851. C'était beaucoup de bruit pour arriver à un résultai tout à fait insignifiant. Néanmoins cet ordre du jour donna lieu, pendant plusieurs séances, à des discussions retentissantes, qui prouvèrent qu'il n'y avait pas plus de bonne foi du côté de la majorité de l'Assemblée législative que de celui du gouvernement, et que, de part et d'autre, on n'attendait que le moment favorable pour confisquer la République, qui au profit de l'Empire, qui au profit de la royauté.

Le ministre de l'intérieur, M. Baroche, en répondant, le 15 janvier, à M. Lanjuinais, s'efforça d'éloigner bien loin et avec indignation toute pensée de retour au gouvernement impérial, après avoir rappelé, non sans quelque malice, que toutes les lois politiques, et notamment la loi de l'enseignement, la loi électorale, la loi sur la presse, c'est-à-dire toutes les lois de réaction, avaient été faites d'un commun accord par l'Assemblée et le gouvernement.

« Je réponds, dit-il, que les paroles du président, qui a prêté serment à la Constitution à cette tribune, et qui a renouvelé ce serment par son message du 12 novembre, repoussent bien loin de son esprit et de son cœur toute pensée d'un retour au gouvernement de l'Empire. N'avez-vous pas encore présentes à la mémoire les dernières phrases du message du 12 noveml)re, où, d-ans le langage le plus énergique, dans un langage qui est, comme l'a dit lui-même M. le président de la République, celui d'un homme qui n'a d'autre pensée que de faire son devoir, d'un homme qui a seul prêté serment à la Constitution, vous reconnaissant à vous le droit de la réviser dans les formes légales, il déclare en même temps que quant à lui, il n'a pas d'autre chose à faire que de remplir son devoir d'honnête homme en l'exécutant, et en la maintenant contre les adversaires de toute nature qui pourraient vouloir la

modifier?... M. le président est le seul auquel on ne puisse attribuer des pensées de restauration... Il a pris un engagement d'honneur, et il le tiendra. Et l'Assemblée peut être certaine que, de ce côté, il n'y aura aucun danger à craindre pour la République établie par la Constitution de 1848. »

C'étaient là des paroles banales auxquelles les actes et les discours de M. Louis Bonaparte donnaient le plus complet démenti. Seulement, ce n'était peut-être pas aux membres de la majorité à se montrer si scrupuleux en fait de respect de la Constitution, eux qui, durant la prorogation, étaient allés bruyamment à Wiesbaden et à Claremont, en donnant à ces pèlerinages un caractère exclusivement politique.

M. de Lasteyrie répondit au ministre par un réquisitoire violent contre tous les actes de l'administration présidentielle. Aucun de ces actes ne trouva grâce à ses yeux. Il y trouva partout un caractère délictueux. Mais il se garda bien de parler du voyage des membres de la majorité à Wiesbaden et à Claremont.

Or, aux cris séditieux de Satory, le ministre de l'intérieur n'avait pas manqué d'opposer ces manifestations de Wiesbaden et de Claremont. Ce n'était donc point par amour de la République que les chefs de la majorité parlementaire se montraient si émus de la destitution du général Changarnier.

M. Berryer sembla prendre à tâche de démontrer celte vérité en s'élançant à la tribune pour y déployer hardiment le drapeau de la légitimité en face de celui de l'Empire, et y nier la République, c'est-à-dire la seule forme sous laquelle puisse s'exercer sérieusement la souveraineté nationale.

« Parlons sincèrement, dit-il. Nous savons parfaitement que nous sommes dans un état précaire et transitoire; que la République ne peut pas durer; et la

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Les attaques de M. de Lasteyrie.

AI. Berryer et la légitimité.

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Janvier 1851. nation a fait l'élection du 10 décembre en se complaisant peut-être dans les souvenirs étroits qui lient invinciblement le nom de Bonaparte à la fin de la première République. Sans doute, nous sommes ici des hommes monarchiques qui attendons notre heure. »

Si la majorité de l'Assemblée législative, continuait l'orateur, avait fait cause commune avec le gouvernement présidentiel, c'était pour opposer une digue au socialisme et résister au nouvel envahissement des barbares en Europe.

« La politique commune que nous devons adopter, ajoutait-il, c'est qu'il faut resserrer les liens de la majorité par une résolution commune et sincère de ne pas devancer la marche des événements et de ne pas prétendre dominer ni surprendre le pays au nom d'un parti. Or, la faute de MM. les ministres a été d'exposer l'Assemblée à un déchirement, et je donne à l'Assemblée cet avertissement solennel : Arrêtez-vous au premier pas ; si la majorité qui sauve la société française est brisée, je déplore l'avenir qui est réservé à mon pays ; nous aurons à subir en France une démagogie violente ou un despotisme absurde. »

Dans les grandes aspirations de la société moderne à se transformer pacifiquement, en se tenant dans les limites de la justice et du droit, M. Berryer ne voyait qu'un nouvel envahissement des barbares. Mais le retour aux vieilles institutions monarchiques à jamais condamnées par la philosophie, par la sagesse des peuples, par la justice éternelle, lui semblait la chose la plus juste et la plus naturelle du monde.

Que parlait-on de voyages à Claremont et à Wiesbaden ? Est-ce qu'il y avait là ombre de conpiration ?

« Oui, ajouta-t-il encore, pendant que des membres illustres de cette Assemblée allaient au lit de mort du vieux monarque qu'ils ont servi, moi, messieurs, j'allais

pendant ce temps avec un grand nombre de mes amis voir un autre exilé, qui est exilé parce qu'il porte en lui le principe qui, pendant une longue suite de siècles, a réglé en France la transmission de la souveraineté publique, qui est exilé parce que tout établissement d'un nouveau gouvernement en France est nécessairement contre lui une loi de proscription; qui est exilé enfin parce qu'il ne peut poser le pied sur le sol de cette France que ses aïeux ont conquise, agrandie, constituée, sans être le premier des Français, le roi. »

En reprochant au gouvernement de briser la majorité, l'illustre orateur, avec un accent véritablement prophétique, s'était écrié qu'on aurait à subir en France ou une démagogie violente ou le mutisme d'un despotisme absurde. Mais la revendication solennelle et impolitique des prétendus droits de la monarchie légitime donnait beau jeu aux ministres de M. Louis Bonaparte, et, sans excuser la conduite tortueuse et déloyale de celui-ci, elle était de nature à atténuer, aux yeux de beaucoup de gens, les torts dont il s'était rendu coupable.

La République, si rudement malmenée par le grand orateur légitimiste, trouva dans M. de Lamartine un éloquent défenseur. Mais la parole de l'illustre poète n'avait plus dans l'Assemblée qu'un écho peu sonore. Les coalisés de la majorité ne l'entendirent pas, sans faire éclater de violents murmures, leur reprocher si justement leurs ambitions jalouses et hargneuses. Et quant aux républicains de la Montagne, ils lui surent un fort mauvais gré de la naïveté avec laquelle il plaça toute sa confiance dans les intentions loyales du président de la République, qui, selon lui, n'avait jamais rêvé le retour d'un Empire impossible.

M. Baroche répondit à la fois, le 17 janvier, aux accusations de M. de Lasteyrie et aux attaques de M. Berryer; mais il s'attacha surtout à relever tout ce qu'il y avait

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de Lamartine défend la République.

Riposte de M. Baroche à M. Berryer.

Janvier 1851. d'inconstitutionnel dans les paroles du champion de la monarchie de droit divin.

Comment! on reprochait au chef du pouvoir exécutif des manifestations bonapartistes, quïl avait désavouées dans son message, et l'on venait faire, en pleine Assemblée républicaine, une éclatante manifestation monarchique !

On se plaignait de quelques cris de Vive l'empereur! proférés isolément, et l'on ne craignait pas de crier Vive le roi! à cette tribune, et d'y poser résolument la monarchie en face de la République!

Ce que M. Baroche ne disait pas, c'est que les torts de l'un n'absolvaient pas les torts de l'autre; c'est que, chef du pouvoir exécutif, M. Louis Bonaparte était plus que personne tenu à la stricte observation des lois et de la Constitution, et que ce n'était qu'en les respectant rigoureusement lui-même qu'il pouvait en imposer le respect aux monarchistes de l'Assemblée.

Malgré cela, nombre de gens dans le pays donnèrent raison au ministre, et trouvèrent qu'il était de bonne guerre d'opposer aux reproches adressés au gouvernement, au sujet des manifestations bonapartistes, les manifestations royalistes de la majorité de l'Assemblée. Mais les royalistes étaient en majorité dans l'Assemblée, et ils tenaient absolument à prendre une revanche éclatante de la destitution de leur général de prédilection.

Le général Le général Changarnier tint à dire son mot dans le

Chaugaruier à (j^bal. Il n'avait voulu, assura-t-il, être l'instrument d'aula tnbune. .....

cun des partis qui divisaient la France : républicains modérés, royalistes constitutionnels, démagogues et partisans de la dictature impériale, même sans la gloire et sans le génie de l'homme immortel dont l'univers s'entretenait encore. « Mon épée, dit-il, en achevant sa courte harangue, est condamnée à un repos au moins momen-

M. Thiers

entre ea

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