‹ Histoire de la seconde République, faisant suite à l'histoire du règne de Louis-Philippe, Février 1848 - Décembre 1851; ornée de gravures sur acierChapitre 6 sur 19 · OCTOBRE I84S · texte numérisé non relu

OCTOBRE I84S

Fin de l'état de siège.

NOVEMBKE

Les candidats

à la

présidence.

238 HISTOIRE DE LA SECONDE RÉPUBLIQUE, année 1848.

Novembre tion multiple qui l'avait porté à l'A-ssemblée nationale, 1848. croyait encore à sa popularité; il s'imagina qu'il avait

conservé sur le pays une influence qu'il n'avait plus sur l'Assemblée ; ce fut de sa part une étrange illusion. Peut-être ne fut-elle pas étrangère à son attitude dans la discussion de l'amendement Grévy, et il n'est pas téméraire de penser que, s'il appuya la nomination du président par le peuple, ce fut parce qu'il considéra ce système comme plus favorable à sa candidature que l'élection par l'Assemblée, où elle n'avait aucune racine.

Le maréchal Bugeaud crut aussi que les suffrages populaires viendraient le chercher.

« On me fait de tous côtés des ouvertures, écrivait-il à M. Léonce de Lavergne. Des hommes de toutes les nuances politiques, des journalistes de l'Ouest et du Midi ofîrent leur concours à ma candidature... »

Le maréchal allait jusqu'à croire que le pape n'hésiterait pas à intéresser le clergé en sa faveur. Il ne tarda pas à voir combien ses espérances étaient folles et vaines, et, comme tous les ennemis de la République, il se rallia à la candidature du prince Louis Bonaparte.

Le général Changarnier et le prince de Joinville figurèrent également parmi les candidats ; mais leurs candidatures n'eurent jamais rien de sérieux.

Restaient MM. Ledru-RoUin, Cavaignac et Louis Bonaparte.

Le premier était le candidat indiqué de la démocratie. Mais il ne fit rien pour soutenir sa candidature ; et d'ailleurs l'écrasement du parti démocratique, l'état incertain des esprits, la force de la réaction, il le sentait bien, rendaient son élection à peu près impossible.

La candidature de Raspail fut aussi mise en avant, mais mollement soutenue ; et la plupart des socialistes, qui d'abord avaient songé à lui, prirent la résolution de s'abstenir. Restaient donc en présence deux candidatures

véritablement sérieuses, celle du général Cavaignac et celle du prince Louis-Napoléon.

Le général Cavaignac avait pour lui l'influence que donne le pouvoir. Une partie de la bourgeoisie conservatrice, reconnaissante des services qu'il avait rendus à la cause de l'ordre, était disposée à l'appuyer; enfin il était assuré du concours de tous les républicains qui, tout en regrettant son alliance avec une foule de royalistes dont les efforts tendaient à faire sortir la République de ses voies naturelles et à implanter sous son nom une monarchie déguisée, le regardaient comme le seul homme capable de faire accepter à la France l'idée républicaine. Mais il avait contre lui l'exécration du peuple, qu'il avait décimé en Juin, les transportations sans jugement, et enfin ce nom prestigieux de Napoléon, qui s'imposait fatalement en quelque sorte aux masses ignorantes, et dont les réactionnaires de toutes les nuances se servirent pour combattre à outrance sa candidature.

Le prince Louis-Napoléon Bonaparte, en dehors des suffrages inconscients des campagnes, était donc assuré du concours de tous ceux que la haine de la démocratie précipitait vers l'inconnu, ou qui, sous son nom, espéraient bien diriger les affaires du pays. Volontiers, en effet, on le considérait comme un personnage d'une nullité parfaite, qui, satisfait des apparences du pouvoir, n'aurait point la prétention de gouverner; et lui, par son extrême réserve, par les réticences de son langage, donnait quelque force à cette opinion.

Au moment du vote de la Constitution, le prince était déjà rentré en France depuis quelques semaines. Nommé en Corse, après sa quadruple nomination, dans la Seine, dans l'Aube, dans l'Yonne et dans la Charente-Inférieure, il avait cette fois encore donné sa démission.

Toutefois, manœuvrant avec une habileté machiavé-

XOVEMBRB

Louis-Napoléon Bonaparte entre eu scène.

240 HISTOIRE DE LA SECONDE RÉPUBLIQUE, anxeé 1848.

Novembre lique, il s'était bien gardé, dans sa lettre au président de l'Assemblée, de décliner à tout jamais l'honneur de la représentation ; seulement il se réservait pour le jour où sa présence en France ne pourrait en aucune manière servir de prétexte aux ennemis de la République. Et de protester de son patriotisme :

« Je veux par mon désintéressement prouver la sincérité de mon patriotisme. Je veux que ceux qui m'accusent d'ambition soient convaincus de leur erreur. » Paroles, hélas! démenties par tous ses actes.

A quelques jours de là, il écrivait au général Piat, un des plus enragés promoteurs de l'idée napoléonienne, qu'il accepterait un siège à l'Assemblée nationale, s'il venait à être réélu, et qu'il lui tardait de rentrer en France et de s'asseoir au milieu des représentants du peuple décidés à organiser la République sur des bases larges et solides.

Là encore se rencontrait une de ces phrases à double entente qu'on retrouvait toujours sous sa plume :

« Pour rendre ce retour des gouvernements passés impossible, ce qu'il faut, c'est de faire mieux qu'eux, car vous le savez, général, on ne détruit que ce qu'on remplace. »

Nommé, comme on l'a vu, une troisième fois, dans cinq départements, la Seine, l'Yonne, la Moselle, la Charente et la Corse, aux élections complémentaires du mois de septembre, il n'avait pas laissé échapper cette nouvelle occasion de contenter son désir et de siéger à l'Assemblée. Il y était venu prendre place le 26 septembre. Ses premières paroles à la tribune avaient été un témoignage de reconnaissance pour cette République qui lui avait ouvert les bras :

sion de Louis « Citoyens représentants, il ne m'est pas permis de Napoléon garder le silence après les calomnies dont j'ai été l'objet. République. J'ai besoin d'exprimer hautement, et dès le premier

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