‹ Histoire de la seconde République, faisant suite à l'histoire du règne de Louis-Philippe, Février 1848 - Décembre 1851; ornée de gravures sur acierChapitre 8 sur 19 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

Les affaires italiennes.

Novembre

Intervention

en faveur

du pape.

246 HISTOIRE DE LA SECONDE RÉPUBLIQUE, année 1848.

liens, et qui montèrent vainement vers la République française.

Le général Cavaignac plaida à la tribune de l'Assemblée la cause de la paix, en invoquant exactement les mêmes raisons que les ministres de Louis-Philippe, à qui l'on avait tant reproché la paix à tout prix. Il en recueillit les vives félicitations de la Russie et de l'Angleterre. Le cabinet de Londres, qui, depuis la chute de la monarchie, n'avait envoyé aucun ambassadeur en France, profita de la circonstance pour y accréditer lord Normanby comme envoyé extraordinaire, et le noble lord put profiter de son poste pour calomnier plus tard, dan& un livre inepte, la Révolution, le peuple et les républicains.

Assurément la paix est un bien inestimable. Malheur à celui qui déchaîne sur les nations le fléau de la guerre, surtout quand il s'agit de quelque vil intérêt dynastique, comme cela arrive presque toujours. Mais s'il y a une guerre compréhensible et sacrée, c'est la guerre que peuvent amener les nécessités de l'indépendance et de la liberté des peuples.

Or, le général Gavaignac, qui avait refusé l'épée de la France à l'Italie, crut devoir intervenir en faveur du pape. Rome venait de s'affranchir des lisières du Saint- Siège, et la démocratie s'y était installée triomphante, aux applaudissements de la France républicaine. Son triomphe avait été malheureusement attristé par un meurtre inutile, l'assassinat du comte Rossi, ancien pair de France, devenu ministre du pape, et qui, le 15 novembre, avait été tué par un fanatique. Nous n'avions rien à voir dans les affaires intérieures des Etats-Romains. Cela n'empêcha pas le général Cavaignac d'expédier à Civitta-Vecchia une brigade de trois mille cinq cents hommes, sans consulter l'Assemblée, laquelle n'eut à ratifier que des faits accomplis.

C'était uniquement pour protéger 1 existence et la liberté du Saint-Père ; soit. On ne devait pas toucher à la République romaine, disait notre ministre des affaires étrangères, M, Bastide, dans une instruction adressée, le 27 novembre, à M. de Corcelles, envoyé extraordinaire du général Cavaignac à Rome ; fort bien ; mais de quel droit une brigade française allait-elle débarquer à Civita-Vecchia? et qui pouvait répondre que d'un moment à l'autre elle n'attenterait pas à l'indépendance du peuple romain? On ne le verra que trop tout à l'heure.

Le général Cavaignac alla plus loin. Par une lettre autographe, il offrit au pape Pie IX l'hospitalité de la France.

« La République, lui écrivit-il, dont l'existence est déjà consacrée par la volonté réfléchie, persévérante et souveraine de la nation française, verra avec orgueil Votre Sainteté donner au monde le spectacle de cette consécration toute religieuse que votre présence au milieu d'elle lui annonce. »

Le général Cavaignac, mal conseillé par son entourage, ne céda dans cette circonstance, il faut bien le dire, qu'au désir de rallier à sa candidature les fidèles et le clergé; cela était habile peut-être, ce n'était pas digne du chef du pouvoir exécutif de la République.

L'Assemblée s'empressa d'approuver l'envoi de troupes exclusivement destinées, dans la pensée du général Cavaignac, et d'après les déclarations de son gouvernement, à protéger l'existence et la liberté du Saint-Père,

M. Louis Bonaparte, suivant sa coutume à peu près constante, n'était pas à l'Assemblée le jour du vote de l'expédition de Rome. Le lendemain, il écrivait au journal le Constitutionnel :

« Sachant qu'on a remarqué mon absence au vote pour l'expédition de Civita-Vecchia, je crois devoir déclarer que, bien que résolu à appuyer toutes les dis-

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