‹ Histoire de la seconde République Française;Chapitre 18 sur 22 · AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Proclamation du gouvernement provisoire au peuple

français.

<f Un gouvernemenl rétrograde et oligarchique vient d'être renversé par Théroïsme du peuple de Paris, Ce gouvernement s'est enfui en laissant derrière lui une trace de sang qui lui défend de revenir jamais sur ses pas.

» Le sang du peuple français a coulé comme en juillet, ce généreux sang ne sera pas trompé. Il a conquis un gouvernement national et populaire en rapport avec les droits, les progrès et la volonté de ce grand et généreux peuple.

» Un gouvernement provisoire, sorti d'acclamation et d'urgence par la voix du peuple et des députés des départements, dans la séance du 34 février, est investi momentanément du soin d'assurer et d'organiser la victoire nationale. Il est composé de :

» MM. Dupont (de l'Eure), Lamartine, Crémieux, Arago (de l'Institut), Ledru-Rollin, Garnier-Pagès, Marie.

> Ce gouvernement a pour secrétaires :

» MM. Armand Marrast , Louis Blanc , Flocon et Albert (sic).

> Ces citoyens n'ont pas hésité un instant à accepter la mission patriotique qui leur était imposée par l'urgence. Quand la capitale de la France est en feu, le mandat du gouvernement provisoire est dans le saliit

001) VERSEMENT Pa0VlS01H£. 309

public. La France entière le comprendra et lui prêtera le concours de son patriotisme. Sous le gouvernement populaire que proclame le gouvernement provisoire, tout citoyen est magistrat.

» Français ! donnez au monde l'exemple que Paris a donné à la France. Préparez -vous, par Tordre et par la confiance en vous-mêmes, aux institutions fortes que vous allez être appelés à vous donner.

D Bien que le gouvernement provisoire agisse uniquement au nom du peuple français, et qu'il préfère la forme républicaine» ni le peuple de Paris, ni le gouvernement provisoire, ne prétendent substituer leur opinion à l'opinion des citoyens qui seront consultés sur la forme définitive du gouvernement que proclame la souveraineté du peuple.

» L'unité de la nation, formée désormais de toutes les classes des citoyens qui la composent : le gouvernement de la nation par elle«même.

» La liberté, l'égalité et la fraternité pour principes; le peuple pour devise et pour mot d'ordre : voilà le gouvernement démocratique que la France se doit à elle- Hiémeetque nos efforts sauront lui assurer.

» Signé : Dupont (de l'Eure), Lamartine, Grémieux, Ledru-RoUin, Garnier- Pages, Marie, Arago, membres du gouvernement provisoire.

Armand Marrast, Louis Blanc, secrétaires.

Cette proclamation n'est pas un chef-d'œuvre, mais c'est là son moindre défaut. Les actes d'un pouvoir naissant sont examinés avec soin. En butte aux soupçons du peuple, la plus grande faute qu'il puisse commettre est

310 SECONDE RÉPOBLIQUB PRANÇAISft.

de rester dans une ambiguïté qui laisse 1^ champ aux suppositions. Au nom de quel gouvernement les dictateurs s'adressaient-ils au peuple? Qu'éiait-ce que ces sympathies républicaines si faiblement expriihées î Cette phraséologie vague ne cachait- elle pas quelque embûche? La duchesse d'Orléans n'était pas sortie de Paris, disait-on. Les armées royales pouvaient revcnifr Ceux qui n'avaient pas craint de demander ou plutôt de prendre la dictature, craignaient-ils de se côm|)romettre en proclamant la République 7

Un motif respectable, sans doute, avait pu influer sût ce premier acte politique du gouvernement provisoire. Il ne voulait peser d'aucune sorte sur la conscience dd pays. Il avait la prétention de laisser la France libre de se choisir un gouvernement. Mais comment conci*^ liait-il ce scrupule de légalité avec l'illégalité de sa condition? Un tel raisonnement eût été àâa ptacddàtti la bouche d'un pouvoir intérimaire légalement ctHmti^ tué. Chez un directoire acclamé par une poignée d'àColytes, contesté pour un tiers, conçu et formé enif^tnille, dans des bureaux de journaux, une telle réserve pouvait bien paraître suspecte. Quand on a fait un pas dattô l'arbilrairei on ne saurait à son gré s'arrêter. Les dictatures ne sont pas faites d'ailleurs au nom et en vertu des majorités. Elles ne relèvent que de la e^nscience. Elles s'appuient sur une idée qu'elles regardent comme supérieure aux lois établies, et qui échappe, comme les vérités mathématiques^ à la décfision du tiotubrè. fin un mot, elles ne relèvent que d'elles«^mèmw du de

Dieu.

Où était l'idée du gouvernement provisoire ? Et é*î!

GOUVERNEMENT PKOVISOIRE. SI 1

Croyait la République préférable à toute autre forme gouvernementale , pourquoi iie ta proclamait-il pas ? Non-seulement elle était possible le 24 février 1848, mâil^ encore elle était inévitable. En reculant devant elle, le gouvernement provisoire avait l'air de la craindre. Entre les rêves dont les poètes de Téconomic publique bercent Timagination du peuple, entre les prétentions excessives des masses et leur condition présenté, il y avait beaucoup à faire. Un gouvernement républicain il' est au létal qu^uhè promesse. Le proclamer, c'était seulerilent s'engager à faire quelque chose. Le gouvernement provisoire se sentait-il plutôt disposé ii conserver qu'à renouveler nos institutions ?

Ces observations, le peuple les fit en un moment . Il remarqua en outre que deux noms manquaient à la signature de cette pièce : les noms de MM. Flocon et Albert. M. Ledru-RoUin n'avait pas sigtié d'abord. Son tiôtti figura pourtant au Moniteur après ta rectification d^Uri paragraphe , niais le nom de M. Albert, que M. Lôuis-Rlanc aurait, dit-on, ajouté sur épreuve, n'y existait pas.

Les proclamations et décrets suivants relatifs à la gà)*dë nationale, aux ministères, à la dissolution des Chambres, à diverses nominations, portaient également pour siiscription : « Au noin du peuple français. »

Ces décrets, copiés et imprimés, circulaient de main ëfl tiiàin dàtis les salles populeuses de l'hôtel de ville. On lès lisait à haiite voix en les accompagnant de commentaires. Dé là ils parvenaient à la foute immense qui couvrait la place de Grève. Des flots de nouveaux arrivants augmentaietit ssdaë cesse celte innombrable mùl-

312 SECONDE R3PUBLIQUE FUANÇAISE.

titudc. HWe débordait de la (dace jusque sur les quais, les ponts et les rues des alentours.

Partout on s'étonnait de ne pas voir, en tête de ces décrets, le nom de la République devenu le cri unanime de la population. Il n'y avait pas dix mille républicains à Paris la veille, mais Tidée avait germé tout à coup, et la ville entière s'enivrait d'un nom amené d'ailleurs par la logique des circonstances. Le mécontentement du peuple se traduisait en clameurs menaçantes qui arrivaient aux oreilles du gouvernement provisoire. La place entière boulait, comme une mer agitée.

Les scrupules des dictateurs faibhrent devant ces premières brises de la colère du peuple. On se hâta d'envoyer retirer du Moniteur la malencontreuse proclamation, et d'y substituer, au paragraphe parlementaire où il était question des préférences républicaines du gouvernement provisoire, une phrase plus explicite : « Le gouvernement provisoire veut la République, sauf ratification par le peuple qui sera immédiatement consulté (1). » La proclamation ainsi amendée fut lancée à grand nombre d'exemplaires du haut des balcons et des fenêtres du palais. La foule s'en saisit, les lut. La bonne nouvelle circula bientôt de bouche en bouche. Un immense cri de : « Vive la République! » s'éleva de la place, et, gagnant de rue en rue, il fut bientôt répété par Paris tout entier.

Mais la lutte était loin de finir à l'intérieur du palais. A chaque instant, des groupes furieux venaient heurter à la porte du cabinet où s'était enfermé le gouver-

(1) Voir le Moniteur univenel du 25 février 184tt.

nement provisoire. Les crosses des fusils heurtaient avec violence et faisaient craquer les serrures, il fallait parfois que des hommes dévoués, des élèves des Écoles polytechnique et Saint-Cyr, que des gardes nationaux, des citoyens animés du sentiment de Tordre, employassent la force pour soutenir le choc de ces agressions. MM. Louis Blanc, Flocon, Albert, les membres les plus populaires de ce Directoire, sortaient et allaient calmer la foule.

M. de Lamartine vint plusieurs fois haranguer les plus exaltés. Ce rôle n'était pas pour lui sans péril, mais il convenait à ses goûts et à son caractère. Les soupçons qu'il excitait irritaient son orgueil, comme le danger irritait son courage. Cette situation romanesque plaisait à l'auteur des Girondins. Mais souvent il ne recueillait pour prix de son éloquence que quelque réplique de ce genre : « Vous qui parlez si bien, ne cherchez-vous pas à nous endormir? » D'autres ajoutaient* : « Malheur à vous et à ceux qui, sous le nom de République, chercheraient à nous ramener Henri V ou la Régence ! »

Certains groupes répétaient avec obstination que Garnier Pages le bon était mort, et s'écriaient : c Nous voulons la tèle du maire de Paris !» M. de Lamartine étant sorti pour apaiser ces furieux, on cria : « Nous voulons la tète de Lamartine, c'est un aristocrate ! » — «Ma tète! répliqua-t-il; plût à Dieu que vous l'eussiez tous en ce moment sur les épaules. Vous seriez plus calmes ! » Le mot réussit. Le peuple passe aisément de la colère à l'enfantillage. Il se mit à rire. Un seul homme, plus acharné ou moins accessible à un trait d'es-

àl4 SEGONbË RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

prît, Saisit M. de Lamartine au collet, et lui dit : « Ce n'est |)as ici ta placé ; va chanter. » M. de Lamarline se dégagea et alla, en effet, du haut du perron de Hiôlel d^ ville, harangtl^r la foUlë. Dix mille hommes, dont les trolË quarts ne purent sans doute distinguer le sens de ^ës paroles, le couvrirent d'applaudissefcnents. Oa le repoKa éti Iriotiiphe au cabinet du gouvernement provisoire.

Une des plus bizarres prétentions de la multitude était de Vôit^ fohctionhéi^ le gouvernenient provisoire. è Nous avons été l^i àoUverit trompés ! » disaient-Ils. À peltiô M. dé Laiiiâî'liile était-il rentré dans ta salle du gduvehiëmeht, qu'une Irotipè considérable dé délégdés dé la place publique envahit rhôtel de ville. Le chef des premiers délégués, organisés dans le palais en pdstèé tWilîtakes, M. Drévet, enVoyà prévenir M. de LaitlàKinë. IJn grand bruit d^armes et de cris retentit dans lès escaliëris. Plusieurs portes furent brisées. Le gôuVéfneni)en( provisoire se criit perdu. 11 éleva à la hâte Une sot^té dé barricadé coiitrë la porte, entassant les meubles les uns sur les autres, et les soutenant de Tépaulè. « Ouvrez ! » vociférait la foule. « M. de LaliiâMine va soi tir, et s*àbôiichér avec le peuple,» rèpondit-ôn.

Là capitulation fut acééptée. M. de Lamartine sortit. El tandis que lé gouvernement provisoire se fortifiait eu édbelonhant de nouveaux postes, on entraînait ie pbête à là sâllé Saiht-Jean. u  bas Lamartine! » crfait-otl âiir son chemin. Un homme, dé stature gigan-* lésque, à longue bàrbé d'uû blond saie, Taposiropba en térfnèô injurieux. tJâ autre tira un coup de pistolet

GOUVBRNBMBNt IHlOtlSOlkS. 3^6

qui biôssa du nez un jeuûe hoinme qui se tenait prèë de lui. Le citoyen Drevët Be jeia^ le sabre à la main, au-devant de ces furieux. Arrivé à la petite extrade de la salle Saint-Jean, M. de Lamartine demanda ûht noiiveaux venus ce qu'ils Voulaient. «Persuadés, lui répondit-'On^ que vous ne vous êtes placés à là tète dtt gouvernement que dans l'intention d'escamoter la fé^ volution, et de ne point proclamer la République ^ tibtlfc venons nous installer en permanence auprès de vous^» — « Qu'est-ce qUl a prononcé le mot de République ? • articula M. de Lamartine? — «Tous! tôUs!»"^ « Savez-vous ce que c'est que le gouvernement fép^blicain? » ->- « Dites-le ! » Loi^squ'il eut fini de pàHéf, l'ours populaire était encore une fois muselé; Cette multitude, guidée par de très-justes instincts dé dé^ fiance, se croyait injuste, coupablcj àbuBéé^ etèerëti^^ rait en applaudissant. Étemelle histoii'e de là néiv^té liumainé !

Une petite proclamation, qui ne figulre pas au Monh* teur^ fut aussitôt après affichée dans Paris. Elle était conçue en termes destinés à mettre lés^ citoyens éU garde contre les calomnies qu'on faisait circuler sUr !% compte du gouvernement provisoire (1).

Dans ces heures dévorantes, où il fallait pourvoir à tout en n>éme temps, on avait oublié de fouf^tiir deè aliments à la multitude armée ^ qui s'était improvisée gardienne de l'hôtel de ville. Une foule de eombattahts^ qui arrivaient après deux jours d'absence de leur doitiicile, affamés et sans argent, criaient ; « Du pain seu^

{\) \o\rM%:Pihceê Jm9tifictUivé$t n. \2.

lement! nous ne demandons que du pain ! » On eut bien de la peine, au milieu d'un pareil désordre, à satisfaire à ces demandes. Il fallut que le dévouement individuel prit l'initiative. Le chef des délégués, Drevet, contribua de sa bourse pour une somme assez considérable à Tacbat des vivres. Les membres du gouvernement soupèrent à minuit d'un pain de munition et d'un reste de vin laissés par un huissier.

Les blessés gémissaient çà et là sur un peu de paille dans la cour et dans des coins du palais. On les réunit dans les chambres voisines de la salle du Trône. On assembla dans ces ambulances tout ce qu'on put trouver de matelas et de literies. Les docteurs Thierry et Samson, aidés des jeunes gens des écoles et des délégués, prodiguèrent à ces malheureux les soins les plus actifs et les plus affectueux.

H. Charles Lagrange se multiplia pendant ces premières heures de l'installation du gouvernement provisoire. Acclamé gouverneur de l'hôtel de ville par le peuple, il aida beaucoup à contenir les bandes d'assaillants qui se succédèrent à l'hôtel de ville jusqu'à une heure Irès-avancée. Le feu de ses regards, ses longs cheveux au vent, l'enthousiasme qui forme le caractère le plus saillant de sa physionomie, tout en lui contribuait à captiver les masses. Les vieux républicains, les hommes de barricades étaient heureux de voir au milieu d'eux le brave combattant*de Lyon.

Dans ses fonctions de gouverneur, M. Charles Lagrange était aidé par un homme énergique et actif, M. Rey, qui prit le titre de colonel et qui était digne à tous égards de le porter. On conçoit que la nomination

r.OUVEnNEMENT PROVISOIRE. 31?

(l'un gouverneur de l'hôtel de ville devait amener un conflit de pouvoir entre les délégués et H. Lagrange. Il ne se produisit pas d'abord, mais il éclata le lendemain. Le résultat fut de délivrer le gouvernement provisoire de la surveillance inquiète des délégués.

Vers minuit, la plupart des membres du gouvernement provisoire, brisés de fatigue, épuisés de besoin» s'étaient retirés. L'accablement était si grand, après une telle journée, que plusieurs des citoyens accourus pour aider le nouveau pouvoir dormaient sur le parquet. Malgré les efforts des dictateurs pour rétablir Tordre, l'aspect de Paris n'était pas rassurant. Aucune force constituée, aucun pouvoir régulièrement établi ne garantissait la société contre un coup de main. Les barricades et les hommes qui les gardaient étaient à peu près la seule force publique qui veillât sur la capitale. L'armée se désorganisait avec une effrayante rapidité. La garde nationale, revenue d'un premier enivrement et comprenant enfin la conséquence des banquets, cachait sa honte et ses terreurs. Tout citoyen était devenu magistrat, selon l'expression du gouvernement provisoire. Mais rien ne les reliait en groupe, et parmi les douze cent mille magistrats dont se composait la population de Paris, on pouvait bien compter trente mille voleurs^ vagabonds et repris de justice.

Le gouvernement provisoire eût pu amener le rétablissement de l'ordre en se concertant avec M. Caussidière, mais il avait des motifs pour ne pas le faire. La nomination d'un maire de Paris allait mettre la Préfecture de police à la disposition de M. Garnier Pages. Or, MM. Caussidière et Sobrier, désignés par la réunion

348 SBCOMB RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

de U Réfom^^ ne pouvaient point convenir à Tancien rédacteur du J^atùmat. Ils envoyèrent dans la soirée la note suivante à l'hôtel de ville : « Nous n'avons encore reçu ^ii^Qun mot d'ordre du gouvernement provisoire ; il est urg^pt qu'il noua soit transmis immédiatement pour éviter les conflits. » Ils ne recurent point de réponse.

M. Caussidière avait isolément pris quelques mesures d'virgenQe. Lorsqu'il arriva à l'hôtel de la Préfecture, Q^viron deux mille sept cents hommes de garde municipale s'y trouvaient encore. Ils se retirèrent. La garde Hiunicipale dut laisser ses armes. En arrivant au quai, q^e1ques-uns de ces boiqpaes essuyèrent malheureusement une fusillade qui en tua plusieurs. Aidé d'un capitaine de la 1 1 « légion et del'adjudant Carôn, H. Caussidière organisa un service militaire, composéde gardes mitionaux et surtout d'insurgés. Labrigade des porteurs de dépêches fut augmentée. Le service des sapeursl^mpiers fonctionna comme de coutume et eut même l'occasion d'éteindre un incendie au Palais-Royal. Le Qâliveau préfet et son collègue M. Sobriertirent afficher leaoir mèmeupe proclamation au peuple souverain a»nooçant la nomination du gouvernement provisoire et engageant les citoyens à ne pas quitter leurs armes et leurs positions.

Cette proelamation ne fut pcunt insérée au MmikHr (4). La nomination de MM. Caussidière et Sobrier n'avait pas été ratifiée par le gouvernement provisoire. Hais lorsqu'à minuit, M. de Lamartine, accompagné de

(t) Toîr aux P^cêê Juiti/kmfiveiy n. 1.%.

GODTBRNBMBNT PaOTlSOlRB. 319

MM. Payer, Faivre et Ernest Grégoire, sortit de rtiôlej (le ville, il put apercevoir les barricades <|ui entQiira^i|| la Préfecture de police garnies d'insiur|gés bien armé^fit vigilants. Des lampions et d^s fçux de bivacs faisaiçp,( étinceler les baïonnettes dans les ténèbres. Lq Préfecture avait plutôt IVir d'un camp de partisans, hardiment poç^ au milieu de Paris, que de l'hôtel d'une administration municipale. Ce tableau dut inspirer à M. Garnier P^gè^, s'il put le contempler, de prudentes réflexions.

Paris était paisible et mieux gardé que par une armée. Derrière les barricades, les insurgés fumaient leur pipe au feu des bivacs, causant de l'avenir de cette jeune République née des idées du siècle et d'une mauvaise humeur de bourgeois libéraux. Ils s'entretenaient d'espérances d'avenir. Pauvres gens! qui ne voyaient pas combien l'avenir était chargé d'orages. Ils s'enivraient d'un mot, d'un cri. Ils oubliaient que la société française a été intégralement brisée en 1 789; que la Déclaration des droits a émancipé tous les citoyens, mais que nul gouvernement n'avait réussi à constituer le contrat do l'autorité nouvelle, le pacte des hommes libres, le joug qui doit les asservir à une raison sociale; ilsîgnoraientque nul, parmi leurs dictateurs du jour, n'était apte à leur faire accepter ce joug ou à le leur imposer au besoin. Ils parlaient de vertu, de fraternité, de bonheur, et jamais plus de misères et de crimes ne devaient sévir contre ce fier peuple. Chaque cri d'enthousiasme, le soir du 24 février, était une promesse de sang. Car au fond et sans s'en douter, chacun, en criant : «Vive la République, » criait très-équitablement: «Vive moi! » Le foyer de l'autorité tendait à se transporter parcellai-

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rement du centre à la circonférence, mécanisme antimonarchique fort simple sur le papier, mais que les conditions existantes, la mauvaise fortune qui frappe les nations comme les individus, le manque d'un homme spécial peut«>étre, rendaient plus obscur que les mythes de rinde.

Les complications allaient commencer dès le lendemain J

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