CHAPITRE Vm
La société française manque de garanties. — Instinct des sectes socialistes. — Elles s'unissent aux néo-jacobins pour la manifestation du 25 février.. — Le drapeau rouge. — Ses significations contradictoires. — Horreur qu'il inspire aux conservateurs •— La Grève au point du jour du 26 février. — Arrivée des hordes de la misère. — Envahissement de Thôtel de ville. — Affluence des cadavres qu'on apporte au palais de tous les points de Paris. — Chevaux morts traînés sous le porche. — M. Auguste Blanqui. — M. Flocon part à la tête d'une colonne pour le fort de Yiucennes. — Résistance du gouvernement provisoire aux volontés de Témeote. — Faible insistance de M. Louis Blanc. — Hésitation. — Sortie de M. Goudchaux contre le drapeau rouge. ^ L'ouvrier Marche. — Droit au travail. — Petit décret de M. Louis Blanc. — Nouvel assaut donné au gouvernement provisoire. — M. de Lamartine devant le peuple. — Sa trahison involontaire. — Son amour des applaudissements.— Discours en faveur du drapeau tricolore. — Un mendiant embrasse M. de Lamartine. — Défaite du drapeau rouge. — Indécision de M. Blanqui. •— M. Charles Lagrange nommé gouverneur de l'hôtei de ville. -^ Conflits entre le gouverneur et les délégués du peuple. — Us refusent de laisser enlever les cadavres. — Décrets divers du 25 février. — Incendie du château de Neuilly. — Dévastations dans la maison de M. de Rostchild à Puteaux. — Retour de Vincennes. — Adhésions des grands corps de l'État an régime nouveau. — Les départements acceptent la République. — Bruits erronés sur la fuite du roi et de sa famille.
La journée du 26 février 1848 eut une influence décisive sur les destinées de la seconde République française. Le parti conservateur devait remporter sur Tesprit révolutionnaire. Mais il est juste d'ajouter que s la République était possible, inévitable en février 1848, elle ne pouvait l'être avec les conséquences que les
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Français de notre époque prétendent attacher à son nom.
La société des hommes libres du xix<» siècle sent très-bien Tisolement qui résulte de la déclaration des droits. Elle n'ignore pas que dans le morcellement des classes, dans le nivellement qui réduit un peuple à la molécule individuelle, Thomme reste faible, livré à sa seule force et aux coups de la fortune. La grossière assurance mutuelle des sociétés anciennes et du moyen 'âge, celle du maître et de l'esclave, du seigneur et du Tassai n'existe même plus ici. Dans la bataille de la vie chaque homme ne peut plus compter que sur sa propre force. La société américaine a trouvé moyen de se former et de se développer sous Tempire de ce principe féroce, et une sorte de solidarité indirecte, sans amour, sans charité, née du jeu suractif des capitaux et d'une profonde compréhension des intérêts individuels, a pu sauver cette vaste association industrielle. Mais chez nous, peuple catholique et monarchique , hommes de sentiment accoutumés au régime de l'autorité, la liberté ne fut profitable qu'à un petit nombre d'hommes, à cette classe moyenne qui se rapproche des Américains par son culte pour les intérêts matériels. Le reste de la nation, la grande majorité du pays, s'effraya de se trouver livré aux chances aléatoires d'une vie libre, mais sans garantie. Depuis la déclaration des droits, les Français pouvant aspirer atout, moàs n'étant pas même sûrs de manger du pain, vivent dévorés de souci, d'ambition et de misère.
Tous les grands esprits du xix« siècle ont été frappés de cette laeuaev Le sœialisme dcmt on a dit trop de
iQalt tUeste au total l'ardente recherche ë'uiie garantie indispensable à la société, française. En ocmsiatantja cacophonie de ces sectes groupées sous im nom jéné^ rique, en n'oubliant pas que les utopies sont lés remèdes ,de bonne feisume, les drogues empiriques etd^see^ rées des sociétés malades, il est permis d'affîmev aû^ jourd'hui où nulle passion ne se «néle à ces réflexions sur les rives du Cocyte, qu'il passera quelque ehose^de Saint-Simon et de Fourier dans nosinstUtions fti^ tures.
Surprises, conHne toutfo mondevde la victoire de> lévrier et de la pmclaoMtUoade la République, le» sectes socialistes n'eiii*en( pofs le temps àe se* préparer à intervenir, dès le premier moment^ dans la formation du pouvoir. Jusqu'alors elles, ni'exiétaient pas à l'état de parti. Elles formaiîent, ()our. aÎBsi dire, un certain, nombre de .petites églises desservies par des ministres de différentes commuions, et soutenues par leuts fidèles respectifs.
Très-près de ces seotes^îlfaut placer le/ JaeobnMme. Cjel^^ei avait beaucoup contribué ai la victoire dd février. Il ne lui fut pas difiScile de comprendre aux pl^e^^ mières proclamations du gouvernement provisoire que le gou^vernement ïviu^is n'avait &ît que changer 4é nom. Le soir même du 34' février les hommes de ce parti énergique purent^ se communiquer leurs iuiffe^ sions dansles groupes de la Grève et ie la.BastiUe«I/i^ 4ée d'exercer une pression sur les dictateurs ou pi»*tôt de susciter une agitatie«i qui les emporterait ^ass la tourmente, germa dans l'esprit des méèontents. AjlOQtops à ces causes de lérmenjtttiony une^fiM^e 4ê
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bruits sinistres qui, en alarmant les révolutionnaires, les poussent aux mesures extrêmes. On redoutait les forts, un retour imprévu des princes, une intrigue de la duchesse d'Orléans avec certains membres du gouvernement provisoire, mille autres dangers plus vagues et d'autant plus propres à troubler les âmes.
La première pensée des agitateurs fut de trouver un signe de ralliement, une couleur qui devint en même temps celle de leur drapeau. Afin de séparer plus radicalement la République du passé, ils forceraient ensuite le gouvernement provisoire à arborer ce drapeau révolutionnaire. On fît choix du drapeau rouge. Pendant la nuit même du 24 février, ils travaillèrent activement à confectionner des drapeaux et à distribuer des lambeaux d'étoffe rouge qui devaient servir à la manifestation du lendemain. Quelques membres du gouvernement provisoire, en revenant à Thôtel de ville sur la fin de la nuit, rencontrèrent des groupes d'hommes portant déjà à la boutonnière la couleur qui devait apparaître, comme une aurore sanglante, avec les premières lueurs du jour. Ils prirent cela pour un signe de ralliement et rien de plus.
Le drapeau rouge était bien choisi. Quoi de plus beau que le rouge ? Il enchante l'œil comme une fanfare enchante l'oreille ^ il est sonore comme un hallali dans les bois. Sa couleur est celle du sang et par conséquent de la vie. Le rouge excite au combat. Les soldats romains s'habillaient de rouge pour que l'ennemi ne vit pas leurs blessures. Le rouge resplendit dans les pompes de l'Église. C'était la couleur de T oriflamme gauloise et du vieux drapeau français. Les fédérés de 1 79SI,
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luttant contre la réaction du pouvoir, levèrent le drapeau rouge. Chaque fois qu'un tas de pavés s'est dressé au coin d'un carrefour contre la monarchie, on a presque toujours vu flotter un guidon rouge au sommet. Au total quelqu'antécédent historique ou symbolique qu'on puisse lui donner, cette couleur rouge exprimait à Paris au xix« siècle, je ne sais quel sentiment insurrectionnel qui devait lui attirer fort légitimement Tanathème du parti conservateur.
Par un intérêt du même genre, les sectes socialistes ne virent pas plutôt étinceler cette flamboyante bannière, qu'elles accoururent comme abeilles à la ruche. Et dès lors, il ne manqua plus qu'un acte public pour que toutes les petites églises du socialisme devinssent un parti.
Pendant toute la nuit, des groupes stationnèrent sur la place de l'hôtel de ville et dans les rues voisines. A mesure que les ténèbres se dissipaient, ces groupes devenaient plus compacts. On voyait arriver des escouades populaires armées de fusils, d'armes de tout genre, précédées d'un drapeau rouge et portant à la ceinture une bande d'étoffe rouge. D'autres en ornaient leur bras ou leur boutonnière* Ils distribuaient à la foule des pièces d'écarlate qui, lacérées en milliers de morceaux, allumèrent bientôt la Grève, les quais et les rues voisines d'une poupre incandescente.
Les dictateurs, le visage collé aux vitres, purent juger de l'effet dès les premiers rayons du jour. Ils ne laissèrent pas d'être fort inquiets de cette scène à laquelle ils comprenaient peu de chose, sinon que cela ne présageait rien de bon pour eux. Ce peuple devenu tout
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rouge comme par enchantement, ne pouvait avoir qae des intentions hostiles. Leur effroi dut augmenter en s'apercevant que les mécréants avaient poussé Taudaée jusqu'à mettre un drapeau rouge dans les mains dt la figôve équestre du YeK-Galant et que des bras coupables secouaient déjà des bannières de pourpré à quelques fenêtres âeTliotel de ville.
Le palais était gardé par les postes des délégués placés en travers de la principale porte. Épaulés eoMre les muraiUes, ils pouvaient mieux résister aux envabisseideDts de Téitieute. D^mcieâtt cafi<Onnifers, rentrés depuis longtemps parmi le peuple, se souvenaient de leur premier métier. Ils se tenaient debout, mèche allumée, à côté des canons.
Quand le jour se dégagea entièrement, toute la mul« titode rassemblée en Grève déchargea en Fair ses pistolets et ses fusiis<, comme si elle eut voulu par cette salve, célébrer le fOur de son triomphe. Les dictateurs tressaiUirent. Ne sachant à quelle cause attribuer eelte' fbsiUade universelle, ils seréfugièrent entre les fenêtre^. U est ibcile à un gouvememenft établi d'opposer une résistanee à l'éitieute. Telle n'était pas la situation des dictateurs de février, maîtres d'un pouvoir désorganisé, dépourvus de sol^dats et de garde civique. Tandis que MM. Marrastet Made envoyaient inutilement demander du secours aux maires de Paris^ l'exaltation augmentait dans les maa»^. 1^ orateura dégroupés éf^auffâfiént les tètes; D13 temps em temps on voyait toés les bras tendus vers to pafatts an cri dé : Yivé la République ! comme si le peispita eut craim qa'to ne v^uhit lai lui enlever.
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Tout à coup, une saurage clameur retentît autour de la Grève. Des chants et des cris sans nom étonnent et réjouissent le peupfe qui sent venir du renfort. Les ar^ tères qui s'ouvrent sur la place, vomissent une armée d'hommes en guenilles, d'enfants perdus de la civilisation. C'est la petite et la grande truanderie, la sainte canaille, la vraie, celle qui croupit dans l'ignorance, le crime et la misère, et qui semble expier les joies et les vertus des heureux de ce monde par tous tes vices et les maux dont elle est chargée. Elle venait, eHe aussi, donner l'assaut au gouvernement provisoire, eachant peut-être dans ses rangs quelque dictateur lépreux qu'elle eut mis au pouvoir et qui eût sans pâKr, entre la potence et la morgue, tranché dans le vif de la société.
La multitude oscilla sous la pression de ces bandes. L'armée des pauvres passa, entraînant une partie de peuple au chant de la lUarseillaise. On vit alors une cinquantaine de mille hommes, criblée de taches rouges, se ruer contre le palais et s* engouffrer sous le porche de la grande entrée, comme l'eau dans une écluse. Aucune résistance n'avait été possible. Quand l'hMel de ville fut plein, ce qui restait dehors couvrait encore la place tout entière. Debout devant le palais, la multitude chantait une Marseillaise monotone et téttia*
Les dictateurs comprirent renvabisiement du palais au tumulte extraordinaire et aux coups de fusil qu'on entendait dans les couloirs et lei escalieri. Les élèves des écoles, les partisans du pouvoir, quelques amis particuliers des membres du gouvernement, formaient un rempart de leurs corps aux dictateurs acculés, comme le sanglier par la meute. Dans la salle Saint-Jetn, dans
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les cours, dans tous les endroits où il était possible de former une assemblée, les discours et les rixes avaient commencé; sur les marches des escaliers, des philosophes, pieds nus et sans manteau, cuvaient Teau-de-vie de la nuit en grommelant des malédictions inintelligibles.' Et pendant ce temps, sur la Grève, le joli drapeau rouge flottait toujours au vent matinal qui venait de la Seine.
Plus d'un membre de cette dictature bourgeoise regretta peut-être en ce moment ses pantoufles et M. Guizot.
Un fait étrange et qui semblait le résultat d'un plan prémédité, contribuait puissamment à augmenter l'exaltation du peuple. De tous les points de Paris, des cadavres étendus sur des brancards étaient apportés à l'hôtel de ville. Les civières étaient ordinairement portées par quatre citoyens, à peine vêtus, et dont la condition ne valait certes pas celle du compagnon qu'ils venaient ofirir en spectacle au gouvernement provisoire. Qui avait donné l'ordre d'apporter ainsi tous ces cadavres au même endroit? On l'ignorait, mais il en arrivait comme par enchantement. La foule s'écartait pieusement devant les porteurs, qui entraient sans obstacle dans ce palais inabordable.
La salle des morts déborda bientôt. Alors fatigués d'empiler leurs sinistres fardeaux, les porteurs seaièrem partout leurs cadavres. On en mit au beau milieu de la salle Saint- Jean, dans les cours, sur les marches des escaliers. Quelques-uns, tués de l'avant- veille exhalaient déjà une odeur infecte.
Comme pour compléter cette lugubre mise en scène,
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des bandes de hideux petits gamins , qui jouaient et barbottaient dans le sang, depuis la veille, autour des chevaux morts, s'avisèrent d'une étrange chose. Ils se procurèrent des cordes, passèrent des nœuds coulants au cou des chevaux et s'attelant en grand nombre, ils parvenaient à traîner la charogne jusque sous la grande voûte du palais où ils Tabandonnaient. Ils couraient ensuite en chercher une autre et ils en eurent bientôt jonché la première cour. Tout cela formait un spectacle funeste et démoralisant. Le sang ruisselait partout; de sorte que les lambeaux d'étoffe rouge attachés aux habits des patriotes, ressemblaient aussi à du sang.
Cet envahissement de la mort devint tel que les docteurs Thierry et Samson, effrayés, montèrent au cabinet du gouvernement provisoire, et dirent à M. de Lamartine, qui Ta répété dans le récit de ses actes pendant la révolution : « Les morts nous submergent; qu'allons-nous devenir? »
Un bruit très-inquiétant pour le nouveau pouvoir ajoutait encore à toutes ces causes d'anxiété. M. Auguste Blanqui était arrivé de la maison de santé des environs de Blois, où il avait obtenu de passer le temps nécessaire au rétablissement de sa débile constitution. On assurait, qu'à la tète de deux cents conjurés, il devait s'emparer de l'hôtel de ville et en chasser le gouvernement provisoire. Deux cents hommes résolus, dirigés par M. Blanqui, étaient en effet beaucoup plus redoutables qu'une multitude sans volonté déterminée et sans chef.
Cinq .membres du gouvernement MM. Marie, Garnier Pages, Crémieux, Laujartine et Flocon étaient alors à
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rhôPél rfc yîHe. M. Ledru-RoHm, qm venait d^afriver, n'avait pu se faire jour à travers la mukitud^ et pé«nétfer josqo'an cabinet du Conseâ. Il attendait dans la loge du concierge que ce torrent d^hommes s'écoulât et lui permit de passer. Les dictateurs ne resteront bientôt plus qu'au nombre de quatre. M. Flocon ventât de descendre sur la place pour se mettre à la tête d'une colonne considérable qui voulait absolument marchés à l'attaque du fort de Vincennes. Le fort était gardé p» une nombreuse garnison. Dans l'état d'exaltation du peuple, des actes de violence dont pouvait résulter un combat, étaient à craindre. En dirigeant luf-mémerexpédition,M. Flocon espérait éviter de grands malheots.
Les orateurs de la foule étaient enfin parvenus jusqu'aux membres du gouvernement provisoire, ils demandaient aux dictateurs compte des heures écoulée». Ils voulaient qu'on substituât le bonnet phrygien et le drapeau rouge au coq gaulois et an drapeau tricdtore. Ils réclamaient le désarmement de la garde nationale si longtemps complice de la monarchie, une déclaration de guerre aux rois de l'Europe, l'arrestation deê^ ministres, le procès du roi, la confiscation de ses ïÀem au profit de la nation. Ces discours vigoureux étaieaf tenus lesarmes^à la main. La situation des quatre dictateurs présents prenait une tournure assez mauvaise. Heureusement pour eux, M. Louis Blanc arriva. Il parvint, aidé de BtM. Marrast et Bastide à faire évacuer le premier étage.
Au fond, ce qui se passait en ce moment, n'était que la continuation de la lutte entre le principe conservateur elle principie révolutionnaire. En arborant le dra«-
peau rouge, symbole de Tunité, le gouvertiement donnait un gage àlai^éyolution. Il se séparait radicalement du régime déchu. L'instinct du peuple était sûr. Il est juste d'ajouter que le rouge n'avait pas tout à fait, au 25 février, la significatioifi terroriste que nos guerres civiles lui ont donné depuis.
Pdf un instinct non moins sûr que cdui du peuplé, la majorité conservatrice du gouvernement provisoire, opposait une résistance désespérée à la transformation des couleurs nationales. Elle oubliait qu'on eût été en droit de lui demanda en vertu duquel principe elle avait détrôné Louis-Philippe, et s'était en^parée du pouvoir puisqu'elle persistait à suivre les errements du passé, à conserver presqu'intact le feisceau politique et administratif laissé par son prédécesseur? Louis-Philippe n'avait-il pas accepté 1^ Réforme? Si la révolution devait s'arrêter là, pourquoi s'être mis à sa place?
M. Louis Blanc ne se dissimulait pas absolument f im^ portance de la manifestation, mais il n'en vit pà^ toutes les conséquences. Un instant délivré de la pression de l'émeute, il plaida en faveur du drapeau rouge, plutôt en historien qu'en politique. Le trouble et l'émotion que laissaient derrière elle ces violentes agressions, ne lui permirent sans doute pas de sentir quMl y avait presque une question de vie ou de mort pour la révolution dans ce simple fait. 11 ne vit pas le danger qui allait résulter de laisser le lendemain même de février, la victoire à l'esprit de conservation. Il parla du drapeau tricolore sans passion, sans conviction, rappelant qu'il avait été créé pour les besoins d'une autre révolution, dont la première tactique fbt de confondre les
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trois ordres. Chose étrange, la mollesse même de l'argumentation de M. Louis Blanc lui ramenait les esprits de ses adversaires, et le drapeau rouge Teùt emporté sans l'intervention du banquier Goudchauxqui entra.
Avec ce puissant instinct de conservation de soimême qui donne une si grande force à la classe moyenne, le ministre des finances de la seconde République vit que le pouvoir allait à la révolution. Il se déchaîna contre le drapeau rouge, avec une conviction si vraie, avec une énergie si désespérée, que M. Louis Blanc, moins clairvoyant, moins convaincu, céda.
Mais le peuple ne cédait pas encore, lui. Un grand bruit éclata dans les corridors. On entendit briser des portes. Les élèves des écoles qui gardaient le gouvernement, les consignes postés dans les antichambres, furent culbutés. Une foule irrésistible arriva jusqu'à la porte du Conseil. Elle s'arrêta sur le seuil. Un seul de ces hommes se détacha du groupe, et s'avança le fusil à la main.
C'était un jeune ouvrier d'environ vingt-cinq ans, nommé Marche. Ses traits, malgré leur altération mo* mentanée, devaient être beaux. Il paraissait très-ému. L'œil étincelant, le visage pâle, il fit en entrant sonner sur le parquet la crosse de son fusil. D'une voix rude, il déclara qu'il venait au nom du peuple. En même temps, il montrait du geste cette immense fourmilière humaine, répandue sur la Grève. Il parla en maître, accentuanl sa phrase d'un coup de crosse de fusil, qui tombait comme une menace à la fin de chaque injonction.
L'ouvrier Marche venait au nom du peuple, sommer
eOUVBRNBlIBNT PROVISOIRE. 333
le gouvernement provisoire d'avoir à décréter à la minute le droit au travail, l'égaUté des conditions, et l'acceptation du drapeau rouge. Il parlait le fusil en main, cinquante mille hommes armés derrière lui, comme s'il eût tenu en son pouvoir la vie des dictateurs. Outre MM. Grémieux, Lamartine, Garnier Pages, Marie, Marrast et Louis Blanc, il y avait là un groupe d'hommes parmi lesquels se trouvaient MM. Bûchez, Flottard, Payer, Bastide et Barthélémy Saint-Hilaire, etc. Plusieurs d'entre eux prirent la parole pour répondre à l'orateur du peuple.
Avec cette sécurité profonde que donne l'ignorance, l'ouvrier Marche venait de poser au gouvernement provisoire, la grande question du xix« siècle , la garantie cherchée si laborieusement par tous les penseurs. Et il leur demandait à la minute la solution du problème. Le tort des révolutionnaires est d'imaginer qu'on applique un système à une société, comme une méthode d'enseignement à une école, ou à un régiment. Rien n'était plus simple que de décréter le droit au travail, rien de plus difficile que de l'appliquer. Le droit au travail se lie à son organisation. L'un et l'autre ne sauraient naître que de l'accord des volontés. La société nouvelle se reconstruira par le développement du principe de l'association, comme la société industrielle du moyen âge s'est construite jadis par l'esprit de corporation.
Sans doute l'ouvrier Marche était de bonne foi. Il ne lui était pas possible de voir qu'il disait une absurdité, et qui pis est une impossibilité. Les dictateurs l'écoutaient consternés. Un seul éprouvait une joie pro*
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foDde, M. Louis Blanc. Celte pression venait en. aide à ses secrets desseins. Il eut un moment cette illusion de croire quUl lui serait peut-être donné de faire passer la société parle trou d'aiguille de ses petits livres. Cooime si la société se modelait jamais sur un livre, ce livre fût-il Tœuvre du plus puissant génie ^ue> la race humaine ait enfanté.
M. de Lamartine qui, dans toutes ces circonstanceSy jQuait en quelque sorte un rôle de magnétiseur^ essaya .^e calmer Touvrier en colère. « Ne m'endormez pas avec vos habiletés de langue, » lui répliqua le brave utopiste. Mais ses compagnons, moins prudents, exigèrent qu'on laissât parler M. de Lamartine. Aussitôt ses lèvres s'ouvrirept, et les paroles commencèrent à couler. Elles produisirent leur effet ordinaire^ Noyée dans un flot d'éloquence sentimentale, Ténergie du sauvage mollit. Pendant ce temps, H. Louis Blanc rédigeait dans l'embrasure d'une fenêtre un petit décret ainsi conçu :
« Le gouvernement provisoire de la République française s'engage à garantir l'existence de l'ouvrier par le travaU ;
» Il s'engage à garantir du travail à tous les eitoyena;
» Il recoQoait que les ouvriers doivent s' associer entre eux pour jouir du bénéfice de leur travail ;
» Le gouvernement provisoire rend aux ouvriers, auxquels il appartient, le million qui va échoir de la Uste. civile (1). »
En rec^vaqt ce papier, l'ouvrier Marche, crut qu'il
(1) V<ûrlei(E^f<Mfr iiMNP€i^/, des 2é «t ^ iéfriir 1148.
possédait quelque cbose. En rédigeant pe. décret, M* Louis Blanc s'imagina qu'il engageait le gouvernement provisoire. Tous deux se trompaient* L'écritai*e ne garantit pas mieux que le di^couj^s., Un engagement n'a de valeur qu'autant qu'il est d'une exéc^Uioq possible. La société française ne pouvait; pas en 1848 se garantir du travail. Si elle avait été as^ez éclairée ou plutôt assez formée à cet ordre de civilisation^ elle n'eut pas attendis, pour le mettre en pratique un cbiffon de papier de M. Louis Blanc ou de tout autre dictateur aux écritures.
Lorsqu'une société, n'est pas étouffée par soq gauvernement, i^lle donne ordinairement d'elle-même la mesure de son entité. Si le problème qjui tourmente la France du xix« siècle avait été mûr, la société fran- . çaise, le 25 février, débarrassée du système de la monarchie constitutionnelle, se fut instinctivement précipitée dan« l'ordre nouveau où l'eût appelé son génie.
L'ouvrier Mardie et la cohorte qui l'avait vomi comme un sphinx au sein du Conseil épouvanté, rétro* gradèrent joyeux. La multitude du dehors, vierge de paroles et d'écritures, ne partagea paacette^atifi&ction* Elle retint à l'assaut du gouveraementé II était midi^ La Grève toute rouge hurlait pay cent mille voix confondues en une seule. Cette foule tourbilloaoâ comma we bourrasque sous le porche du palais. Ceuj^ du dedans étouffés crièrent : « Aux armes ! » Hais, foulant aux pieds les vivants et les morts, les assaillants gravissaient le grand escalier. Les postes repoussés , n'osant pae se servir de la baïonaette^ demandèrent à grands cria un orateur : cLmartiiie l Laïaartine ! » 8'écriaient-ils« Ce-
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lui*ci, épuisé, soufflait étendu sur le parquet. Il se leva et descendit. Quand il eut paru, les assaillants lui crièrent un seul mot : « Traître ! »
Cette fois encore Finstinct du peuple était juste. Mais ce qu'il y avait d'étrange et de fatal dans cette situation, c'est que celui-là qu'on accusait de trahison trahissait sans s'en douter et avec les meilleures intentions du monde. Successivement légitimiste , orléaniste, gauche dynastique, etc., il se croyait sincèrement alors républicain. Au fond, et sans y songer, il s'abandonnait à sa nature de poète. Heureux de dire de belles phrases, d'exercer sur la foule l'influence du discours, d'augmenter sa popularité, de caimer les passions comme un Neptune les flots, enivré du charme de régner sur les cœurs et sur les imaginations, s'offrant à la classe moyenne comme une planche de salut, à tous les partis comme l'homme des transitions, noyant dans le miel toutesles mouches qui l'approchaient, il paralysait la République et gagnait des suffrages. Comme le peuple le lui avait justement dit, il endormait. Comme il le lui disait alors, il trahissait. M. de Lamartine est l'homme qui a le plus contribué à perdre la révolution.
Il prit la parole et usa de ce moyen tant de fois employé, qui consiste à enivrer le peuple d'admiration pour lui-même. Moyen infaillible, hélas! Il s'éleva ensuite avec force contre le drapeau rouge, parvint à assombrir la plus belle, la plus vivante, la plus gaie des couleurs. Il en fit le pavillon des villes assiégées, le signe de la désolation et de l'effroi, le drapeau de la terreur. Il lui donna malheureusement la signification qu'il aura un jour ou l'autre dans l'histoire de ce peuple aux pri-
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ses avec le problème d'une civilisation nouvelle, parce que nulle parole ne tombe à terre qui ne germe à son heure. 11 termina par une subtilité rhétoricienne dont la classe moyenne allait s'emparer un moment après, pour l'exalter, la répandre, la glorifier, mais au total pour s'en faire un instrument de contre-révolution et de conservation de ses privilèges.
Animé d'une conviction fugace comme la fièvre, M. de Lamartine s'écria : «Le gouvernement je lésais, est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi jamais ma main ne signera ce décret ! Je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang, et vous devriez le repu* dier plus que moi ! Car le drapeau rouge que vous nous rapportez n'a jamais fait que le tour du Cbamp-de- Mars, traîné dans le sang du peuple^ et le drapeau tri« colore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie !» — « Quand on parle comme ce brave citoyen, dit un des auditeurs, on a du cœur dans le ventre, ou je ne m'y connais pas. Celui-là sait nous rappeler nos campagnes et notre vieille gloire (1 ). » M. de Lamartine fut pressé dans les bras de ses amis.
Mais le gouvernement pas plus que M. de Lamartine n'était décidé à mourir pour le drapeau tricolore. On préparait un drapeau rouge au moment où le banquier Goudchaux brisa le courant par sa puissante et instinctive répulsion. Dans son rapport du 6 mai 1848, M. de Lamartine s'exprima ainsi : « Le drapeau rouge présenté un moment, non comme un symbole de menace
(1) Voir la relation du délégué Dr«Tet.
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et de désordre, mais comme un drapeau momentané de victoire (1)... » Que signifiaient donc alors ces anathèmes lancés avec tant de violence dans la matinée da 25 février?
La multitude avait rétrogradé à la suite de ce discours, mais une nouvelle bande amena un reflux. «Le décret! Le décret ! s'écriait-elle, ou le gouvernement des traîtres à la lanterne! » M. de Lamartine, à qui nul ne saurait contester le courage physique, vint au-devant de cette horde. Il monta sur une mauvaise chaise et essaya de se faire entendre. Les assaillants les plus rapprochés du groupe qui l'entourait, rugissaient de fureur. Ils le menaçaient de leurs armes. Un mendiant, qui s'était pris d'enthousiasme pour le poète orateur, le couvrait de son corps. Cet homme était blessé au visage, de sorte que son sang coulant sur M. de Lamartine, fit croire qu'il était blessé lui-même et lui attira un mouvement de sympathie. Il en profita pour parler. Quand il eut fini, le mendiant se jeta dans ses bras et s'évanouit. En tombant il entraîna M. de Lamartine qui fut retenu par les mains de ses amis.
Saturée de discours, la foule fléchit et rétrograda jusqu'au dehors du palais. Des bandes irritées^ mais craignant sans doute qu'une lutte sanglante ne perdit la République, se retirèrent emportant ce drapeau rouge qu'on devait revoir en de si fatales conjonctures. Le drapeau tricolore, replacé dans la main du Béarnais, flotta aux fenêtres et reparut avec éclat dans les quartiers riches. Les amis du pouvoir secondaient ce mou*
(1) Voir le Moniteur univenel, da 27 mai 1848.
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vement de retraite. Pendant plusieurs jours encore, on vit des morceaux d'étoffe rouge à la boutonnière d'une partie de la population, mais le nombre de ceux qui persistaient à le porter diminuait de jour en jour. On n'en vit bientôt plus. Le lendemain même du combat, la révolution venait d'essuyer une défaite.
On prétend que dans la soirée, M. Auguste Blanqui, effrayé lui aussi des conséquences d'une crise dans un 'pareil moment, renonça au projet qu'il aurait eu de chasser de Thôtel de ville le gouvernement provisoire. Les hommes réunis en armes dans la salle du Prado furent, dit-on, congédiés. Il ajourna ses entreprises et crut devoir se borner à un rôle de surveillance et d'expectative. C'est un des aspects de ce caractère, que nous étudierons plus loin, de manquer d'audace en des circonstances où il semble que la Providence se plaise à lui mettre aux mains la destinée des partis.
Au moment où les légions du drapeau rouge battaient en retraite, M. Charles Lagrange entra dans la salle du Conseil et dit : « Je suis Lagrange, de Lyon. Vous avez besoin d'un gouverneur, nommez-moi. » M. Lagrange avait déployé une activité fiévreuse depuis la veille, il était souvent parvenu à calmer le peuple qui l'aimait. On le nomma. MM. Marie, Louis Blanc et Garnier Pages signèrent le décret qui lui conférait les fonctions de gouverneur de l'hôtel de ville. Cet incident eut pour résultat d'amener presque aussitôt un conflit de pouvoir entre le gouverneur et les délégués du peuple. Les dictateurs se trouvèrent bientôt délivrés d'une surveillance importune et jalouse.
Tout dans cette journée devait contribuer à l'affer-
missement du gouvernement provisoire. Il avail Juré vingt-quatre heures. C'était déjà suffisant pour constater une sérieuse prise de possession.
La victoire du drapeau tricolore contre le drapeau rouge fut le soir même célébrée par des illuminations dont la classe moyenne fit largement et joyeusement les frais. Le lendemain un décret fut rédigé en ces termes : « Le gouvernement provisoire déclare que le drapeau national est le drapeau tricolore, dont les couleurs seront rétablies dans Tordre qu'avait adopté la République française; sur ce drapeau sont écrits ces mots: RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, Liberté, Egalité ^ Fraternité^ ivois mots qui expliquent le sens le plus étendu des doctrines démocratiques, dont ce drapeau est le symbole en même temps que ses couleurs en continuent les traditions. Gomme signe de ralliement et comme souvenir de reconnaissance pour le dernier acte de la révolution populaire, les membres du gouvernement provisoire et les autres autorités porteront la rosette rouge» laquelle sera placée aussi à la hampe du drapeau (i). »
Le mot de reconnaissance sonnait étrangement dans ce décret. Il n'apaisa pas les passions irritées. Le désir qu'on y voyait percer de ménager un adversaire vaincu, n'inspira que du dédain. Les irrésolutions du gouvernement provisoire s'y traduisaient comme dans tous ses autres actes.
Délivrés de la terrible pression de la foule, les dictateurs, s'empressèrent de donner l'ordre d'enlever les cadavres qui encombraient le palais de l'hôtel de ville.
(1) Voir le Momieur univenel, du 27 février 1S48.
GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 3il
Mais il était plus facile de se délivrer des vivants que des morts. MM. Garnier Pages et Flottard, eurent beau donner l'ordre à l'administration des hospices, d'inhumer ces victimes de la guerre civile, ils ne furent point obéis. Les délégués du peuple opposèrent une énergique résistance. Ils ne voulurent pas que ces combattants fussent assimilés à des malfaiteurs qu'on envoie la nuit au cimetière. Ils prétendirent qu'on laissât les cadavres exposés dans la salle, jusqu'à ce que leurs familles les eussent reconnus, et qu'ensuite ils fussent ensevelis ensemble, avec des honneurs funèbres, auxquels s'associerait la population de Paris. Quelque empressement qu'aient les triomphateurs à oublier ceux dont les cadavres forment les degrés du Capitole, il fallut envoyer chercher le docteur Gannal qui les embauma. Dans cette seconde journée, le gouvernement provisoire fit une proclamation au peuple de Paris pour l'inviter au calme et à la confiance, une autre à l'armée pour lui promettre oubli et pardon. Il rendit ensuite plusieurs décrets destinés à prévenir la désertion, à assurer les approvisionnements, à réorganiser les gardes nationales dissoutes par le dernier gouvernement. L'un de ces décrets datés du 25 février, ordonnait la création de vingt-quatre bataillons de garde nationale mobile, recrutés dans la seule ville de Paris (^). Cette garde, soldée à un franc cinquante centimes par homme et par jour, se leva comme par miracle. Elle était composée des éléments les plus hétérogènes. Des jeunes gens distingués saisirent cette occasion de satisfaire leur goût
(1) Voir le Moniteur universel, des 25 et 26 fé vrier 1848.
3i!2 SECO.NDE RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
pour la carrière militaire, et entrèrent dans un corps dont ils devinrent les officiers. Mais il faut dire qu'elle se composa en majeure partie de tout ce que Paris contenait de petits vagabonds, dont le gouvernement désirait purger la place publique.
L'ordre se rétablissait lentement. Le château de Neuilly, saccagé par une bande d'insurgés, brûlait encore. La maison de M. de Rotschild à Puleaux fut moins maltraitée. Les dévastations qu'on exerça sur le domaine du riche banquier n'étaient point le résultat de Texaltation politique. Des haines particulières profitèrent seulement du trouble de Paris et de ses environs pour assouvir leur vengeance.
Les forts s'étaient soumis. Vincennes, pris sans coup férir, avait remis une partie de ses armes. M. Flocon revint malade de celte expédition où il se conduisit avec prudence, mais où il usa ce qui lui restait de force et d'énergie. De sorte que la révolution, après avoir perdu tant de terrain dans la journée du 25 février, se trouvait en outre réduite d'une voix au sein du Conseil.
Les nouvelles des départements étaient bonnes. La République s'organisait dans toutes les grandes villes, sans rencontrer de résistance. L'armée se reconstituait. Les adhésions de tout genre arrivaient au nouveau gouvernement. C'était à quise soumettrait le premier parmi les hauts fonctionnaires. L'espoir d'échapper à une destitution amenait aux pieds de la jeune République cette foule éternelle de parjures et d'apostats qui ont tant de fois, en France, avili les grands corps de TÉtat. Telle est la conséquence de ce mauvais esprit qui consiste, chez nous, à rechercher avec passion son revenu dans le bud-
get, au lieu (le le tirer de sa propre induslrie et de ses libres efforts.
Les bruits le plus absurdes circulaient sur le compte de Louis-Philippe. Les uns le disaient mort, les autres assuraient qu'il était passé en Angleterre. Une communication du directeur des postes au préfet de police, donnait comme une nouvelle certaine, que les princesses avaient été rencontrées près de Dreux par le courrier de Brest. — Avant de pénétrer plus profondément dans l'histoire de la seconde République française, il importe d'en finir avec la monarchie et de raconter, comme un des plus graves enseignements que la Providence ait envoyés aux princes , les étranges aventures du roi et de la famille royale.